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CHAPITRE XIX

Les biens du Ciel sont les agents de production des biens d'ici-bas.

Le bonheur ou la suprématie de l’homme dépend de sa vertu. (C’est ce que les politiques en ce moment ne voudraient pas.) L’économique ne fait que prouver ce que nous a dit la morale.

Lorsque les uns sont tout prêts à produire et à épargner, lorsque les autres ne sont disposés qu’à jouir et à consommer, l’union entre les hommes n’est pas possible.

Les lois civiles n’existent dans la Société que pour protéger les bons contre ceux qui ne le sont pas encore, mais qui le deviennent peu à peu, à mesure que la Société se répand.

Les lois économiques ne font que protéger celui qui s’est rendu apte à produire du capital contre celui qui ne l’est pas encore, mais qui peut le devenir chaque jour en passant, parla porte de la vertu, de la position du travail pur à celle du travail escorté.

Si tous les hommes étaient également aptes au capital, ils pourraient s’associer, parce que ce ne serait plus la juxta-posilion du principe qui agrège et du principe qui dissout. Pour conserver son existence, la Société jusqu’à présent n’eut d’autre soin que de mettre le premier à l’abri du second.

Ce soin, c’est la protection. La protection s’est appelée la sûreté , et la sûreté est donnée par l’autorité. Sans

l’ordre social.

l’autorité, il n’y aurait ni production ni capital sur la terre. La loi n’est que pour assurer ce qu’il y a de fait dans la Société.

Comme la différence entre un peuple sauvage et un peuple civilisé, est que ce dernier possède du capital et que celui-là n’en possède point; de même la différence entre l’état sauvage et l’état civilisé, est que celui-ci protège le capital, et que celui-là ne le protège point.

La Société est un beau vase qu’il faut empêcher de se fêler et de couler. Le progrès dans la loi ne consiste qu’à en consolider et à en élever les bords. Le capital, c’est le contenu ; le droit de propriété, c’est le contenant.

Nous n’avons pas à attendre notre richesse des gouvernements, mais de nous-mêmes. L'homme seul peut produire, seul il épargne pour s’enrichir, seul il peut se faire universellement apte à porter le capital de façon à rendre l’association possible. Donc tout découle de la morale, et presque rien du pouvoir; donc le bonheur de l’homme dépend moins de la vertu des autres que de sa propre vertu.

Or une telle vertu, qui consiste à beaucoup travailler pour peu jouir, ne peut naître, subsister et persévérer sans la perspective d’une compensation infinie au sacrifice inouï quelle exige. Les biens du Ciel sont les véritables i agents de production des biens de la terre!

Relisons la loi économique tout entière : la richesse sort de la production, la production du capital, le capital de la vertu, et cette vertu de la Foi. Les peuples du globe sont riches en proportion de leur foi; ils s’éloignent de la richesse à mesure qu’ils s’éloignent des puretés du Christianisme.

Le christianisme savait ce qu’il faisait quand il prêchait

à la fois le travail et l’abstinence! Il ne demanda aux Barbares que deu» vertus, et au sein des forêts il éleva les civilisations modernes. Tout le secret que l’étude de la philosophie m’a permis d’entrevoir est dans cette pensée : Pour connaître un fait dans le temps, il faut en savoir le but au-delà du temps.

Non, la vertu qu’il faut pour produire n’est point en proportion avec les biens qui en résultent ici-bas! D’où l’on voit clairement que le travail ne fut pas fait pout- nos besoins, mais nos besoins pour le travail et les autres vertus qui mènent l’homme dans le Ciel.

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