‹ Restauration françaiseChapitre 57 sur 197 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De l'Ordre dans la Société.

L’ordre existe moins par les lois et les institutions que par les mœurs et les principes, qui constituent ces lois et fondent ces institutions.

Nous savons ce que la bourgeoisie a fait du capital; voyons ce quelle a fait des principes de l’ordre social. Abattre nos erreurs pour y substituer des principes certains, c’est travailler directement à la Restauration française.

Ecoutons d’abord notre histoire : « Après trente années de sanglantes convulsions, d’anarchie et de despotisme, on vit parailre comme l’ombre de l’ancienne Royauté. On crut que l’Ordre allait renaître, que le repos de l’avenir était assuré ; elle apportait des paroles de paix et de conciliation. Une éternelle alliance, c’est ainsi qu’on parlait, fut conclue entre le passé et l’avenir. Des décombres de je ne sais combien de gouvernements écroulés, s’éleva un édifice nouveau, dans lequel les partis, abjurant leurs vieilles haines, devaient s’unir et s’embrasser.... Tout cela se passait hier; aujourd’hui, l’on cherche des traces de ce qu’on disait affermi pour jamais : le temps roule ses flots sur ces ruines. »

Depuis le jour où M. de Lamennais faisait un tel aveu, dix-huit années employèrent les moyens que les Docteurs croyaient ignorés de la sagesse ancienne. Hier, encore, qu’a-t-on vu s’écrouler?

On pensa que l’édifice avait été construit sur le sable, et l’on prétendit le poser sur une base définitive. Aussi vaste que la nation, l’assise cette fois ne pouvait glisser aux abîmes. Au lieu detre suspendue désormais h un principe étranger, la Société allait se fonder sur ellemême. Quelques mois se sont écoulés, et le vent a plusieurs fois renversé l’édifice à peine sorti de terre.

Le danger pour la première fois a paru !

Jusque-là, l’édifice s’ébranlait; et maintenant, c’est le sol. Les anciennes prétentions sont subitement abandonnées; les plus grands mots oubliés pour un seul, l’Ordre. Toutes les forces, toutes les institutions, tous les hommes, le gouvernement entier, se sont unis pour fonder l’Ordre.

Et jamais l’Ordre n’a moins existé.

C’est que l’Ordre n’est point où on l’a mis. On ne fait pas de l’ordre avec les lois ; on ne fait pas de l’ordre avec la force ni avec un gouvernement. On ne fait de l’ordre qu’avec le vrai ; mais avec le vrai reconnu , élevé à l’état de croyance.

Savons-nous ce que c’est que l’Ordre? c’est la Foi : parce qu’elle met l’ordre dans les esprits. Travaillons partout ailleurs, si nous avons encore du sang à perdre...

l’ordre social.

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