OBSERVATION IX
Hypertrophie prostatique.
Prostatectomie périnéale par voie latérale.
Homme de soixante-huit ans, entre service Civiale le 2 septembre 1910 pour rétention d'urine complète.
Le début de l'affection date de cinq ans. Le malade constate que peu à peu ses mictions deviennent difficiles et plus fréquentes. Il y a trois ans crise de rétention aiguë pour laquelle le malade vient se faire sonder à la consultation. La crise ne dure que vingt-quatre heures. Depuis ce moment, les mictions deviennent particulièrement difficiles, surtout ie matin au réveil. Depuis un an, rétention incomplète; le malade urine toutes Îles heures le jour, trois ou quatre fois la nuit. |
Le 31 août, crise de rétention aiguë après un déjeuner copieux avec vins, apéritifs. À 9 heures du soir, le malade se voit dans l'impossibilité d'émettre une goutte d'urine. Il vient à Lariboisière à 3 heures du matin pour se faire sonder. On évacue un litre et demi d'urine environ. Le lendemain, la rétention continue, et à
moe
6 heures du soir il vient se faire sonder. Le lendemain matin, 2 septembre, il entre salle Civiale.
ANTÉCÉDENTS. — Jamais de maladie grave antérieure. Blennorragie à vingt ans. Pas de syphilis.
ExamEN. — État général médiocre. Facies pâle. Langue un peu
sèche. Pas de température. Rien au cœur. Poumons présentent quelques râles de bronchite. Hernie inguinale gauche depuis l’âge de trente ans. Hydrocèle vaginale gauche volumineuse datant de deux ans.
Méat : Normal.
Urètre : Une sonde béquille n° 18 est arrêtée dans l’urètre prostatique. Le malade se met à saigner abondamment. À chaque nouvel essai, au nombre de cinq, même urétrorragie. On réussit enfin à passer une sonde droite n° 15.
Vessie : On évacue ainsi 700 à 800 grammes d'urine foncée à odeur forte.
Prostate : Le toucher est gêné par des hémorroïdes procidentes assez volumineuses. |
La glande est lisse, régulière, bien limitée, moyennement grosse.
Le malade continuant à saigner, on lui met le lendemain une sonde à demeure n° 15 qu'on laisse trois jours. Les urines sont alors claires.
Epreuve du bleu de méthylène. Élimination’ régulière. Début un peu retardé.
OPÉRATION. — 19 septembre 1910. M. Baudet.
Prostatectomie périnéale par voie latérale suivant la technique de Wilms. La prostate est retirée en deux fragments dont un porte un lobe vésical très développé. Poids 65 grammes.
RÉSULTATS IMMÉDIATS. — 20 septembre. Urines sanglantes. Le tube fonctionne bien. Température normale. Ablation des mèches et lavage de la plaie.
22 septembre. Les urines ne sont plus colorées par le sang.
23 septembre. Ablation du tube. Mise en place de la sonde à demeure. Les jours suivants aucun incident, jamais de température. La sonde fonctionne bien, urines claires. Mais le malade est faible, sans énergie.
o octobre. On oblige le malade à se lever, maisil est vite fatigué. Il mange peu.
9 octobre. Ablation de la sonde à demeure. Le malade n’est pas mouillé et urine convenablement par la verge.
11 octobre. En faisant effort pour aller à la selle, le malade s’est
senti mouillé et, depuis, une partie des urines s'écoule par le périnée. On remet une sonde à demeure.
20 octobre. Ablation définittive de la sonde à demeure. La plaie périnéale est cicatrisée et présente de petits bourgeons charnus qu'on brûle au nitrate d'argent.
RÉSULTATS ÉLOIGNÉS. — Les jours suivants, le malade, parfaitement continent la nuit, présente un peu d’incontinence diurne quand il attend trop avant d’uriner. On le dilate aux Béniqués jusqu'au n° 98.
1% novembre. Le malade quitte l'hôpital parfaitement guéri. Excellent état général. Il a engraissé notablement. La plaie est parfaitement cicatrisée. Urines claires. Aucune incontinence, mais les mictions sont assez fréquentes, toutes les heures et demie environ et deux fois la nuit. Le cathétérisme est facile. La vessie a une capacité de 200 centimètres cubes, sans résidu.
Revu le 11 février 1911 le malade va toujours parfaitement bien. n'a pas d'incontinence, mais doit uriner toutes les deux heures le jour et deux fois la nuit. Urines claires. Le cathétérisme de l’urètre est fait avec une sonde n° 18. Bonne contractilité vésicale, pas de résidu.
Revu le 15 juin 1911 (neuf mois après l'opération). Excellent état général. Aucune incontinence. Le cathétérisme de l'urètre est facile avec une sonde Nélaton n° 18. L'’envie d’uriner naît à 250 grammes et devient impérieuse à 300 grammes. La sonde retirée, la miction s'effectue normalement, le jet est fort, bien calibré. On ne ramène ensuite aucun résidu. Le malade est toujours porteur d’une volumineuse hydrocèle gauche qu'il va faire opérer.