CHAPITRE PREMIER
STATISTIQUE GÉNÉRALt;. — FRÉQUENCE COMPARÉE DES DIVERSES ESPÈCES DE HERNIES
Sommaire : Tableaux indiquant la fréquence des diverses espèces de hernies : hernies simples, — hernies doubles, — hernies triples, — distensions, — hernies rares. — Résumé. — Fréquence générale des hernies suivant les sexes; comparaison des statistiques françaises et anglaises. — Fréquence relative des diverses espèces de hernies : I. Hernies inguinales : A. Chez l'homme : supériorité numérique des hernies inguinales doubles; désaccord avec la statistique de la Société des bandages de Londres, ses causes. — Critique de ma statistique, causes d'erreur. — Fréquence relative des inguinales droites et gauches. — Volume des hernies inguinales. — Fréquence des hernies inguinales congénitales ; — anomalies tesliculaires. — Inguinales obliques et directes, leur fréquence. — B. Hernies inguinales de la femme. — II. Hernies crurales : difficultés du diagnostic. — A. Hernies crurales chez l'homme. — B. Chez la femme. — Statistiques anglaises; statistique de von Eck. — Fréquence relative de la hernie inguinale et de la hernie crurale. — Variétés de la hernie crurale : hernie crurale en avant des vaisseaux. — IH. Coexistence des hernies inguinales et crurales; distensions. — IV. Hernies ombilicales. — V. Hernies épigastriqucs, hernies de la ligne blanche. — Variétés rares; éventration susorabilicale; — désaccord avec les statistiques étrangères; ses causes. — VI. Hernies ventrales: — cas exceptionnels.
Les tableaux où j'ai réuni les chiffres indiquant la fréquence relative des hernies suivant leur siège, leur volume, leur nombre, sont divisés en quatre colonnes correspondant aux cas observés chez les sujets, hommes ou femmes, âgés de plus de quinze ans, et chez ceux, garçons ou filles, qui n'avaient pas encore atteint cet âge. Une cinquième colonne renferme le total des nombres
obtenus, pour une variété déterminée de hernie, dans ces quatre catégories de cas.
Le premier de ces tableaux donne la répartition des cas de hernies simples que j'ai observés. Par hernie simple j'entends toute hernie unique, existant seule sur un sujet. Ces hernies appartiennent aux variétés inguinale, crurale, ombilicale et épigastrique.
Les Iiemies inguinales, suivant leur volume ou plutôt suivant leur degré de développement, ont été réparties sous quatre titres différents : pointes de hernie, hernies interstitielles, hernies pubiennes, hernies scrotales.
J'ai classé parmi les pointes de hernie toutes les hernies qui ne se manifestaient que par une impulsion communiquée au doigt introduit dans le trajet inguinal, dans les efïorts et particulièrement dans la toux, et par une saillie circonscrite, appréciable à la vue et se produisant au niveau de l'anneau inguinal profond dans les mêmes conditions. A ces deux signes s'en joignaient le plus souvent deux autres, qui ne m'ont pas néanmoins semblé nécessaires pour caractériser cette sorte de hernie : une sensibilité particulière à la pression au niveau du point susmentionné, et, au moment où le doigt est appliqué sur la saillie que fait la pointe de hernie, la sensation perçue par ce doigt d'une réduction, sensation spéciale, suivie aussitôt après de la notion d'un point faible, révélé par une dépressibilité plus ou moins manifeste en ce point précis de la paroi abdominale. J'ai considéré comme liernies interstitielles, c'est-à-dire pénétrant dans le trajet inguinal, toutesles hernies qui se révélaient par une saillie allongée, parallèle à l'arcade de Fallope et située au-dessus d'elle, mais ne dépassant pas l'anneau inguinal externe dans les efforts et dans la toux. Ces hernies présentaient les mêmes caractères d'impulsion communiquée au doigt introduit dans le trajet inguinal, de réductibilité, de dépressibilité de la paroi abdominale au niveau de l'anneau inguinal profond que les précédentes, mais à un degré encore plus marqué.
