CHAPITRE XLI
L’assistance privée, et non l'assistance publique.
Vous dites en premier lieu : « La république doit réa- » liser en institutions l’amélioration de la condition des » masses, par la fraternité, par la multiplication du bien-
» être, par le Crédit et par l’Assistance. » — L’erreur qui vous abuse est toute là ; la Société n’est précisément faite que pour amener cette amélioration par la vertu !
Puis vous dites : « 11 faut transporter la charité infinie » du christianisme, de la conscience de l’individu dans la » conscience du gouvernement. » — Où peut-on mieux prendre le siècle en flagrant délit d’imposture? Vous le voyez : toujours substituer à l’Eglise l’action du gouvernement !
Puis vous dites : « Il faut créer la prévoyance sociale; » » substituer une grande commission de l’assistance à » toutes les commissions secondaires qui ne voient que » les détails1 » ; « placer cette commission de manière à » ce qu’on la voie du pays entier; » ; « faire sortir pièce » à pièce, loi à loi, le code coordonné, le grand code » chrétien de la prévoyance publique. » — Tant de phrases feraient- elles autre chose qu’universaliser la misère et détourner la Charité?
De là vous ajoutez : « Est-ce à dire que dans cet amas » de notions confuses qu’on désigne sous le nom, d’ail- » leurs fort peu compris, de Socialisme, il n’y ait rien de » vrai?. Il y a î^u fond du socialisme cette attitude nou- » velle donnée à l’homme par nos révolutions, qui ont » placé si haut la dignité humaine! » — Puisque nous sommes placés si haut par des révolutions qui n’ont su jusqu’ici que détruire, ne soyons point surpris d’entendre discourir « du grand et obscur problème posé par Féj> vrier. » Grand et obscur en effet !
(1) Ici l'on continue de choisir les formules données par les hommes les plus célèbres de l'époque !...
l’ordre social.
Enfin vous faites remarquer que « vous ne dites point:
« diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, mais que » vous dites : détruire la misère ! » Puis, vous vous écriez :
« Faites des lois contre la misère! il est au pouvoir des » gouvernements, des sociétés, de détruire la misère. » — Oui, la misère morale. Que ces lois-là, conséquemment, protègent la main qui la guérit au fond des cœurs!
C’est de la misère morale que découle notre misère économique : pourrait-on le trop répéter? N’est-ce pas votre industrie de luxe qui lui a donné le jour? N’est-ce pas cette industrie qui continue de créer ces populations, nomades, non agricoles, où se recrute la guerre civile et sur lesquelles plane le paupérisme? Continuez, et vous aurez de la misère à détruire !
Par l’industrie de luxe vous entassez les pauvres dans nos villes, autour des théâtres et des cabarets: maintenant, vous voulez les nourrir ! 11 faut les en faire sortir, en les aidant à rentrer dans la destinée que Dieu leur avait faite. Mais vous dites tranquillement : L’Angleterre a créé le mal, et créé aussi le remède correspondant au paupérisme par la taxe des pauvres. A ce compte, il faudrait se donner le mal pour bénéficier du remède 1
On ne peut que répéter la vérité : Pour ne pas développer du même coup l’insouciance et la paresse , d’où provient la misère, il ne faut point que l’assistance soit publique, il faut qu’elle soit particulière. La religion qui, certes ! a su poser la question, n’a reconnu publiquement que les malades, les vieillards et vos enfants abandonnés *.
(I) II est vrai qu’on ne connaissait pas encore « ces hommes qui, dans la force de l'flge, travaillent et peuvent être sans pain 1 1 »
Quand on méconnaît les principes, il faut avoir un peu d’expérience. Supposons l'assistance : ce fait correspondrait pour vous à une augmenta-
Toute autre misère est chargée de sa destinée; sinon la lèpre s’étendra sur l’espèce entière. Or, les hospices sont ouverts depuis quinze siècles à vos libéralités..
Si depuis ces quinze siècles on vous eut laissé faire, où en serait donc l’homme?. L’heure viendra, espérons-le, où vous tomberez à genoux devant le christianisme de ce qu’il a su préserver la liberté humaine, et conduire l’homme jusqu’en ce jour !
Oui, la grande question est là! Et voici la raison : Dieu a décrété la misère pour ramener l’homme déchu au travail. Pour que la misère ne fût pas, il faudrait que la vertu fût universelle. C’est précisément parce que la vertu est absente que la misère est là. Elle remplace la contrainte imposée à l’esclave..’.
Qu’il faut d’esprit pour faire de la misère un droit public, une profession légale !