I. —- SANG DE LA MÈRE ET SANG DU CORDON
Nous avons examiné le sang du cordon de 25 femmes toutes presque certainement syphilitiques. D’après l’intensilé de leurs réactions sérologiques nous avons classé ces femmes en trois groupes. Dans le premier groupe figurent toutes les malades qui, à un moment donné de leur grossesse, eurent une réaction de Bordet-Wassermann type totalement positive.
Dans le second figurent celles qui avec un Bordet- Wassermann-type partiellement positif ou très suspect eurent une réaction de Desmoulière totalement positive.
Le troisième groupe comprend les femmes chez qui le Bordet-Wassermann-type fut faiblement positif ou négalif et le Desmoulière partiellement positif.
Dans le premier groupe figurent les femmes qui à un « moment donné » de leur grossesse eurent une réaction de Bordet-Wassermanntype totalement positive. Cette restriction à «un moment donné » a été introduite parce que, dans ce groupe, à côté de femmes dont le Bordet-Wassermann était totalement positif pendant
leur grossesse et au moment de l’accouchement, figurent d’autres femmes dont le Bordet-Wassermann totalement positif pendant leur grossesse ne l'était plus au moment de l'accouchement ; ces femmes avaient été traitées pendant la fin de leur grossesse et leur réaction de Bordet-Wasserman de totalement positive à l’origine était devenue partiellement positive seulement.
Ce traitement a eu une influence sur la sérologie du cordon en même temps que sur celle de la mère. En effet toutes les femmes non traitées à Bordet-Wassermann positif ou dont le traitement insuffisant ou trop tardif n’atténue pas le Bordet-Wassermann positif donnèrent un sang funiculaire dans lequel la réaction fut nettement positive ; au contraire les femmes à Wassermann totalement positif à l’origine et qui furent traitées assez énergiquement et assez longtemps pour présenter une réaction négative ou faiblement positive au moment de l’accouchement eurent également une réaction négalive dans le sang du cordon.
Mais ce traitement subi par la mère a-t-il eu la même action bienfaisante sur l'enfant? Oui, puisque la grossesse fut menée à terme et que l'enfant, doué d’une constitution normale, naquit vivant.
A-t-il réussi à préserver totalement l’enfant des atteintes de l'affection? Il est difficile de le dire actuellement: ces enfants cliniquement sains avaient à la naissance un Bordet-Wassermann négatif, mais on voit que fréquemment le Bordet-Wassermann négatif à la naissance devient positif plus tard, en même temps qu'apparais:ent des manifestations cliniques de syphilis.
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Ces observations sont trop récentes pour être instructives à ce point de vue.
Il est intéressant de remarquer que presque toutes les femmes de ce groupe étaient des primipares et qu’elles avaient contracté elles-mêmes la syphilis, tandis que les femmes du groupe suivant, pour la plupart multipares étaient atteintes dé syphilis héréditaire. La réaction de Desmoulière en tant que moyen de diagnostic de la syphilis héréditaire est ici particulièrement précieuse.
À ce propos nous signalons en passant que dans nos observations de syphilis acquise la proportion d'enfants nés vivants et à terme est pius grande que dans nos observations de syphilis héréditaire. Ces faits sont en contradiction avec la règle généralement admise que les grossesses tendent à être normales comme durée et que le produit lui-même tend à être cliniquement indemne à mesure que la date de l’infection maternelle tend à
s'éloigner.
La comparaison de quelques statistiques mettra mieux en évidence ce paradoxe apparent.
La mortalité infantile et fœtale pour la syphilis acquise oscille entre 40 et 60 %.
Une des statistiques les plus connues, celle de Fournier portant sur 85 cas de grossesse coïncidant avec la syphilis donne :
27 enfants vivants ;
58 grossesses terminées par avortements, accouchements prématurés ou mort de l'enfant à la naissance ou peu de temps après.