B. — SEXE FEMININ
J'ai réuni sur un même tableau les tracés graphiques représentant la fréquence relative des diverses espèces de hernies simples suivant les âges, dans le sexe féminin. Nous avons vu que, chez la femme, la hernie, soit inguinale, soit crurale, est plus souvent simple que double : ce sont donc les hernies inguinales et crurales simples, sans me préoccuper du côté affecté, que j'ai voulu comparer aux hernies ombilicales au point de vue de leur fréquence suivant les âges. Il suffit de jeter les yeux sur le tableau ci-après, pour juger des différences que présentent à cet égard les hernies de ces diverses espèces et pour constater aussi celles qui les séparent des hernies de même espèce, observées dans le sexe masculin '.
I. Hernies inguinales. — Le chiffre des hernies inguinales simples reste faible pendant toute la durée de l'enfance et de l'adolescence chez la femme. On n'observe pas, dans le sexe féminin, cette grande fréquence des hernies inguinales de l'enfance qui est déterminée chez l'homme par l'existence des hernies congénitales. Les hernies inguinales congénitales existent aussi chez la femme et elles ne sont probablement pas très rares; mais elles restent le plus souvent latentes pendant les premières périodes de la vie, et ce n'est que plus tard, par l'action de causes occasionnelles surajoutées, que le prolongement séreux qui accompagne le ligament rond et qui représente le canal de Nuck, donne lieu au développement d'une hernie appréciable à l'examen clinique.
A partir de la vingt-cinquième année, la fréquence de la hernie inguinale s'accroît rapidement dans le sexe féminin; cet accroissement, avec quelques alternatives, se continue jusqu'à l'âge de 70 ans, à partir duquel le chiftVe des femmes atteintes de hernies
1. Sur le tableau ci-après les hernies simples du côté droit et celles du côté gauche sont réunies en un même tracé, taudis que dans le tableau où est figurée la fréquence relative des hernies inguinales suivant les âges, chez rhouime, il existe un tracé distinct pour les hernies simples appartenant à chaque côté. Il en résulte que le nombre correspondant à chaque période de cinq années pour les hernies inguinales de la femme doit être comparé à la somme des nombres représentant la fréquence des hernies inguinales de chaque côté pour la même période de temps, chez l'homme. Le tracé qui représente la valeur relative des hernies inguinales suivant les âges, chez la femme, devrait être aussi comparé à un tracé dont l'élévation serait déterminée par la somme des hernies inguinales simples, droites et gauches, à chaque âge chez l'homme. Ce tracé d'ailleurs, sauf sa hauteur plus grande et l'étendue plus marquée de la variation, ne dilTérerait pas des tracés représentant la fréquence des hernies inguinales droites ou gauches, prises isolément.
inguinales décroît beaucoup plus rapidement qu'il ne s'était élevé. On voit donc que le maximum de fréquence des hernies inguinales, chez la femme, correspond à une époque plus avancée de la vie (65 à 70 ans) que chez l'homme (50 à 55 ans). Il faut néanmoins faire observer que dans les deux sexes le chiffre des hernies inguinales reste généralement élevé entre les âges de 55 et de 75 ans.
J'ai dit que, dans le sexe féminin, le chiffre des hernies inguinales simples correspondant à la première enfance, sans être tout à fait négligeable, est faible; comme chez l'homme, le minimum de fréquence de la hernie inguinale correspond à peu près à la période de 20 à 30 ans.
Pour ce qui est des hernies inguinales doubles, le chiffre le plus élevé se rencontre de 55 ou même 50 à 70 ans, chez la femme comme chez l'homme; comme chez l'homme aussi, le minimum s'observe de 10 à 15 ans. On sait d'ailleurs combien la hernie inguinale double est rare dans le sexe féminin, quelle est son énorme prédominance sur toutes les autres hernies dans le sexe masculin; à cette différence près, les variations de fréquence suivant les âges sont à peu près les mêmes pour l'un et pour l'autre sexe.
II. Hernies crurales. — Gomme dans le sexe masculin, le chiffre des hernies crurales est nul dans la première enfance et jusqu'à l'âge de 5 ans; il reste presque négligeable jusqu'à l'âge de 25 ans; il se relève alors, pour suivre exactement les variations que présente le chiffre des hernies inguinales, atteindre en même temps, vers 70 ans, son maximum et décroître ensuite avec la même rapidité : sauf dans leurs parties initiales, les tracés représentant la fréquence des hernies simples inguinales ou crurales, suivant les âges, chez la femme, sont presque complètement superposables. Quant aux hernies crurales doubles, elles ne se montrent qu'à partir de 25 ans dans le sexe féminin; elles atteignent un chiffre élevé de 45 à 70 ans comme chez l'homme, pour disparaître presque entièrement à partir de 75 ans.