Les hernies pubiennes sont caractérisées par une saillie globuleuse plus ou moins considérable, se produisant au dehors de l'anneau inguinal externe, saillie permanente ou n'apparaissant que dans les efforts, saillie toute superlicielle, qui masque l'anneau où le doigt ne peut s'introduire qu'après avoir réduit la saillie en question.
Enlin sous la dénomination de hernies scrotales, j'ai réuni toutes celles qui descendaient dans les bourses, quel que fût leur volume, quel que fût leur degré de développement; qu'elles fussent testiculaires, atteignant ou dépassant même le testicule.
ou funiculaires, descendant plus ou moins bas le long du cordon sans atteindre cependant la partie supérieure du testicule.
Pour ne pas multiplier trop les formes, j'ai mis dans la même catégorie que les hernies scrotales les hernies de la grande lèvre chez la femme.
Toutes les hernies inguinales simples que j'ai observées, réparties d'abord en hernies droites et hernies gauches, ont été, suivant leur développement et leur volume, classées dans ces quatre subdivisions; puis un total a donné la somme des hernies inguinales simples du côté droit, du côté gauche et le total général des hernies droites et gauches.
La même marche suivie pour les quatre catégories de sujets, hommes, femmes au-dessus de quinze ans, garçons et filles, nous donne les résultats dont la somme totale a été relevée dans une tiernière colonne comprenant la totalité des cas de hernies inguinales simples recueillis dans cette statistique.
Les hernies crurales ont été également réparties en hernies droites et gauches. Chacune de ces divisions comprend une double subdivision suivant que la hernie ne dépassait pas le volume d'une noix (hernies crurales moyennes ou marronnées , parmi lesquelles j'ai également compris les petites hernies de cette variété, — ou qu'elle avait atteint un degré de développement plus considérable (grosses crurales). Un total général réunit, comme pour les hernies inguinales, la somme des hernies crurales droites et celle des hernies crurales gauches.
Je n'ai pas besoin de définir les hernies ombilicales : on n'a pas, dans la pratique, à se préoccuper de la distinction des hernies ombilicales et des adombilicales, sur le vivant et surtout en dehors de l'intervention chirurgicale. Les signes donnés par quelques auteurs comme permettant de faire reconnaître celles de ces hernies qui sortent par un orifice distinct de l'ombilic, par exemple la situation excentrique de la cicatrice ombilicale sur la tumeur, sont de pure théorie. Toutes les hernies de la ligne blanche, sortant par un orifice manifestement distinct de l'orifice ombilical, ont été classées par moi dans la catégorie des hernies épigastriques.
Les hernies épi gastriques, dsLns ces tableaux, comprennent toutes celles qui se sont faites entre l'ombilic et l'appendice xiphoïde, dans l'intervalle des muscles droits, soit latéralement, soit sur la ligne médiane : elles correspondent donc aune notable partie des hernies que les auteurs anglais désignent sous le nom de hernies ventrales. Ce dernier terme a été réservé aux seules laparocèles. mais celles-ci ne sont pas comprises dans ce premier tableau et elles occupent dans cette statistique une place à part avec les
hernies très rares ou avec celles qu'il était impossible de ranger dans une catégorie déterminée. Il en est de même pour les hernies de la ligne blanche siégeant au-dessous de l'ombilic, hernies exceptionnelles et présentant des caractères essentiellement variables suivant les cas.
