‹ Restauration françaiseChapitre 6 sur 197 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Problème moral enveloppé dans le problème économique.

Notre problème économique est clans le problème de l’homme, et tout le problème de l’homme est dans le problème infini. Partout les hommes ont parlé de jouir. Ne songeant plus aux biens du Ciel, on chercha des biens sur la terre.

On dit qu’un ordre nouveau se présente. Ne croyez pas que la douleur va s’affaiblir. L’àme s’accroît, la sensibilité augmente. Plus près du Ciel, l’homme doit s’y présenter plus grand.

L’existence en dehors de Dieu s’explique par la liberté ; la liberté, par l'effort et par la douleur. L'homme est le produit de sa force ; il est le fils de l’obstacle.

Retirer la douleur, ce serait abolir la création même. Qui n’a pénétré la signification de trois mots qui ont six mille ans : la Faim, le Travail, la Mort! Les premiers chapitres de la Genèse subsistent toujours.

L’effort nous environne; la nature, toujours présente, au besoin nous le dira. Et le combat quelle offre, qu’est-il à côté du combat livré dans l'âme pour conquérir la perfection, c’est-â-dire l’Infini.

Kn dehors de l’Infini, il y a noire liberté. Bien quelle ait un commencement, elle repose sur la grande loi : il faut quelle soit par elle-même.. Sa première mise de fonds lui est retirée tous les jours, afin que son moi lui soit propre.

La liberté est l’enfant de l’elfort, ou de la douleur : le bonheur est pour la substance parfaite1. Cette vérité éclatera visiblement dans l'époque qui commence. Elle sortira comme la voix de tous les faits. Les mots effort, douleur , et liberté , décomposent eux-mêmes le sens de ce mot Travail, notifié par les événements.

L’avenir ne sera point comme on l’entend. L’homme n’est pas entreposé sur la terre pour jouir, mais pour grandir. L’Infini nous a envoyé l’existence; d’éternelles lois s’accomplissent ici-bas. -

Pour que le monde ail un avenir, il faut que le christianisme ne soit plus seulement dans quelques âmes, mais qu’il éclate et sur les lois et dans les mœurs. La production et la consommation deviendront un mode chrétien. Car aucune des deux n’est le but. Ici-bas, tout n’est que moyens pour préparer des âmes à l’Infini.

Le Globe fournira quelques richesses de plus: jamais dans la proportion des besoins. La répartition ne fera pas ce qu’on attend. Elle satisfera moins les intérêts que la justice. Au reste, la population, croissant selon les subsistances, viendra éternellement se presser vers leurs limites extrêmes. Toujours on verra la misère : elle ne peut être restreinte que par la vertu.

(1) « Jésus -Christ n'a pas été une seule heure daus sa vie sans souffrir de la douleur : s'il y avait un meilleur moyen pour l'homme, Dieu nous l’aurait sans doute appris. » imitation db j.-c.

LE CAPITAL

Les hommes ne doivent pas s’associer pour produire en vue de plus consommer, mais en vue de plus s’aimer. Avec l’amour, ils comprendraient le grand mystère de la liberté et de la fraternité, préparant les hommes ici-bas pour la vie éternelle.

On n’emprunte pas au christianisme que ses mots, surtout pour les interpréter dans le sens du paganisme! Par ce faux, l’humanité est attaquée. L’homme n’est pas mis en ce monde pour satisfaire ses besoins, mais pour croître par les efforts que ceux-ci réveillent en son âme. Car, c’est ainsi qu'il grandit dans l’étre. Triste façon de former l’homme que de le tourner du côté opposé à la sainteté!

L’Économique entière reviendra sur ses pas pour cette vérité méconnue :

Le travail ne fut point fait pour les besoins, autrement Dieu ne les eût pas créés ; mais les besoins furent faits pour le travail. Au reste , le travail est la préparation indispensable pour empêcher la richesse d’être un mal en chacun de nous1.

Ecole païenne, que pensais-tu ? Le plaisir n’est point offert pour y céder, mais pour y résister, et par ce moyen devenir libre.

(1) La richesse acquise par le travail moralise ; attquise par le vol ou l'agiotage. elle corrompt.

Il n’y a de prodigue que celui qui n'a rien acquis. Par l'art admirable de ta création, la satisfaction du besoin a pour condition l'effort, c'cst-à-dire le développement de l'homme En sorte que la moralité se forme en lui en même temps que la richesse ; en sorte qu'il ne peut avancer d'un las sur la terre qu'il n’ait fait ce pas dans le Ciel.

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