III. Hernies ombilicales. — La courbe indiquant la fréquence de la hernie ombilicale suivant les âges est de toutes la plus intéressante. Gomme pour le sexe masculin, elle débute par une pointe élevée correspondant à la première année de l'existence ; c'est le nombre excessivement élevé des hernies ombilicales congénitales ou de la première enfance qui se traduit par ce maximum initial. Une dépression subite, aboutissant à un très bas minimum, s'observe entre 5 et 25 ans et indique
une diminution du chiffre de liernies ombilicales qui va presque jusqu'à une disparition totale. Mais tandis que dans le sexe masculin le chiffre de ces hernies reste faible pendant tout le reste de l'existence et, même pour celles qui s'accompagnent d'autres hernies, ne s'élève dans la vieillesse que dans des proportions presque insignifiantes, le nombre des hernies ombilicales de la femme se relève subitement vers la trentaine; à
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Fig. 6. — (Voir la note, p. 79.)
40 ans, il atteint un deuxième maximum presque aussi élevé que celui qui correspond à la première année; le chiffre des hernies ombilicales décroît ensuite, tout en restant encore assez élevé jusqu'à l'âge de 65 ans, puis il obéit à la même loi que pour les autres hernies et diminue rapidement pendant la vieillesse. L'accroissement considérable et si rapide des hernies ombilicales de la femme, correspondant à la période de l'activité génitale, est intimement lié, ainsi que nous le verrons, aux grossesses et aux accouchements, qui ont sur le développement de ces hernies et sur leur accroissement l'influence la plus manifeste.
Des autres variétés de hernies chez la femme je n'ai presque
rien à dire : seules les hernies ventrales méritent une mention au point de vue de leur répartition suivant les âges : elles sont relativement précoces; c'est de 40 à 45 ans qu'on en observe le plus grand nombre; auparavant elles sont rares; après cet âge, tout en restant fréquentes, jusque vers 65 ans, elles diminuent déjà de nombre. Comme les hernies ombilicales, ces hernies, dans leur origine et leur évolution, reconnaissent principalement pour cause les altérations des parois abdominales que produit la gestation : telle paraît être la raison de leur fréquence plus grande aux périodes moyennes de l'existence.
L'estimation de la fréquence relative des hernies suivant les âges, telle qu'elle ressort des chilïres que j'ai rassemblés, diffère très notablement de celle à laquelle est arrivé Macready en se servant des relevés de la Société des bandages de Londres pour les années 1888, 1889, 1890. Nous avons indiqué déjà pour les hernies inguinales de l'homme cette divergence de résultats des deux statistiques; elle est encore plus accentuée pour le sexe féminin ^ Le maximum de fréquence des hernies inguinales de la femme correspondrait, dans la statistique de Macready, à la période de 26 à 30 ans; le maximum de fréquence des hernies crurales serait placé entre 46 et 50. Il n'est question, bien entendu, dans cette indication de la fréquence des hernies suivant les âges, que de l'âge que les malades avaient lorsqu'elles se sont présentées à la consultation des bandages. On voit donc que dans les statistiques anglaises 1 âge auquel le plus grand nombre des malades atteintes de hernies inguinales ou crurales vient demander le secours des bandages est bien moins élevé qu'à Paris; qu'il diffère pour les premières et pour les secondes, les hernies inguinales présentant leur maximum de fréquence vingt ans avant les hernies crurales, tandis que mes relevés montrent la fréquence des hernies inguinales et des hernies crurales chez la femme suivant à peu près exactement les mêmes variations en rapport avec l'âge. Pour ce qui est de la rareté très grande des hernies crurales dans la jeunesse, les données des deux statistiques sont les mêmes; mais la statistique anglaise marque une fréquence bien plus grande des hernies inguinales dans le jeune âge, puisque le nombre de ces hernies observées chez des sujets du sexe féminin non seulement dans la première année ou entre 1 et 5, 5 et 10 ans, mais à l'âge même où nous avons constaté le minimum de fréquence de ces hernies, entre 20 et 25 ans, dépasse de beaucoup celui qui correspond aux périodes de 50 à 55 et de 55 à 60 ans.
Les hernies ombilicales du sexe féminin présentent dans les