SCÈNE VI
Les Mêmes, VICTOR CHANTAUD
VICTOR
Il n'est pas là, M. Lesterel?
ARSÈNE CHANTAUD
Non, mon bicot... C'est moi qui te demande...
VICTOR
Ah! très bien.
ARSÈNE CHANTAUD, à Rocambole.
R'garde moi ça, si c'est bâti. J'm'en vante!... Pas vrai qu' tu aimes ton père, moucheron ?... [Il lui passe la main sur la tête avec une caresse un peu brutale.) Et voilà, c'est grand, ça sait tout, ça sera patron un jour ou l'autre et c'est tout d' même le fils au père La Joie !... Y me ressemble, hein?
Tu parles... en mieux...
ARSÈNE CHANTAUD
En mieux? Yeux-lu te taire! Il n'a pas le droit d'être mieux que son père... Et puis, il le pourrait qu'il ne le voudrait pas... Pas vrai, fiston? VICTOR, souriant.
Tu avais quelque chose à me dire ? Parce qu'on a besoin de moi, là-haut.
ARSÈNE CHAXTAUD
D'abord, faudra faire embaucher le camarade. VICTOR, à Rocambole.
A l'heure qu'il est, il n'y a rien. Mais d'un moment à l'autre, nous attendons une commande importante, et dans ce cas, je vous adi'esserai à M. Lesterai qui vous prendra de préférence, puisque le père vous connaît.
ROCAMBOLE
C'est entendu. Je reviendrai vous voir lundi. (// va pour sortir.)
ARSÈNE CHANTAUD
Attends donc. On s'en ira ensemble. [A Victor.) C'est pas tout ça. Ouvre la bouche et ferme les yeux. VICTOR, riant.
Non, voyons... Jeté dis que je suis pressé.
ARSÈNE CHANTAUD
Ouvre la bouche et ferme les yeux.
VICTOR, toujours souriant.
Qu'est-ce que tu veux ?
ARSÈNE CHANTAUD
Va toujours.
VICTOR
T'es plus gosse que moi, tiens!
ARSÈNE CHAXTAUD
J' suis 1-y-ton père ?
VICTOR
Vraiment, j' t'assure... je...
ARSÈNE CHANTAUD
Réponds. J'suis t'y ton père ?
VICTOR
Oui.
ARSÈNE CHANTAUD
Alors, tu me dois le respect et l'obéissance... Ouvre la bouche et ferme les yeux... Ça t'ennuie?... VICTOR, toujours riant.
Dame, je n'ai plus l'âge...
ARSÈNE CHANTAUD
T'as peur d'avoir l'air bête. [Bas.) Ça n' fait rien, mademoiselle Lucie n'est pas là.
VICTOR, sérieux, bas. Père!...
ARSÈNE CHANTAUD
Ne bouge plus...
VICTOR
Tu vas encore me faire une blague.
ARSÈNE CHANTAUD
Mais non, mais non... Veux-tu? [Il lui met la montre clans la main.) Ça y est ! Regarde.
VICTOR
Quoi?... une chaîne...
AIîSÈNE CHAXTAUD
En or...
PIED-DE-CHOU
Ça, en or?... Fais voir.
CHANTAUD
Oui, en or... oui, en or... Est-il embêtant, celuilà ! Bas les pattes !
VICTOR
Une montre...
ARSÈNE CHANTAUD
En argent... Les montres en or, ça ne se porte plus... qu'au jMont-de-Piété.
A qui est-ce .-*
ARSÈNE CHANTAUD
A toi, puisque je t'en fais cadeau...
A'ICTOR
C'est séi'ieux ?
ARSÈNE CHANTAUD
Très sérieux... Qu'est-ce qu'on dit?... Ça n' sait pas encore dire merci !
VICTOR
Merci... mais... où as-lu...
ARSÈNE CHANTAUD
T'es comme les camarades, tu ne me crois pas millionnaire... J'ai pas volé, sois tranquille... C'est un petit canard... qu'avait l'air de rien... Seulement, les autres ont ramassé des pelles... Alors, j'ai gagné quatre cent quarante-deux francs cinquante. Tu ne
comprends pas? Ça ne fait rien... Va travailler... el plus vite que ça... [Tous les ouvriers rient de voir la mine étonnée de Victor. « Est-il épaté?... Y a de quoi... Ce père La Joie, tout de même!... « etc.]
l'enflé et PIED-DE-CHOU, à J'ictor, criant. Aux courses... il a gagné aux courses...
VICTOR, désappointé.
Ah !.., Tu... tu joues aux courses ?...
ARSÈNE CHANTAUD
C'est la première fois...
VICTOR, souriant.
Et ça sera la dernière ?
ARSÈNE CHANTAUD
De quoi ? Des conseils à son père !... Veux-tu t'en aller ! [fl le pousse vers la porte. — Entre un courtier portant une grosse serviette sous son bras.)