‹ Résultat des courses; comédie en six tableauxChapitre 20 sur 73 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ARSÈNE CHANTAUD, MADAME CHANTAUD. GRAND'- MÈRE, JULIETTE, AUGUSTE, VICTOR CHANTAUD.

Arsène Chantaud est en costume de travail et en manches de chemise. Madame Chantaud, corsage et jupe très simples. Grand'mère un peu plus coquette. Juliette, petite blonde en noir, avec un ruban rose. Victor est en jaquette, Auguste en redingote. Tout le monde est assis autour de la table de gauche, couverte d'une toile cirée blanche. Assiettes, verres, litres. Arsène Chantaud tourne le dos à la porte de la cuisine. Il a, à sa droite, Juliette, à sa gauche, grand'mére. Madame Chantaud est en face de lui, avec Victor à sa droite et Auguste à sa gauche.

Au lever du rideau, on finit de déjeuner. Madame Chantaud apporte un gâteau qu'elle est allée chercher sur le buffet.

ARSÈXE CHANTAUD

De quoi! De quoi! Un gâteau!

C'est M. Auguste qui l'a apporté. [Pendant ce qui suit, Juliette dessert la table et va porter les assiettes sales dans la cuisine. On se distribue des assiettes à dessert.)

ARSÈNE CHANTAUD

Qui est-ce qui va couper ça?...

VICTOR

Toi, parbleu !...

ARSÈNE CHAXTAUD

Non, Toi, t'as le compas dans l'œil. On est... deux, trois, cinq... six... On est six...

VICTOR

C'est pas difficile.

MADAME CHANTAUD

Faut faire sept j)arts...

VICTOR

La part du bon Dieu!...

MADAME CHANTAUD

On la portera à marne Guénaud...

ARSÈNE CHANTAUD

Qui cpi' c'est qu' ça ?

MADAME CHANTAUD

La voisine.

Ah! mame Gourdiflot !... marne Guénaud... marne Guénaud... connais pas. Mame Gourdiflot, connais.

VICTOR

Ça y est.

MADAME CHANTAUD, disposant une part sur une assiette.

Tiens, Juliette... [Juliette sort par le fond avec le gâteau. — A Grand'Mère, qui a mis sa part dans r assiette d'Arsène Chantaud.) Eh bien, grand'mère, vous n'en voulez pas?

graxd'mère Non... C'est pour Arsène.

MADAME CHANTAUD

Ça lui fera du mal.

grand'mère

Mais non... mais non... Il aime beaucoup ça... Quand il était tout petit, et qu'il pleurait, je le faisais taire avec un morceau de tarte comme on en cuit dans nos pays... D'abord, moi, je n'ai plus de dents...

madame CHANTAUD

Je vous assure...

ARSÈNE CHANTAUD

Bon... V là encore que vous vous disputez... Elles sont bonnes toutes les deux comme du bon pain, elles s'adorent et elles passent leur vie à s'asticoter.

JULIETTE, rentrant.

Elle te remercie beaucoup !

MADAME CHANTAUD

Elle continue à aller mieux ?

JULIETTE

Oh ! oui, elle est levée...

MADAME CHANTAUD

Elle a tort. Ce matin, quand je suis allée mettre un peu d'ordre chez elle, elle en faisait une affaire, disant qu'elle n'avait plus besoin qu'on l'aide... Je lui ai dit qu'entre voisins, c'était la moindre des choses, et qu'elle se soigne bien tranquillement.

AKSÈNE CHAXTAUD

Faudrait qu'elle se dépêche de guérir, parce que ce pauvre Gourdiflot ne peut pas y arriver.

VICTOR

Malheureusement, voilà la morte-saison.

ARSÈNE CHA:^TAUD

Il fait ce qu'il peut, le pauvre bougre. Il invente des trucs tous les dimanches pour gagner une pièce quai^ante sous... Aujourd'hui, il est allé vendre des programmes aux courses. C'est moi qui l'ai recommandé... [Trouvant deux parts dans son assiette.) Tout ça pour moi ?

graxd'mè:re

INIange, mange. Quand on travaille, il laut se nourrir. Ça te fera du bien.

Grand'Mèi'e, elle croit toujours que j'ai quatre ans. [Imitant un enfant.) Merci, maman.

grand'mère Tu ne bois pas. (ZT/Ze lui verse du vin et le regarde manger avec admiration. Tout le monde en fait autant.)