Les deuxième et troisième tableaux renferment le relevé des cas de hernies doubles. Dans le deuxième, j'ai réuni ce que j'appellerai les hernies de même nom, appartenant à droite et à gauche à la même espèce : hernies inguinales doubles et hernies crurales doubles. Il m'a paru nécessaire, au lieu d'énumérer seulement le chiffre des hernies inguinales doubles, ainsi que l'ont fait les auteurs de toutes les statistiques de hernies, d'indiquer exactement dans quelles proportions s'associent les divers degrés de la hernie inguinale du côté droit avec ceux de la hernie inguinale gauche; de là, la répartition des hernies inguinales doubles en seize subdivisions, suivant que des hernies inguinales droites, à l'état de pointe, de hernie interstitielle pubienne ou scrotale, coïncidaient avec des hernies inguinales gauches à l'un quelconque de ces degrés de développement. Cette manière de classer les cas m'a conduit à des résultats importants , au point de vue du contrôle de mes relevés, et me permettra d'affirmer l'exactitude des données qui reposent sur mes chiffres et qui sont en opposition avec les résultats de la plupart des statistiques.
J'ai également détaillé l'association des deux degrés de la hernie crurale droite aux deux degrés de la hernie crurale gauche. Un total réunit d'ailleurs la somme des hernies inguinales doubles et celle des hernies crurales doubles cliez les hommes, les femmes, les garçons et les filles.
Le troisième tableau fait suite au deuxième; il renferme le relevé des hernies doubles de noms différents, association de la hernie crurale à la hernie inguinale, de l'une et l'autre de ces hernies à la hernie ombilicale et à la hernie épigastrique, association de ces deux dernières entre elles. Les hernies inguinales et les hernies crurales, ici encore, sont subdivisées dans cette nomenclature suivant leur degré de développement et leur volume. Il faut noter avec soin que dans les liernies inguinocrurales (association d'une hernie inguinale avec une hernie crurale) je n'ai compris que l'existence d'une hernie inguinale avec une hernie crurale du côté opposé : on verra tout à l'heure la place qui a été réservée aux hernies inguinales et aux hernies crurales siégeant du même côté. Un total général, donnant la somme des cas de hernies doubles chez les hommes, les femmes, les garçons et les filles, termine ce tableau.
Le quatrième tableau contient le relevé, beaucoup plus court, des cas de hernies triples; hernies inguinales ou crurales doubles associées à des hernies ombilicales ou épigastriques, hernies inguinales d'un côté, crurales de l'autre, présentant la même association. Pour éviter les subdivisions qui se seraient multipliées à l'extrême, je n'ai pas tenu compte dans ce tableau du volume des hernies; cette considération perdait d'ailleurs de son importance en raison du petit nombre de ces faits.
Ce tableau renferme en outre l'indication de deux cas de hernies quadruples.
Nous allons retrouver un nombre presque égal de hernies triples et l'immense majorité des hernies quadruples, quintuples ou même sextuples dans les tableaux suivants, où sont réunis les cas qui ne peuvent figurer dans la nomenclature ni dans le cadre des hernies ordinaires.
Dans un cinquième tableau se trouve le relevé des faits dans lesquels une hernie inguinale coexistait avec une hernie crurale du même côté. Tantôt cette existence simultanée de deux hernies est unilatérale, tantôt elle est bilatérale et il existe quatre hernies, deux inguinales et deux crurales; dans les cas où la double hernie n'existe que d'un seul côté, le côté opposé est très souvent le siège d'une hernie isolée, soit inguinale, soit crurale; enfin ces diverses dispositions peuvent s'associer à l'existence d'une hernie ombilicale ou d'une hernie épigastrique.
Quand une hernie inguinale et une hernie crurale existent du même côté, elles peuvent être absolument distinctes; chacune d'elles présente alors les caractères ordinaires de la hernie inguinale ou de la hernie crurale; mais très souvent les deux hernies paraissent se confondre en une saillie unique, occupant toute la région de l'arcade crurale et présentant, tant au-dessus qu'audessous de cet entrecroisement fibreux, une boursouflure plus marquée, séparées par une dépression correspondant à la ligne qui représente l'arcade. Il s'est produit en pareil cas une distension de la paroi abdominale au niveau du pli de l'aine; la poussée viscérale déprime le péritoine et l'enfonce dans le trajet inguinal et dans l'anneau crural, mais l'arcade crurale elle-même se trouve relâchée et cède plus ou moins à la pression intra-abdominale. J'ai proposé la dénomination de distendon du pli de Vaine pour désigner cette disposition, que j'ai le premier étudiée et décrite '. Il eût été certainement désirable, dans ces relevés, de distinguer les faits de simple coexistence d'une hernie inguinale et d'une hernie crurale du même côté, des cas de distension
