POUR LES SUJETS DU SEXE MASCULIN
nu SEXE FÉMINLN
Ayant plus de 15 ans 4,8 — 1
Ayant moins de 13 ans 1,8 — 1
En bloc 3,9 — 1
A part une exception sur laquelle nous allons revenir, on voit aussitôt que l'influence du père sur les hernies des enfants masculins est infiniment plus marquée que celle qu'il exerce sur les enfants du sexe féminin. Celle-ci, égale ou un peu supérieure encore en apparence à celle de la mère, est en réalité de beaucoup inférieure, puisqu'il faut faire entrer en ligne de compte la fréquence trois fois moindre des hernies chez la femme.
On peut donc admettre jusqu'à un certain point l'exactitude de cette règle, déduite par Kingdon des relevés de la Société des bandages de Londres, et d'après laquelle, Vinfluence héréditaire sur le développement des hernies s'exercerait surtout par le père, sur les enfants du sexe masculin, par la mère, sur ceux du sexe féminin. L'influence maternelle sur la production des hernies des femmes ressort encore davantage des commémoratifs relatifs aux grands-parents : tandis que pour les hernieux du sexe masculin les grands-parents du côté paternel et ceux du côté maternel interviennent en nombre exactement égal dans les antécédents héréditaires, pour les sujets féminins atteints de hernie les grandsparents maternels sont deux fois plus souvent notés comme ayant présenté des hernies que ceux du côté paternel : mais ce commémoratif même éveille un doute qu'il faut éclaircir : ces différences dans la répartition des antécédents héréditaires ne tiendraient-elles pas en grande partie à la manière dont les souvenirs en pareille matière sont recueillis et transmis?
Les femmes en effet sont naturellement plus au courant des détails de la santé de leurs mères, de leurs filles, de leurs sœurs, du moins pour ce qui concerne de semblables accidents. Elles peuvent beaucoup plutôt ignorer l'existence d'une hernie chez leurs pères, leurs frères : la remarque s'applique réciproquement aux hernieux du sexe masculin. Il n'est donc pas étonnant que les sujets masculins accusent plus souvent l'existence d'une hernie chez leur père et ceux du sexe féminin chez leur mère; voici d'ailleurs un exemple tiré de nos relevés qui va nous montrer quelle est, sur les documents recueillis de la sorte, l'influence de la personne qui les a communiqués.
On a vu que chez les hernieux du sexe masculin âgés de plus de quinze ans, le rapport de l'hérédité paternelle à l'hérédité maternelle était de 4,8 — 1; par une étrange opposition, le même rapport, chez les enfants masculins atteints de hernies, est seulement de 1,8 — 1. Or les enfants auxquels on délivre des bandanges au Bureau central sont presque tous des enfants en très bas âge, qui sont amenés par leurs mères. Ce sont ces dernières qui ont fourni les renseignements sur les antécédents héréditaires relatifs aux hernies de leurs enfants: conséquence immé-
diate, la proportion des mères atteintes de liernies est infiniment plus forte pour les enfants que pour les adultes masculins, l'interrogatoire et l'examen direct ayant fait très souvent reconnaître des hernies sur des femmes qui en ignoraient l'existence ou qui n'y attachaient aucune importance, et qui étaient venues au Bureau central consulter pour la hernie de leur enfant.
La proportion d'erreurs que contiennent des documents réunis de la sorte, quel que soit le soin avec lequel on ait procédé à l'interrogatoire de ceux qui les fournissent, enlève beaucoup de leur valeur aux conclusions que l'on pourrait tirer d'une semblable collection de faits. Aussi, dans cette appréciation du rôle que joue l'hérédité comme cause prédisposante des hernies, faut-il s'en tenir aux résultats les plus généraux; c'est aller beaucoup trop loin que vouloir estimer, comme le fait Macready, l'influence du père et de la mère sur le développement des diverses espèces de hernies prises isolément : les causes d'erreurs et le rôle de l'interprétation prennent ici trop d'importance pour que l'on puisse s'appuyer sur la statistique. Il est évident que la hernie inguinale étant infiniment plus commune chez l'homme que la hernie crurale, l'influence prépondérante que l'hérédité paternelle semble exercer sur le développement des hernies dans le sexe masculin, paraîtra surtout y augmenter le nombre des hernies inguinales; mais comment s'assurer que l'influence maternelle se traduit par un accroissement des hernies crurales puisque, chez l'homme, celle-ci n'existe presque jamais qu'annexée à la hernie inguinale? Le rôle de l'hérédité maternelle, d'autre part, se retrouve surtout dans le développement des hernies ombilicales : ce fait n'a rien cependant qui ne puisse être prévu et n'a pas même besoin de la statistique pour être établi, puisque chez l'adulte, la hernie ombilicale ne s'observe guère que chez la femme, que, dans le sexe masculin, les enfants en bas âge sont presque les seuls qui en soient atteints et que les antécédents héréditaires de ceux-ci, donnés par leurs mères, doivent accuser par cela même une prépondérance de Félément féminin.
Pour tirer un résultat clair de ces recherches, il ne faut pas en trop multiplier les divisions; les causes d'erreur tenant à la façon dont les nombres qui les composent ont été recueillis s'accroissent en raison des difficultés de l'interprétation des documents. Il nous suffira donc d'avoir trouvé dans les chiffres qui viennent d'être passés en revue, la preuve que l'influence héréditaire favorise d'une manière effective le développement des hernies et que cette influence est surtout exercée chez les hernieux de l'un et l'autre sexe, par celui des parents qui appartient au même sexe que le hernieux.
