I. — INFLUENCE DE L'MÉRÉDITÉ SUR LE DÉVELOPPEMENT DES HERNIES
Auguste Gottlieb Pvichter, le premier, avait affirmé le caractère héréditaire des causes prédisposantes des hernies, en appuyant son opinion sur des faits tirés de la pratique de Mauchart, de Frédéric Hoffmann et de la sienne. Malgaigne, longtemps après, prouva que l'hérédité avait sur le développement des hernies une indéniable influence; sur un total de 316 hernieux, examinés par lui, 87 avaient des hernieux dans leur famille. Les auteurs qui depuis lors se sont occupés de la matière, se sont bornés à repro-
duire ses assertions sans y rien ajouter; seule, la statistique de la Société des bandages de Londres a permis à Kingdon, à Wernher, à Macready de serrer de plus près l'étude de cet ordre de causes en lui donnant l'appui de chiffres plus importants.
Ce n'est qu'à partir de l'observation 2458 que j'ai recueilli régulièrement tous les documents relatifs à cette question sur les sujets qui se sont présentés à la consultation des bandages. Je possède donc 7542 cas dans lesquels l'interrogation des malades m'a donné des renseignements aussi complets que possible sur ceux de leurs parents, pères, mères, frères, sœurs, grands-parents paternels ou maternels, oncles ou tantes paternels ou maternels, qui avaient étéafïectés de hernies; j'ai cherché même à faire préciser les accidents dépendant de ces hernies dont les membres de leurs familles avaient été atteints. Quelque soin que j'aie apporté à rassembler ces documents, ils présentent des erreurs et surtout des lacunes.
Il eût été fort intéressant d'apprendre des gens atteints de hernie et présentant quelques antécédents héréditaires, si leurs parents avaient été atteints de la même variété de hernie : j'ai pu obtenir quelques renseignements sur ce point, principalement pour ce qui est des hernies ombilicales et de certaines hernies inguinales très volumineuses, mais ces renseignements sont trop incomplets et trop incertains pour pouvoir être utilisés.
Il est certain qu'un très grand nombre de hernieux observés à la consultation du Bureau central, n'ont pu répondre d'une manière satisfaisante aux questions qui leur étaient posées sur ce sujet; beaucoup n'ont jamais connu leurs parents; chez un plus grand nombre, l'indifférence ou l'oubli résultant de la misère, du grand âge, ont fait disparaître ces souvenirs.
Il faut remarquer aussi que les hommes sont mieux renseignés sur l'infirmité de leurs pères, de leurs frères, de leurs fils, les femmes sur celle de leurs mères, de leurs sœurs; en d'autres termes, le commémoratif est surtout donné par une personne appartenant à une famille pour les individus du même sexe : la raison de ce fait se conçoit assez pour qu'il soit inutile d'insister.
Enfin dans la famille d'un sujet atteint de hernie, il est des membres, surtout parmi les enfants, qui, sans présenter encore de hernie manifeste, sont destinés à en être affectés plus tard ; l'on sait en effet que c'est vers l'âge moyen de la vie que se développent le plus grand nombre des hernies. Pour toutes ces raisons, on peut affirmer que les cas dehernie dont f ai pu retrouver la trace dans la famille des hernieux sont très inférieurs en nombre à ceux qui existent en réalité. -- Quoi qu'il en soit, j'ai résumé en deuxtableaux les chiffres qui sont
relatifs à ce sujet dans ma statistique : le premier comprend l'indication du nombre de cas dans lesquels lecommémoratifliéréditaire a été signalé pour chaque variété de hernie. Il porte, ainsi que je l'ai dit, sur les observations 2458 à 10000, c'est-à-dire sur 7542 cas de hernies ; chaque fait n'y est représenté qu'une seule fois.
Cas dans lesquels l'influence liéréditaire a éti' notice :
HEKNIES
tri
Xtl
Inguia. c(jni;éiiit.sini|iles.
