CHAPITRE XXXV
L'homme n'agit sur la nature des choses que par la vertu.
Combien nous ignorons ce qu'est la nature des choses, qui elle-même a été réglée sur la nature humaine! Aussi n’y a-t-il que l’élévation de l’homme qui puisse l’assouplir et la dominer.
Il n’y a qu’une augmentation de travail et de privation qui puisse accroître et féconder la nature. Oe même, la chasteté seule aurait le pouvoir de saisir celle loi de la population qui éternellement vous presse, sur le plateau des subsistances, vers les limites extrêmes. Mais ceci vous parait énorme : c'est pourquoi, pas un mol de plus... Les saints seuls, parmi nous, ont su toucher aux sommets de la nature humaine. Chez nous les efforts et la peine devraient-ils étonner? Que l’on songe combien l’Infini est élevé et d’où est sorti l’homme ! Il s’agit pourtant d’assurer à l’homme une substance et une vitalité éternelles !
C’est pourquoi le Ciel nous tend la main par une loi de perfection que rien ne fera plier. La terre est amarrée à l’Infini; l’homme tirera et repliera le cordage s’il veut s’en rapprocher. Sublime nature des choses! non, rien ne saurait t’abaisser , rien ne saurait empêcher l’homme de pouvoir s’élever jusqu’à toi !
Le Dieu qui conduit l’harmonie des sphères, et qui tient l’axe de la molécule, n’aurait point fixé celui de
l’ordre social. 217
l’homme, de l’homme, ce tour de force de la création? Le scepticisme nous noie, il n’y a plus d’étoile pour nous conduire.
Les voies de Dieu sont des voies d’amour : avons-nous pu penser autrement? Nous l’avons reconnu : si Dieu avait mis plus d’amour dans la création, il l’aurait perdue. De la haute mer, les yeux ne découvrent point la terre. Pour savoir où elle est, vous regardez le ciel.
Ce qu’on doit dire à vos gouvernements , à vos doctrines, à vos rêves mesquins, le voici : l’homme ne saurait dominer la nature des choses que par la vertu.
O être heureux, qui n’es exposé qu’à grandir!
, Grandes et belles lois : l’homme est le fils de la lutte, le noble enfant de son effort, le résultat de la vertu ! Ce n’est pas tout : pour que la Société existe, elle ne doit pas sortir de cette prodigieuse loi de l’ètre que Dieu a créé, laquelle est prise à la loi même de l’Infini!.. La lutte et lame sont une même chose. II faut 'que l’homme ait quelque chose de la grandeur de Dieu ! Depuis que les savants étudient, on n’a pu trouver la recette du génie, ni, depuis que les hommes labourent, le secret d’inventer du pain, ni, depuis qu’ils travaillent, le moyen d’abolir l’effort...
Pourquoi cela? Elevons nos yeux jusqu’à l’homme, nous comprendrons ces grandes choses.
Dans le travail, chaque effort vient tirer l’homme de lui-même. Chaque effort l’arrache en quelque sorte à ce moi dans lequel il s’est enfoncé par la Chute, et rend ainsi la vie au cœur. Le travail est le grand traitement ! En repoussant le Christianisme, nous nous condamnons à ne rien savoir; nous demeurons dans l’impuissance à l’égard de tous les problèmes qu’il faut absolument résoudre à moins qu’on n’aime mieux périr !
Sur toute la surface du globe, le genre humain n'est occupé qu’à travailler, ou à souffrir, et nous voudrions que là ne fut point le mode qu’emploie cette vie pour le former à l’autre viel