SCÈNE IV
MADAME CHANTAUD, seule, puis VICTOR et GBAND'- MÈRE. Madame Chantaud regarde le billet, puis elle range les petits verres et la bouteille et revient reprendre le papier.
GRANDMÈnE
Qu'est-ce que tu as... avec ce papier ?
MADAME CHANTAUD
Rien. [Entre Victor.) Tu es seul ?
VICTOR
Oui. Nous avons rencontré Juliette; Auguste revient avec elle tout doucement.
MADAME CHANTAUD
Ton père rejoue aux courses.
VICTOR
Tu te trompes.
MADAME CHANTAUD, lui mettant le billet sous les yeux.
Tiens, cinquante francs d'un coup.
Cinquante francs !
MADAME CHANTAUD
Madame Soliès m'a expliqué...
graxd'mère Elle t'a expliqué! Elle t'a expliqué!... Est-ce qu'elle s'y connaît ?...
MADAME CHANTAUD
Oui. Elle joue aussi, elle.
VICTOR
Mais... il n'avait pas d'argent hier... Il t'a i^endu sa paie...
MADAME CIIANTAUD
Sauf dix francs... [Elle va reporter le portefeuille dans le tiroir du buffet.)
AICTOR
Cinquante francs...
grais'd'mè:re Alors, vous voyez bien... S'il n'avait pas d'argent, il n'a pas pu jouer...
madame chantaud Si c'était... Tu lui demandais tout à l'heure... la facture...
VICTOR
Oh ! non... il n'aurait pas fait ça !
madame ciiantaud Qui sait?
VICTOR
Je vais en avoir le cœur net...
madame chaxtaud Gomment ?
VICTOR
Je connais le café où va le caissier de chez IMalenton, c'est à côté.
MADAME CHANTAUD
Sans qu'on s'en doule...
VICTOR
Naturellement... Sois tranquille. Mais c'est impossible qu'il ait fait ça !
CnAXD'MÎîRE
Mais oui, c'est impossible... Il n'y a qu'à le lui demander à lui, sans aller...
MADAME CHAXTAUD
J'entends Auguste et Juliette qui montent. Va vite.
VICTOR
Oui. [Entrent Auguste et Juliette, avec un bouquet de violettes de deux sous au corsage.)
AUGUSTE
Nous voilà.
Regarde, maman, le joli bouquet. ..
MADAME CHANTAUD
Il est joli. C'est Auguste qui... ?
AUGUSTE
Oui, madame. [A Victor.'' Tu sors... Veux-tu que j'aille avec toi ?
VICTOR
Non. Reste. A tout à l'heure. (// sort.)
MADAME CHANTAUD
Je vais vous laisser aussi. J'ai un mot à dire à votre père. . . [A Grand' Mère, sur le pas de la porte. "j Si c'est vrai... Voyez-vous, Grand'Mère... si c'est vrai, nous sommes perdus! [Elle sort.)
grand'mkre En voilà des histoires! S'il a joué... c'est qu'il était sûr de gagner... et il gagnera, parbleu! (^Pendant ce qui précède, Juliette est venue s'installer à sa place, à la table de droite, devant la fenêtre ouverte, et s^est mise à travailler. Auguste s'est assis en face d'elle et la regarde. Juliette liabille des pou~ pées.)
AUGUSTE
Comme vous allez vile !...
JULIETTE
Faut bien.
graxd'mÈre, avec tendresse et taquinerie. Ça vous est égal que je ne reste pas avec vous ? J'ai à faire de l'autre côté.
JULIETTE
Comme vous voudrez, Grand'Mère...
grand'mère
Oui. [Elle reste à les regarder pendant un moment, souriante et Jieureuse... Puis, elle sort, à gauclie... et les regarde encore une fois avec la même bonté, en passant sa tête par la porte entr ouverte.)