‹ Restauration françaiseChapitre 88 sur 197 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Les révolutions mettent un arrêt au courant de la civilisation.

Ne confondons pas les révolutions avec les évolutions de la Société. Par celles-ci, la Société s’avance; par celleslà, elle retourne sur ses pas. Les évolutions sont des progrès dans l’humanité, elles naissent du christianisme ; les révolutions sortent de l’homme. Les premières ont lieu dans sa conscience ; les secondes éclatent lorsque l’homme s’insurge contre la conduite de Dieu.

Toute révolution n’est qu’un retour vers le passé. Le mouvement par lequel Luther ramena au milieu des esprits le chaos et la nuit de l’antiquité, en remplaçant la Foi par la pensée individuelle, fut bien nommé une révolution. Dès ce moment le christianisme fut arrêté ou retardé de plusieurs siècles. 11 fallut pour la seconde fois combattre l’ignorance et le paganisme dans nos cœurs, comme on l’avait combattu dans le monde.

De même, le mouvement par lequel la bourgeoisie de 89 ramena chez nous une civilisation de second ordre, en substituant à la classe supérieure la classe des marchands et des avocats, fut aussi bien nommé la révolution française! Dès ce moment on vit aussitôt éclater dans les mœurs, dans l’État, dans les actes et dans l’opinion publique, l’esprit mesquin, le caractère de la décadence qui s’y cachait depuis longtemps. A cette époque, les mœurs et les instincts grossiers du peuple

l’ordre social. 211

montaient dans l’aristocratie : il aurait fallu promptement ranimer l’esprit de noblesse pour le faire redescendre sur la foule. C’eut été une évolution. Au contraire, on démocratisa la nation. Ce fut une chute terrible, une révolution. Ce retour en arrière s’est achevé dernièrement..

Il ne se fit même alors, quoi qu’on en dise, aucun progrès dans les Droits de l’homme. La bourgeoisie ne prit que pour elle les avantages qu’elle enviait à la noblesse. Elle se réserva si exclusivement ces droits, que le peuple, éveillé par celle entreprise, ne vient d’entamer cette dernière révolution que pour les lui reprendre à force ouverte. La bourgeoisie reconnaît, mais trop tard, qu’avec de tels droits de l’homme, l’homme et la Société s’en vont. Où ces droits s’arrèteront-ils, se dit avec angoisse la Bourgeoisie? De tels droits, hélas ! ne s’arrêteront qu’avec l’anéantissement des siens. . .

Si l’homme agissait noblement, tous ces droits, de même que la vertu et la noblesse, se nommeraient des devoirs. C’est à quoi l’on reconnaîtrait que celle révolution n’est pas une abominable imposture.

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