1. Traité de chiruryie, de Duplay et Reclus; art. hernies, t. VI, p. 762; 1892.
inguinale; j'avais commencé à le faire, mais j'ai dû y renoncer, un trop grand nombre de degrés intermédiaires s'interposant entre ces deux dispositions différentes et établissant entre elles une transition qui eût inévitablement amené, dans une statistique, l'inscription d'une même lésion sous deux titres différents. Tous les faits de coexistence d'une hernie crurale du même côté sont donc réunis aux distensions proprement dites dans le cinquième tableau. Il convient d'y ajouter quelques cas (quatre en tout) qui au début de ces relevés avaient été inscrits parmi les hernies triples et que j'ai dû y laisser pour ne pas faire subir aux tableaux où les observations se trouvaient colligées, des remaniements trop considérables ; mais il en a été tenu compte, et ces faits, quoique placés dans le quatrième tableau, ne font pas double emploi avec ceux qui composent le cinquième.
Le sixième tableau comprend les cas les plus rares, hernies ventrales ou laparocèles, hernies obturatrices, éventrations, hernies hypogastriques, hernies de cicatrices et hernies traumatiques, hernies épigastriques multiples, hernies inguinales affectant une forme particulièrement anormale. Les limites de ce travail, exclusivement réservé aux considérations statistiques, ne me permettent pas de passer à l'étude de ces faits particuliers ; classés parmi mes observations, ils trouveront plus tard, suivant leur importance, une description détaillée ou une simple mention.
Enfin un dernier tableau renferme le résumé général de cette statistique; il indique pour les hommes, les femmes, les garçons, les filles le nombre absolu des hernies inguinales droites et gauches, crurales droites et gauches, ombilicales, épigastriques, ventrales, obturatrices, des éventrations, des hernies traumatiques.
La seconde partie de ce tableau contient la sommation des hernies simples, doubles, triples, quadruples ou plus multiples encore, et comme dernière vérification de l'exactitude des nombres que je donne à la publicité, j'arrive pour ces deux relevés, et par deux voies différentes, à un total qui est le même et qui représente le nombre de hernies relevées sur les 10 000, ou plus exactement 9967, sujets soumis à mon examen et dont les observations ont pu être utilisées.
Tableau I : Hernies simples.
HO.MMES
FEMMES
GARÇONS
l'U.I.ES
Hernies ing. droites : Pointes
— Inlerslilielles.
— — Pubiennes...
— — Scrotales
Total
— gauclies: Pointes
— — Interstitielles
— — Pubiennes...
— — Scrotales
Total
Total des hernies inguinales..
Hernies crurales droites : Moyennes.
— — Grosses...
Total
— gauches : Moyennes.
— — Grosses...
Total
Total des hernies crurales...
Hernies ombilicales
Hernies épigastriques
la
Total des hernies simples . .
Tableau II : Hernies doubles.
HOMMES
FEMMES
GARÇONS
FILLES
Hernies inguinales doubles :
Pointe droite, pointe gauche — • — interstitielle —
— — pubienne —
— — scrotale — Interstitielle droite, pointe gauche
— — interslit. —
— — pubienne —
— — scrotale — Pubienne droite, pointe gauche
— — interslit. —
— — pubienne —
— — scrotale — Scrotale droite, pointe gauche
— — interstitielle —
— — pubienne —
— — scrotale —
Total
Hernies crurales doubles :
Moyenne droite, moyenne gauche.
— — grosse cr. — Grosse cr. droite, moyenne gauche
— — grosse cr. —
Total
— i>0 — Tableau lll : Hernies doubles (suite).
HOMMES