Familles de hernieux. — Si nous ne retenons que les documents relatifs aux 2079 individus atteints de hernies qui ont accusé des antécédents héréditaires, nous pouvons considérer ceux-ci comme appartenant à 2079 familles différentes dont chacune comprend le père, la mère, les quatre grands-parents et de 1 à 2 enfants, chiffre moyen indiqué pour les familles parisiennes par le recensement de 1886; c'est donc à 7,5 individus qu'il faut fixer au maximum la moyenne de ces familles en y comprenant tous ceux de ses membres sur lesquels ont porté nos investigations : en adoptant cette moyenne, les 2079 familles en question comprennent un total de 15 593 individus parmi lesquels 2079, qui nous ont fourni ces commémoratifs et qui ont été examinés à la consultation des bandages, présentaient des hernies dont j'ai constaté l'existence, tandis que 2692 autres individus, appartenant à ces mêmes familles, étaient également atteints de hernies qui ne sont venues à ma connaissance que par les commémoratifs fournis par les 2079 hernieux en question. — Ces 15 593 individus comprenaient donc 4771 hernieux au moins, soit 100 individus atteints de hernies sur 326, proportion qui pourrait presque être doublée, si tous les cas existants dans ces familles, parmi les grands-parents surtout, avaient pu être signalés. On voit quelle redoutable fréquence les hernies présentent dans certaines familles puisque 1 individu sur 3, peut-être 1 sur 2, en est atteint. En consultant à cet égard nos observations, nous trouvons une liste de cas qu'il serait trop long d'énumérer où 31 familles présentaient ensemble près de 150 individus atteints de hernies : je relève en passant, dans un certain nombre de ces observations, les associations suivantes : le père, la grand'mère paternelle, et deux enfants, — le père, le grand-père paternel, presque toute la famille, — toute la famille, — tous les hommes de la famille,
— le grand-père paternel, le père, deux oncles paternels, — tous les enfants, — tous les frères, — cinq frères, — quatre frères et le père de famille, — le père, la mère, deux enfants qui sont guéris,
— quatre oncles maternels, etc., etc. J'ai observé plusieurs fois des hernies chez des frères jumeaux; par contre j'ai eu l'occasion de voir des jumeaux dont un seul était atteint de hernie. — De ces associations, les plus ordinaires dans l'entourage des hernieux sont, au point de vue de l'influence héréditaire multiple, le père et les frères au nombre de 1 ou 2; le père et les fils du sujet atteint de hernie; la grand'mère maternelle et la mère; le grand-père paternel et le père; le père, la mère, les sœurs et frères ; le grand-père et la grand'mère maternels et des oncles et des tantes maternels; le père, la mère, les grands-parents des deux côtés, des oncles et des tantes; tous les frères et sœurs, etc.
Les hernies ombilicales de la première enfance s'observent assez souvent chez tous les enfants masculins ou féminins d'une même famille. J'ai constaté et guéri, par l'opération de la cure radicale, des hernies crurales chez deux enfants de treize et de dix-sept ans, le frère et la sœur. Souvent l'intluence héréditaire saute une génération; les grands-parents, les frères des hernieux sont atteints, tandis que les parents sont indemnes.
Ainsi certaines familles sont en quelque sorte vouées aux hernies, il ne faut donc pas s'étonner que l'étranglement y fasse des ravages ; quelque indifférence que l'on trouve d'ordinaire chez les gens du peuple pour les souvenirs de cette nature, il m'a été possible de recueillir plus de 70 fois l'indication précise d'accidents mortels dus aux hernies dans les familles de hernieux : c'étaient dans 34 cas le père, dans 21 la mère, dans 4 un frère? dans 4 une sœur, 5 fois le grand-père paternel, 3 fois la grand' mère, 3 fois des oncles ou des tantes qui avaient succombé à la suite de l'opération pratiquée pour un étranglement. Je ne mentionne pas les faits où des accidents dont la nature serait trop difficile à préciser, se sont terminés par la guérison.
Comment peut donc s'exercer cette influence héréditaire? La première idée qui se présente à l'esprit est que la hernie est un vice de conformation tenant à un arrêt de développement, et comme tel soumis à l'influence héréditaire. La permanence de la communication vagino-péritonéale pour les hernies inguinales, l'absence d'oblitération de l'anneau ombilical, pour les exomphales, semblent indiquer pour ces déplacements une origine congénitale dans les cas mêmes où cette origine n'est pas anatomiquement démontrée. Il serait hasardé de considérer cette hypothèse comme un fait certain ou même probable. La statistique nous montre que les hernies inguinales congénitales ne sont pas plus soumises à l'influence héréditaire que les autres; les hernies ombilicales en paraissent même plus souvent indépendantes que les autres espèces de hernies. Sans entrer ici dans la considération des caractères anatomiques des hernies , il est probable que l'analogie de structure qui se retrouve entre les ascendants et leur filiation descendante, et qui se traduit par la ressemblance de la physionomie, crée des dispositions similaires d'inclinaison du bassin et de capacité de la cavité pelvienne, de résistance des ligaments fibreux et des aponévroses, de largeur ou d'étroitesse des orifices qui livrent passage aux hernies, enfin des conditions analogues dans le développement musculaire des parois abdominales, et l'on conçoit que cette similitude de conformation mette les parents et les enfants dans des conditions à peu près semblables de prédisposi-
tion ou de résistance à l'égard des causes dont les hernies dépendent. En dire davantage nous exposerait à sortir de l'examen des faits dont le groupement méthodique est l'unique hut de ce travail.