— — doubles.
Inguin. ordin. simples.
— — doubles.
Crurales simples
— doubles
Inguinales et crurales...
Ombilicales
IS
5ti
Épigastriques
Ombilicales et inguinales.
Multiples
Diverses
Total.......
1 24 't 1 2SG
Ce tableau, comme le suivant, est divisé en deu.x moitiés correspondant aux faits observés dans le sexe masculin et dans le sexe féminin. Gliacune de ces moitiés présente deux colonnes où sont répartis les cas, suivant que les sujets avaient ou n'avaient pas dépassé l'âge de quinze ans; une troisième colonne donne le total des cas pour le sexe masculin et pour le sexe féminin ; enfin le tableau se termine par le total général de tous les cas où l'hérédité a été notée, quels que fussent l'âge et le sexe, pour chaque variété de hernie.
Dans le second tableau j'ai indiqué pour les sujets masculins et féminins, au-dessus et au-dessous de quinze ans, la nature du commémoratif héréditaire, c'est-à-dire quels étaient, par ordre de parenté, les membres de la famille du hernieuxqui étaient atteints de hernie : les titres des divisions n'ont guère besoin d'explication : les trois premières, hérédité paternelle, maternelle, double, indiquent les cas où le père, la mère du hernieux, ceux où les deux parents étaient affectés de hernie; l'hérédité collatérale désigne les frères et sœurs, l'hérédité indirecte, les oncles et tantes qui présentaient des hernies. — Sous le nom d'hérédité multiple j'ai désigné les cas où dans une même famille plusieurs membres d'ordre ditïérent, pères, grands-parents, sœurs, frères
oncles ou tantes, étaient en même temps porteurs de hernies; enfin les commémoratifs relatifs aux enfants des hernieux sont compris sous la rubrique d'iiérédité descendante. Les chiffres de ce tableau arrivent, bien entendu, à une somme plus forte que celle du tableau précédent, car souvent le même fait a dû y être noté dans deux colonnes, par exemple lorsque le père et l'un des frères des hernieux étaient affectés de hernie.
Les renseignements sur les oncles et tantes (liérédité indirecte) et sur les grands-parents n'ont été recueillis que de l'observation 7000 à l'observation 10 000.
IIÉKÉDITÉ
là
Paternelle
Maternelle
Double
es
Collatérale
Indirecte, côté paternel. .
— — maternel. .
Grands-parents paternels
— maternels
Multiple
Descendante
Ainsi sur Toi'i cas de hernies diverses, il en est 2079 où l'influence héréditaire se trouve marquée par l'existence d un autre hernieux au moins dans la même famille. La proportion des cas de hernies où se retrouve le commémoratif héréditaire à ceux où il manque est donc comme 1 est à 3,6.
Les 2079 cas de hernies où les commémoratifs indiquent l'inlluence héréditaire représenten-t 2692 sujets atteints de hernies au moins, répartis dans les familles des hernieux soumis à mon observation; je dis 2692 sujets au moins, car dans les faits d'hérédité multiple, il y avait souvent plusieurs frères ou sœurs, des grandsparents, des oncles ou tantes affectés à la fois de hernie dans la même famille; je n'ai compté cependant ces faits-là que pour une unité dans ma statistique; d'ailleurs, ainsi que cela a été dit plus haut, les commémoratifs sur ce point n'ont été donnés que d'une manière souvent bien incomplète par les sujets que j'ai examinés : ainsi le chiffre de 2692 hernieux existant ou ayant existé dans les familles des hernieux qui se sont présentés au Bureau central, est-il bien au-dessous de la réalité. Prenons-le néanmoins tel qu'il résulte de nos relevés.
