CHAPITRE XXXIII
Le socialisme a-t-il fondé une nation ?
Le peuple est maintenant entcté de socialisme. II y tient parce qu’il tient à ses passions et qu’il y est encouragé par la vue de notre néant.
Sans l’orgueil, que Dieu seul peut réduire, une observation pourrait le ramener à l’expérience :
Pourquoi ne faites-vous pas d’abord vos essais d’Icarie, de fouriérisme, de socialisme sur vous-mêmes? Comment voulez-vous y forcer ceux qui n’en sont pas convaincus?
— Mais çe sont eux qui possèdent le capital et l’intelligence, ou les instruments du travail !
— Pourquoi n’est-ce pas vous qui les possédez? Cette question dit tout.
Si, depuis six mille ans, si, notamment depuis la monarchie française, ce sont eux qui possèdent les lois et les instruments du travail, et, vous qui ne les possédez pas, qu’est-ce que cela nous annoncerait? au moins, qu’ils sont les plus experts en civilisation.
Alors votre conscience consent à ce qu’on ôte la Société des mains de ceux qui, depuis quatorze siècles, l’ont produite, pour la confier aux mains de ceux qui ne l'ont point su fonder, qui n’ont su, nulle part, depuis six mille ans, en fonder une quelconque 1
Vous existiez bien quand ceux qui possèdent les inslru- - ments de la Société la constituaient : pourquoi n’est-ce point vous qui l’avez constituée?
Vous existiez bien quand, sur tous les points du monde, s’est créé le capital : pourquoi n’est-ce pas vous qui l’avez produit?
Enfin , vous existiez quand les deux cents peuples qui ont btillé sur la surface de la terre se sont fondés : pourquoi, vous, n’en avez-vous fondé aucun qui porte votre nom 1 ?
(1) Nous n'avons que ce raisonnement immédiat pour ramener le peuple sage à l'expérience. N'ayant pas étudié, il ne peut pas savoir ; comme n'ayant pas la Foi, il ne peut pas obéir.
l’ordre social.
Voilà qui donne à réfléchir... Si, sur le globe, la civilisation a partout commencé de même, s’il faut que vous, théoriciens, vous veniez vous attaquer à un peuple déjà tout fait pour commencer votre besogne, ne seriez-vous point tout simplement ces êtres qui jamais n’ont pu former ni conserver un capital, ces rebuts éternels que traînent derrière elles toutes les civilisations?
De bonne foi, montrez vos actes afin qu’on sache ce que vous pouvez dans les faits. Indiquez-nous une de vos traces dans le passé. Toute nation, toute classe, toute famille a bien commencé : pourquoi n'est-ce ni votre peuple, ni votre classe, ni votre famille?
N’auriez-vous pas le regard troublé par l’envie unie au manque d’expérience? et, l’absence de toute vertu se joignant à une présomption impuissante, ne serait-elle pas cause en vous de ce manque absolu de lumière? Certes il faut améliorer notre condition en Société ; mais au moyen de la vertu1. L’orgueil n’édifie que des ruines.
(IJ Le peuple aime l’extraordinaire ; en médeciue, il écoute de préférence les charlatans les plus hardis. Qu’un homme lui dise : Donne-moi Û00 francs, et tu pars sur un vaisseau pour un pays où tu établiras une société de frères ; le travail même y sera un plaisir, et dès le premier jour tout y sera supérieur à la civilisation : il partira pour l’Icarie 1 On aura beau le prévenir que celui qui a parlé est un homme abusé comme lui, il n'y voudra pas réfléchir. Car s’il y réfléchissait, il se verrait obligé de ue pas le croire.
a. nairç.