‹ Restauration françaiseChapitre 5 sur 197 · AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR

D’autres oat avoué la grandeur de la conception premiers . Faisant la paraphrase d'une des principales idées de l’auteur :

« Oui, vous avez raison, s’écrie avec sa verve habituelle M. Pelletan, de La Presse (22 juin 1851), le capital, créé par l'homme, a créé l'homme à son tour. La richesse n'est qu'une matière convertie par l’intelligence. Le capital est le remplaçant de l'homme dans la servitude. Il est né d'une vierge, aussi; enfant divin, il a pour mère une vertu. L'humanité n’a jamais pu former du capital qu’en prélevant sur ses besoins, qu’en mettant religieusement, comme vous le dites, un second sou sur le premier. Ce sou fécond, tombé jusqu’à nous du haut du temps, porte une larme, une souffrance, une affection, une goatte de sang et une immolation de notre génération, aïeul par aïeul. Il est pour chacun de nous un blason de noblesse, qui continue l'histoire inédite de notre famille. L'épargne est une consommation ajournée que le temps porte de génération en génération. Jouissance substituée et reportée sur l'avenir, l’épargne est donc plus grande devant Dieu que la simple consommation. C’est une gloire : elle est l’humble immortalité de chaque famille. Par elle, le plus obscur travailleur entre, son centime à la main, dans son éternité. Toute rédemption de la misère, toute naissance d'homme à l'intelligence suppose préalablement l'épargne, qui crée le capital ; et l'homme ne peut valablement posséder sa liberté qu’après l’avoir achetée de la sorte. En cela l’auteur nous eut converti , si notre conversion n’eut pris l'avance sur son œuvre. Oui, le temps est venu de le crier à toutes les bornes : ce peuple ne rédimera sa misère qu’avec un capital accumulé par sa propre économie, et prêcher l’épargne, c’est prêcher la liberté 1 Mais , après avoir posé les prémisses , pourquoi ne ' mettez-vous pas l’épargne à la portée de tous et ne donnezvous pas à tous le capital en communion? » Se mettant alors en contradiction avec l’essence du principe qu’il vient d’exposer si bien, le brillant écrivain se perd dans le socialisme, et néanmoins ajoute, après un emportement inexpliquable contre le christianisme : « J'ai réfuté rudement, je l’avoue, un homme de bien qui m’a donné le premier l'exemple de la rudesse. Mais je regretterais celte critique si je devais fermer là cet article.

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Le livre de la Restauration française «al un livre vigoureusement défit par un penseur habitué à porter son âme en pleine nature. Chaque page respire un agreste parfum de sincérité. On voit qu’elle a été méditée devant Dieu et à la chaleur de son soleil ; et si elle ne convertit pas toujours la raison, elle provoque la pensée. Le comte de Maistre revit, attendri et humauisé à l'ombre des vignobles et des oliviers du Midi. Le style est profondément original ; il a constamment de ces mouvements imprévus , vrais drames de l'expression, qui vont non-seulement parler à l'âme, mais encore l'ébranler. - Nous ne pouvons citer ici ni les ouvrages, ni toutes les études sérieuses inspirées par ce livre. Pour rappeler les éloges qu'en a fait la presse religieuse et monarchique, il faudrait citer tous les défenseurs de la religion et de la société. La Bretagne, par exemple, où la plume d’un écrivain distingué, M. G. de la Tour, en fit en trois articles une si intelligente analyse; le Journal de Toulouse, la Gazette du Midi, la Gazette de Lyon, le * Annales de la charité, la Bibliographie catholique, ï Ami de ï Ordre, l'Union franc-comtoise, la Gazette du Languedoc, etc., etc.; et en un mot l'importante série des journaux qui reçoivent la loyale et remarquable Correspondance de M. do Saint-Chéron. Tous proclament que l'auteur « démontre avec une vigueur et un éclat singulier la véritable situation. » Pendant que les uns l'appellent « le continuateur de M. de Maistre -, les autres, relevant ce qu’il y a - de courageux et vrai enseignement dans le livre de la Restauration française -, déclarent que l'auteur • a pris, jeune encore, une place distinguée dans la grande école catholique des de Maistre et des de Bonald '. »

Mais alors, emportée plus rapidement que jamais par les promesses de la Révolution, la France semblait ne pouvoir plus prêter l'oreille à de si lumineux avertissements. Nous croyons donc faire aujourd'hui • une œuvre utile et essentiellement pra-

(1) Ce livre a eu son retentissement jusque dans les Etata-Uois. M. Brownsoa qui, suivant M. de Montalembert, est l'esprit le plus éminent de l'Amérique, en a rendu un compte très savant et très-détaillé en s*pt»ml>re 1851, dans sa Revu* trimestrielle .