Les 7542 individus atteints de hernies sur lesquels a porté
cette partie de ma statistique appartenaient, sauf quelques rares exceptions, à autant de familles différentes; ces 7542 familles comprenaient environ 33 900 individus, en défalquant les 7542 hernieux en question et en fixant à 5,5 le chiffre moyen des membres d'une famille parisienne *. Sur ces 33900 individus, 2092, c'est-à-dire 1 sur 12 au moins, étaient porteurs de hernies. Ainsi dans les familles des hernieux la proportion moyenne des sujets atteints de hernie dépasse 1 individu sur 4; en faisant abstraction du premier sujet atteint de hernie, la proportion des autres individus de la même famille qui présentent la même infirmité est d'environ 1 sur 12; elle serait certainement bien plus élevée si nous avions connaissance de tous les cas de hernie qui se présentent dans la même famille. Il est donc certain que lorsqu'un sujet est atteint de hernie, les membres de la famille sont exposés à cette infirmité dans une mesure très supérieure à celle dont la moyenne des individus en est atteinte. L'influence de famille, c'est-à-dire l'influence héréditaire exerce incontestablement son action comme cause prédisposante aux hernies.
Les cas où le commémoratif héréditaire a été signalé chez les femmes et les enfants du sexe féminin, au nombre de 549, représentent un peu plus du tiers de ceux où l'hérédité a été notée, chez les individus du sexe masculin (1530 cas) : c'est à peu près exactement la proportion dans laquelle les hernies s'observent dans les deux sexes; l'influence héréditaire paraît donc à peu près la même pour l'un et pour l'autre.
La nature des hernies, leur espèce, leur nombre ne paraissent pas faire varier d'une manière très notable la proportion dans laquelle s'observe l'influence héréditaire; voici les résultats que nous ont donnés à cet égard les diverses sortes de hernies; la proportion des cas où l'hérédité était accusée par rapport à l'ensemble des cas compris dans la même catégorie de hernies était :
SEXE MASCULIN
SEXE FÉMIMN
Hur.iies simples : i.iguhiales
— — crurales
— — ombilicales
— doubles : inguinales
— — crurales
— ombilicales et inguinales
1. Le recensement de 1886 donne le chitfre 1,45 comme chiffre moyen des enfants d'une famille parisienne. En y joignant les parents et les grandsparents, nous arrivons à une moyenne de 5,5 individus par famille, chiffre évidemment supérieur au chiffre réel.
De ces chiffres un seul s'écarte notablement de la proportion moyenne, 1 — 3,6, qui représente le rapport des cas où l'hérédité est marquée et de ceux où elle manque; c'est celui qui concerne les hernies crurales chez l'homme; celles-ci s'observant surtout à un âge avancé de la vie, on peut supposer que les souvenirs de ceux qui les portaient étaient d'autant moins précis.
Les hernies simples donnent à peu près la même proportion d'antécédents héréditaires que les hernies multiples :
SEXE MASCULIN
SEXE FÉMLMN
Hernies simples
Hernies multiples
On aurait pu penser que les hernies inguinales congénitales^ résultant d'une malformation, présentaient la marque héréditaire plus marquée que les autres, il n'en est rien, ni chez les enfants, ni chez les adultes.
ENFANTS
ENSEMBLE
Hernies inguinales congénitales . . .
Au premier abord l'influence de l'hérédité paternelle paraît bien plus accusée que celle de l'hérédité maternelle. Parmi les 2079 sujets atteints de hernie, chez lesquels a pu être retrouvé le commémoratif héréditaire, 1136 fois le père, 396 fois la mère, dans 90 cas les deux parents étaient atteints de hernies; mais la différence en question perd beaucoup de son importance si l'on considère que les hernies étant environ trois fois plus fréquentes chez l'homme que chez la femme, cette proportion doit se retrouver dans les antécédents héréditaires des hernieux. Il est plus intéressant de constater la part d'influence que le père ou la mère ont sur le développement des hernies chez leurs enfants des deux sexes.
Or, le rapport de l'hérédité paternelle à l'hérédité maternelle est :