CHAPITRE XI
A quoi tient la Propriété.
Point de responsabilité de l’homme devant Dieu, dès lors plus d’inviolabilité, et dès lors plus de propriété. L’homme n’est inviolable que parce qu’il est respon-
(I) Dans le cœur humain, il n'y a que l'orgueil qui ne soit pas éclairé par les plus terribles leçons. Les hommes du banquet du 23 Février ne se contentent pas d’avoir renversé leur propre monarchie ; ils viennent encore aujourd'hui opposer leur pensée & celle du gouvernement. Ces esprits ne voient dans le Pouvoir que ce qu’il y a d’assujettissant ; ils ne le sentent plus comme le représentant de la loi. L’Autorité, de même que la Foi, n’a rien d’assujettissant pour les bons.
sable devant Dieu. La propriété, fruit chancelant de l’homme, n’est inviolable que de l’inviolabilité de l’homme.
Dès qu’il n’est plus responsable devant Dieu, il perd son inviolabilité sur la terre; sa propriété n’a plus rien de sacré. Qu’il la défende s’il le peut. Mais la propriété a perdu ses titres légitimes.
Quelle chose resterait inviolable ici-bas quand l’homme ne l’est plus ?
La propriété, et déjà ils le disent, est une pure occupation. Or, l’occupation n’est qu’un fait ; nous ne sommes déjà plus sur le terrain du droit. Il en devient d’elle comme de l’hérédité du pouvoir. Ce dernier n’est qu’un fait, il s’agit de posséder. Comme en tout il faut commencer, qu’un individu se présente et produise un fait d’occupation, le voilà légitime!
Sait-on à quoi tient l’homme? Il tient à Dieu. Arrachons de là sa racine, nous verrons s’il reste debout !
Par l’effet de sa chute, l’homme est à l’état d’envie. Quand le peuple entendit pour la première fois ces mots : La propriété c’est le vol, il a senti le raisonnement justificateur de ce qui sommeillait en lui depuis qu’il a perdu la Foi. Et sa conscience ainsi faite, il a marché d’un trait dans la Révolution.
Ce mot est le grand mot de lepoque. L’homme qui l’a écrit, est celui qui en a le mieux formulé l’erreur. Le peuple va et dit : Je ne demande que ce qui m’appartient.
Que lui répondrez-vous? Ne lui avez-vous pas vousmêmes appris qu’il n’y avait pas de choses sacrées ? Quand il rira de votre droit, quelle réplique ferez-vous? N’avez-vous pas, pendant trente ans, ri et rimé vos chansons sur tout ce qui nous rattachait à Dieu ?
Ah ! vous avez cru que l’homme se dépouillait ainsi
l’ordre social. 169 > V
de toul devoir sans èlre dépouillé de son droit! Vous avez pensé que vous n’aviez aucune responsabilité devant Dieu, et voilà que vous n’avez plus d’inviolabilité devant l’homme... '
En refusant à Dieu votre cœur, vous vous êtes retiré le pain. Vous saurez comment les lois de*ce monde sont faites !