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AVERTISSBMBNT DR I.'ÉDITÈUR.

tique », comme déjà on le disait à sa première apparition, en publiant un livre dont notre éminent professeur de philosophie 1 écrivait dernièrement à l’auteur, son élève :

« Votre livre de la Restauration française aura désormais son retentissement, par suite des évènements qui sont venus jeter une lueur sinistre, mais nécessaire, sur l'état des esprits. Grâce à la hauteur où vous êtes placé pour traiter les questions du jour, vous avez devancé votre époque. Mais le moment est venu où l'on reconnaîtra la justesse de vos vues et la portée de vos doctrines.... »

« Ses ouvrages, disait hardiment leur premier éditeur, ont le défaut d'avoir été faits par un homme qui voit les choses vraies vingt ans avant les plus éclairés d’entre nous. Et, même vingt ans après, ils sont encore plus instructifs que les livres écrits sous l'impression des faits présents. C'est la réflexion qui vient également, lorsque, se plaçant au point de vue philosophique, on compare les ouvrages • produits plus tard sur le Concile, à ce livre de L' Infaillibilité qui paraissait dans L'Univers dès 1858, et dont le Président de la S. Congrégation de L'Index disait alors : « L'ouvrage ferait honneur à quelque théologien - que ce fût. Arrivant à démontrer l’infaillibilité du Souverain » Pontife, l'auteur a déployé la thèse catholique avec une in- » telligence tout-à-fait hors ligne*.... »

(1) M. l’abbé Noirot.

(2) L'infaillibilité; édit, de 1861. Voir la lettre adressée k Mgr Franaom par k> R. P. Modeua, Secr. de la S. Congr. de L’Index.

AVANT-PROPOS

Nous arrivons à la dernière crise, à celle où l'on cesse de parler du salut des gouvernements pour ne s’occuper que du salut suprême de la Société. Des hommes de bonne volonté se demandent où est la vérité. L’ancien monde est aboli : la royauté est devenue un crime, la religion une ennemie, l’hérédité une injustice , la propriété un mal, et l'obéissance un affront... Deux principes se partagent les âmes : il faut savoir Si l'Eglise doit soumettre ses lois à l'opinion des hommes, ou Si les hommes doivent soumettre leurs opinions aux dogmes de l'Eglise ?

Jamais question plus pressante et plus malheureuse n’a demandé l’attention des esprits.

La démocratie triomphe, et je viens combattre la démocratie. Les aristocraties sont repoussées, et

ë AVANT-PROPOS.

je viens dire que ce sont elles qui ont créé les peuples; les dogmes sont rejetés, et je viens dire que ce sont les dogmes qui ont créé les aristocraties et le capital, ces deux colonnes de toute Civilisation. L’industrie, le crédit, les banques, les emprunts, sont proclamés, et je viens dire qu’ils ruineront les peuples. Partout la fausse liberté et la Révolution s’annoncent, et je viens, avec ma conscience seule, combattre la Révolution !

Fondée sur des chimères et soutenue par l’imposture, elle conduit les peuples à leur perte et l’humanité à sa fin...

Reniant les vérités divines et installant partout l’orgueil, elle a pris de grands mots à nos langues, elle en a bâti la Tour où l’homme veut se mettre à l’abri de Dieu! La loi n’est plus de Droit divin, la Société ne nous vient plus d’en-Haut ; la justice, le devoir, la Foi, la Souveraineté, tout émane de l’homme, tout remonte du peuple ! On veut fonder en retournant aux sources de l’orgueil ; on veut puiser la vie là où il faut toujours la porter! On demande le progrès à la Classe que notre corruption a laissée en arrière; on attend la justice et la paix de ceux qu’il faut arracher à la barbarie et au mal!

La Révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans le passé. Jamais civilisation n’avait osé s’inscrire contre les lois de la nature humaine et rompre tout lien avec le Ciel. Les hom-

AVANT -PROPOS

mes sont venus dire qu’ils n’existaient plus par les lois de Dieu, mais par leurs propres lois; qu'ils ne voulaient plus s’unir entre eux par leurs devoirs, mais se mettre en rapport par leurs droits. Ils se débattent depuis soixante ans pour que l’Etat sorte des dogmes du christianisme, comme ils sont sortis eux-mêmes de sa morale; ils prétendent vivre en société sans obéir , ne voulant plus payer d’une vertu les bienfaits dont Dieu comble une Civilisation... O sages, ô prudents, aujourd’hui un enfant aurait le droit de vous juger !