ARSÈNE CHANTAUD

Eh bien, et Mistigris ?. .. Il n'a pas droit à du gâteau, lui ?

MADAME CHANTAUD

Tu ne vas pas le mettre à table, je suppose ?

ARSÈNE CHANTAUD

Pourquoi pas ? Nous y sommes bien, nous. Va le

chercher, Juliette ; tu verras la belle cage que je lui ai fabriquée ce matin... Je n'ai pas eu le temps de lui faire une mangeoire ; ça sera pour dimanche.

MADAME CHANTAUD

Es-tu drôle, avec Ion cochon d'Inde !...

grand'mère Laisse donc, si ça l'amuse...

ARSÈNE CHAXTAUD

Il ne lui manque que la parole. [Juliette apporte une cage contenant un cochon cV Inde, qu'elle est allée c/ierc/ier sur la fenêtre.)

MADAME CHANTAUD

On a tort de le laisser sur la fenêtre. Les locataires du dessous se sont plaints à la concierge.

ARSÈNE CHANTAUD

Tu leur diras : Zut... Mistigris !... Du gâteau... Il le mange. Regarde s'il est rigolo... T'as une belle maison, hein, maintenant?... [Tout le monde éclate de rire en regardant la béte.)

JULIETTE

Il a passé sa patte sur sa tète. . . Tu as vu ?. . .

ARSÈNE CHANTAUD

Je te dis. J'y apprendrai à faire des tours... Ah ! maintenant que Mistigris a mangé, va le remettre au soleil... Doucement... Tu lui ferais toumier son lait... Et moi, je vais fumer une bonne pipe... (.-1 Victor.) As-tu pensé à m'en acheter une, toi, l'aristo ?

VICTOR

La voilà.

ARSÈNE CHANTAUD

L'as-tu bien choisie?... Ah! c'est que c'est pas à la portée de tout le monde, de bien savoir choisir une pipe en terre... Elle souffle bien ?... vicrou

Oui...

ARSÈNE CHANTAUD

Tu y as mis de la ficelle ?...

VICTOR

Et j'y ai passé un jdcu d'eau-de-vie... Et je l'ai fumée une fois...

T'as raison, parce que la première pipe est toujours très mauvaise... [Caresse un peu brutale.) Allons, tu es un bon fiston. [Il allume sa pipe.) VICTOR, se levant, allant à Auguste.

Dis donc, Auguste... Qu'est-ce qui a perdu, dimanche, au billard ?.. ..

AUGUSTE

Tu veux ta revanche ?... Allons-y ! [Il se lève.)

JULIETTE, brossant son frère.

Attends, tu es tout sale. [Elle va reporter la brosse à droite.)

VICTOR, à Auguste.

Tu y es ?

AUGUSTE

J'y suis... A tout à l'heure. [Ils sortent.)

VICTOR, revenant.

Père... J'y pense tout à coup... Tu es allé hier

soir toucher la facture de cinquante francs chez Malantou?

AlisiîNE CHAXTAUD

Non, j'irai demain matin...

VICTOR

M. Lesterel t'avait dit... Tu étais parti pour y aller, il me semble...

Quoi ? Il n'attend pas après cinquante francs, je suppose.

MADAME CHAXTAUD

Ça ne fait rien...

ARSÈNE CHANTAUD

J'irai demain matin, là !

VICTOR

C'est bon, c'est bon... A tantôt. (// soj't.)

ARSÈNE CHANTAUD

Ah ! je fume une pipe et, après ça, j'irai finir de mettre le vin en bouteilles.

grand'mère

Moi, j' vas aller porter une bonne tasse de bouillon à la voisine...

madame CHANTAUD

On aurait dû la lui porter avant le gâteau.

grand'mère Voilà encore que tu trouves à redire...

MADAME CHANTAUIi, ?'iant.

Non... Non!...

giîand'mèhe Une bonne lasse de bouillon, ça n'a jamais fait de mal à personne.

C'est vrai. Toi, Juliette, tu iras chercher ton satin pour ton travail. A la Parisienne, c'est ouvert le dimanche.

JULIETTE

Oui, maman. [On a complètement débarrassé la table pendant ce (pu précède. — Juliette et Grand - Mère sortent.^

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