OBSERVATION III
Hypertrophie prostatique et calcul vésical.
Prostatectomie périnéale par voie latérale.
Homme de soixante et onze ans, vient à la consultation du service Civiale pour mictions fréquentes et douloureuses. Entre dans le service le 17 juin 1910.
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Début il y a trois ans et demi. Les mictions deviennent fréquentes, 5ou 6 fois la nuit, une dizainede fois lejour. Débutretardé. D'autres fois la miction se fait involontairement avant que le malade ait pris ses dispositions. [l y a un an, après une grande marche, hématurie abondante sans douleur qui dure un jour. À partir de ce moment, à chaque miction, douleur passagère mais très aiguë à maximum au niveau du gland. Urines constamment troubles, jamais de ‘ rétention.
ANTÉCÉDENTS. — Jamais de maladie grave antérieure.
Examen. — Le malade paraît assez bien portant.
Méat : Normal.
Urètre : Une sonde 20 passe facilement, mais on sent au moment où on pénètre dans la vessie le contact du calcul.
Vessie : Pas de résidu. Bonne capacité, 160 grammes. Contractilité exagérée.
Prostate : Au toucher rectal, hypertrophie, régulière, bien limitée, dure.
Cystoscorie : On voit un gros caillou que l’on déplace avec l’instrument. Vessie à colonnes.
Epreuve au bleu de méthylène. Bonne élimination, régulière comme durée et comme intensité.
OPÉRATION. — 5 juillet 1910, M. Cunéo.
Prostatectomie périnéale par voie latérale suivant la technique de Wilms. La prostate est énlevée d’une pièce. Poids 92 grammes, ablation facile du calcul.
RÉSULTATS IMMÉDIATS. — 6 juillet, pas de température, le tube fonctionne bien, urines sanglantes.
7 juillet. Ablation des mèches, urines à peine sanguinolentes, mais un peu troubles. Lavage par le tube au nitrate d'argent.
10 Juillet. Ablation du tube, mise en place de la sonde à demeure. Les premiers jours elle fonctionne mal et la majeure partie de l'urine s'écoule par la plaie.
À partir du 15 le malade est au sec, tout passant par la sonde. Urines claires. Le malade s’alimente bien et se lève le 17 juillet.
2 août. Ablation de la sonde à demeure. Quelques gouttes d'urine passent encore par la plaie périnéale qui se ferme définitivement le 10 août.
RÉSULTATS ÉLOIGNÉS. — 23 août. Le malade quitte l'hôpital. Plaie parfaitement cicatrisée. Bon état général. Le malade urine sans efforts toutes les deux heures en moyenne le jour comme la nuit. Quand il est debout et s'il attend trop pour uriner, un peu d'urine
CINNORE
s écoule involontairement de la verge. De même quand il tousse ou fait un effort. Aussi réclame-t-il un appareil de réserve avec lequel il s’en va.
Revu le 13 décembre 1910. Incontinence jour et nuit. Cependant quelques mictions volontaires quand le malade est au repos. Le gland présente quelques érosions causées par le contact perpétuel de l'urine. Une sonde béquille n° 18 passe facilement. Un peu d'urine légèrement trouble s'écoule. On injecte facilement 150 grammes de liquide que le malade retient bien, une fois la sonde retirée. On le prie d'uriner. Le jet est bien calibré, mais le malade ne peut l'arrêter à volonté. Un nouveau cathétérisme ne montre pas de résidu. Bon état général.
Revu le 15 juin 1911 (près d’un an après l'opération).
Excellent état général. Aucune incontinence la nuit. Incontinence d'effort le jour; aussi le malade porte-t-il encore un appareil de réserve. Cicatrice régulière, souple.
Le-cathétérisme urétral est impossible même avec une sonde molle. Les instruments s'arrêtent dans une cavité qui n’est pas la vessie et qui contient un peu d’urines troubles. On passe alors une filiforme qu'on laisse en place et le long de laquelle on glisse successivement des bongies n° 8, 10, 14-et 17. Une sonde bougie n° 16 est alors introduite dans la vessie. Le malade éprouve l'envie d’uriner quand on lui a injecté 120 grammes de liquide et il ne peut se retenir à 180 grammes. La sonde est alors retirée et le malade urine avec un jet fort. Bonne contractilité vésicale. Nouveau cathétérisme, pas de résidu. Le malade doit revenir se faire dilater.