Le lendemain de Février, l’auteur écrivait ces paroles :

* La République s’est annoncée comme la forme d’une société de chrétiens. Les faits diront ce que nous sommes ! On n’a pas le gouvernement qu’on veut : on a celui que l’on mérite. Si vous restez dans votre mal, vous passerez au despotisme; si vous voulez la corruption, vous tomberez encore plus bas... Les lois de la morale et do l’histoire sont aussi inflexibles que celles de la nature. Vous apprendrez à vos dépens les vérités que vous avez méconnues.

Une diminution d’autorité ne saurait avoir lieu d’une part, s’il n’y a de l’autre une augmentation de vertu. La liberté n’est que le droit de pouvoir faire plus de bien. Faites-en celui d’exécuter plus de mal, et la loi qui conserve le monde reprenant

avant-propos.

la forme du sabre, viendra de nouveau courber la personnalité. Le pouvoir n’est qu’une barrière dressée devant le mal.

Ce n’est pas des maux de la révolution que nous aurons le plus à souffrir, mais des maux qui l’ont amenée. Tout pliait sous le paganisme, et la croissance de dix-huit siècles de christianisme s’arrêtait. Quand les hommes perdent- de vue les nécessités morales, Dieu fait sortir la lumière des nécessités d’un autre ordre! Si la Foi n'est plus reçue par l’oreille, elle nous sera enseignée par la faim. La Société rencontrera un empêchement dans chacun de nos vices. II faudra en détruire un si l’on veut avancer d’un pas. Avant de changer vos gouvernements, il fallait vous changer vous-mêmes. La loi ne décrète pas la vertu, et quand cette dernière est loin, le décret reste sans arme. Le jour est venu où l’homme qui lance le mauvais exemple aiguise un poignard contre lui. Les barbares ne sont plus à nos portes, mais au-dedans, ce sont ceux que dix-huit siècles de christianisme n’ont pu arracher à la vieille souche du monde! Nos vices ont partagé la Société; ils ont mis comme deux civilisations l’une dans l’autre. Position unique dans l’histoire ! la civilisation ouvrira ses propres flancs pour donner la bataille. Le christianisme constituera la Société moderne, ou la verra voler en éclats...

Les faits économiques, avant peu, mettront les

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vérités à nu. Vos lois auront tout reconnu, tout consacré et tout administré, les moyens humains seront tous employés;' jamais armée plus nombreuse, jamais législation plus complète, jamais administration plus puissante : alors, arrivés au bout des causes secondes, vous viendrez vous briser contre la cause première! Ce ne sera plus la Doctrine méconnue que l’on entendra, ce ne sera plus la conscience inécoutée qui criera. Les faits parleront leur grande voix. La vérité quittera les hauteursxle la parole; elle entrera dans le pain que nous mangeons, dans le sang dont nous vivons; la lumière sera du feu! Les hommes se verront entre la vérité et la mort., auront-ils l’esprit de choisir?

Depuis le jour où d’aussi tristes paroles ont été dites, les faits n’en ont que trop mûri la portée! Offrons le complément des pages que les événements avaient laissées interrompues. Deux années de méditations n’ont que trop confirmé le sentiment profond qui les a fait écrire. On devra pardonner la rapidité et peut-être l’accent que les événements ont mis dans ma voix. Mon âme n’a cessé d’être émue; elle n’a cessé d’être frappée du dénouement funeste auquel leurs théories conduisent maintenant les hommes. Et vous , Révolutionnaires, rien dans ce qui se passe aujourd'hui ne vient-il réveiller le soupçon dans votre conscience ? De toutes les conséquences qu’on veut tirer de vos

AVANT-PROPOS

doctrines, rien ne vous annonce-t-il qu’elles nous apportent le malheur? Cependant, la France se lasse des promesses de la Révolution !

Les principes sur lesquels une nation a établi quatorze siècles d'existence, viennent demander compte aux idées qui ne produisent que des ruines. Bien que vous nommiez Avenir la réunion de vos doctrines, permettez que l’on découvre à vos regards la conception immense sur laquelle se fondait le Passé! Et, s’il est encore de l’inspiration chez les hommes, nous leur demanderons où furent le génie et la plus haute conception ! Nous leur demanderons si nous perdons le droit d’opposer la Lumière aux idées, et les principes de la Restauration française à ceux de la Révolution française !

2 Avril 1.-50.

LE CAPITAL

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