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CHAPITRE XXXI

Du grand danger auquel a échappé notre époque.

Si l’on fût parvenu à allier l’esprit révolutionnaire à l’esprit religieux, à marier l’orgueil avec la vérité, c’en était fait à jamais de notre civilisation. Les peuples du midi de l’Europe eussent passé sous la conquête pour rentrer dans la barbarie.

Le grand danger a été là. Il faut que Dieu ait mis en protection spéciale la Civilisation, pour préserver notre Clergé de l’erreur la plus glissante, la plus terrible qui fût

jamais. Un esprit supérieur, surnaturel, miraculeux, l’Esprit-Saint, a pu seul le conduire !

Etranges chrétiens, assurément, qui ne demandent à l’Évangile que des droits, et avant tout celui d’ôler à l’Évangile même ses droits dans nos sociétés! Reconnaissons, aux fruits si c’est l’esprit d’humilité, de douceur et d’amour de Dieu qu’enfantent ces doctrines, ou bien si c’est l’esprit d’orgueil, de rébellion, et d’affection du droit de l’Homme.

Chaque âge a son hérésie : il en nait une à tous les pas que fait le christianisme , car le moi se tient par derrière pour le fausser. Mais ici l’on enlevait le fond même du christianisme, en lui laissant son visage et son nom ! L’âme éprouve un frisson., et il faut en ces temps n’admirer qu’une chose, l’inspiration .divine de l’Eglise et le bon sens profond de notre humble Clergé.

Rappelons le langage réputé le plus grave: « Par le. concours des événements, de nos jours, la Religion et la Société ont cessé de se comprendre. La religion prononce anathème sur le monde nouveau et s’en lient séparée ; le monde est près d’accepter l’anathème et la séparation. Rapprocher l’esprit chrétien et l'esprit du siècle, l’ancienne Religion et la société nouvelle1, les amener à s’accepter, telle est la pensée vraiment catholique, équitable, et marquée d’une haute intelligence. Sans flatterie, notre temps est un grand temps, qui a fait de grandes choses, ouvert de grandes destinées ! Tous ces résultats positifs, visibles, si rapidement obtenus, ce progrès si général de bien-être, de richesse, d’ordre, de

(!) Autrement dit, l'antique Vérité et le nouvel Orgueil, celui qui s'installe chez nous sous le nom de la vérité..

L ORDRE SOCIAL

justice pratique dans les affaires sociales, sont-ce là des symptômes de déclin? Non, notre société a conscience de ce qu’elle est, et de ce qu’elle peut devenir, du bien qu’elle a fait à l’humanité : elle veut qu’on l’honore. Les auteurs de Y Université catholique ne rendent pas encore à notre société toute la justice qui lui est due *. » — Et si cadens adoraveris me, omnia libi daboü!

Que dites-vous de la grande époque, et de la grande destinée ? Aujourd’hui justice est-elle rendue à votre société ! Trouvez-vous quelle louche le terme vers lequel vos idées l’ont lancée?. Examinez, Messieurs ! dites lesquels, des précepteurs du monde ou des précepteurs de l’Église, doivent enseigner les hommes !

Mais vous résisterez ici à l’évidence. Et pourquoi ? Pour mieux nous faire voir de quel esprit vous êtes animés...

Innocence de la philosophie ! c’est par le concours des événements que, de nos jours, la religion et la Société ont cessé de se comprendre...

(1) Texte de M. Guizot, en 1838, dans son article si remarqué sur Le Catholicisme. Faut-il être plongé dans le protestantisme pour avoir vu les choses ainsi I

Quand un homme du rôle politique et doctrinal de M. Guizot se pose dans une époque comine le défenseur de l'Autorité, il devrait au moins voir le sommet du principe, et non point l'abolir en religion, afin de llatter l'orgueil, pour le ramener en politique, où il favorise l'ambition.

Ce ne sont pas les criards et les factieux qui sont impardonnables, mais ces grands discoureurs, hommes de scieuce courte, qui leur ont distillé sous toutes les formes l'esprit de la Révolution... Que notre époque était bien défendue 1

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