IV. — ÉTAT DE LA HERNIE ET DE SON CONTENU COMPLICATIONS ET ACCIDENTS
1° \J irréductibilité de la hernie est relativement rare (l/i28); elle est plus commune dans les hernies crurales que dans les inguinales; dans les hernies ombilicales et épigastriques que dans les crurales; — elle s'observe plus souvent chez la femme que chez l'homme. On la voit se produire dans des hernies soumises au port du bandage bien moins souvent que dans les autres.
2' Les troubles fonctionnels, coliques, douleurs dans la hernie, ont été observés dans les hernies volumineuses et partiellement irréductibles. Les troxibles dyspeptiques sont très fréquents. chez les sujets masculins atteints de hernies épigastriques et chez les femmes qui ont des hernies ombilicales.
3" Accidents proprement dits. — Sur 10000 hernieux de tout âge et des deux sexes, 3,31 0/0 ont accusé dans leurs commémoratifs des accidents sérieux survenus du côté de la hernie. Ces accidents ont été plus fréquemment observés chez les femmes (5,84 0/0) que chez les hommes (2,46 0/0), pour les hernies crurales (6, 45 0/0) que pour les ombilicales (1,91 0/0) et les inguinales (1,43 0/0).
De ces accidents, les pliis fréquents sont ceux d'étranglement proprement dit, grave (250 cas) ou léger (43 cas). La péritonite herniaire (38 cas seulement) s'observe surtout dans les hernies ombilicales irréductibles. Ces accidents surviennent à peu près aussi souvent chez les individus qui portent bandage que chez ceux qui n'en portent pas; ils sont sujets à des répétitions assez
fréquentes. Quoiqu'on les voie parfois se produire dès la première apparition de la hernie, ils atteignent plutôt les hernies anciennes que les hernies récentes.
Ils sont plus graves chez la femme que chez l'homme, dans la hernie crurale que dans les autres hernies. Pour les hernies crurales de la femme, l'étranglement avait nécessité l'opération dans plus de la moitié des faits.
4° Déductions au point de vue du pronostic et des indications. — La femme, bien moins atteinte que l'homme par les hernies, est bien plus exposée que lui aux accidents des hernies, et ceux-ci revêtent chez elle une gravité plus grande. 11 y a donc lieu de tenir compte de cette différence dans l'appréciation des indications auxquelles donnent lieu les hernies.
L'étranglement, par lui-même ou par les opérations qu'il nécessite, ne paraît cependant pas être la cause d'une mortalité bien élevée, étant donné le nombre considérable de gens atteints de hernie. Si les causes de mort qui résultent de l'existence d'une hernie chez un individu sont complexes et multiples, les chances fatales qui sont liées à l'éventualité d'un étranglement ne dépassent pas en moyenne la proportion d'un centième. L'innocuité absolue de la cure radicale est donc la condition sine qua non de son exécution.
A PREND ici:
Depuis que le résultat de ces recherches a été communiqué au neuvième Congrès de chirurgie, eu octobre 1895, ^I. le D"" Jacques Bertillon, dont l'autorité en matière de statistique est connue de tout le monde, est venu lire à l'Académie de médecine un important travail sur la fréquence des hernies dans le sexe masculin, sur leur fréquence dans les professions diverses, sur la fréquence enfin des accidents auxquels elles donnent lieu. Sur ces différents sujets, les recherches de M. Bertillon s'attaquent aux questions que je viens de chercher à résoudre à l'aide de mes documents personnels : il me faut donc examiner les points où les résultats qu'il indique concordent avec ceux que j'ai indiqués, ceux au contraire sur lesquels ils s'en écartent.
I. Frcquenrc ijciirnile dis lieniies. — C'est la statistique des exemptions prononcées par les conseils de revision en Suisse pour les cas de hernies qui est le point de départ des considérations que M. Bertillon présente sur ce sujet. Sans passer en revue le chiffre des exemptions fourni par ce document pour chacun des cantons, on peut, ainsi que l'a fait M. Bertillon, en divisant ceux-ci en cantons allemands et en cantons latins, et chacun d'eux en cantons catholiques et en cantons protestants, relever suivant ces diverses catégories des différences assez curieuses :
Cantons allemands : 83 760 examinés;
3 083 hernieux, soit 36,8 p. 1000.
Cantons latins : 33 067 examinés;
1064 hernieux, soit 32,2 p. 1000.
La proportion des hernieux serait donc un peu plus forte pour les cantons allemands; mais il ne faudrait pas conclure de ce fait à l'iniluence de la race sur le développement des hernies : l'examen des résultats fournis par les cantons protestants et catholiques va le prouver :
Cantons protestants allemands : ."iOil.T examinés;
2 013 hernieux, soit 39 p. 1000.
Cantons catholiques allemands : lo393 examinés;
437 hernieux, soit 28 p. 1000.
Cette diflérence, dont personne ne songera à faire remonter la responsabilité il Zwingle ou à Calvin, tient peut-être, s'il faut en croire M. Bertillon, à ce que les cantons protestants sont plus industriels que les catholiques : tout en tenant compte de cette considération, l'on peut voir combien l'appréciation de documents semblables est difficile et combien elle renferme de points obscurs.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la statistique suisse, prise en bloc, donne un chiflre d'exemptions pour hernies de beaucoup supérieur à celui des conseils de revision pour le département de la Seine. En effet l'examen des chiffres résultant des opérations des conseils de revision, en 1881 et dans les années précédentes et suivantes, nous a conduit au résultat que voici :
Seine : contingent de 1881 : 28 04G examinés;
360 hernieux, soit 12,8 p. 100(J.
Tandis que la proportion la plus faible, fournie par la statistique suisse (cantons catholiques allemands), est de 26 hernieux sur 1000 jeunes gens examinés. — On trouvera l'explication de cette opposition entre les deux statistiques, dans la manière même dont sont définis dans l'une et l'autre les cas d'exemption.
Les instructions officielles suisses prescrivent l'exemption pour tous les cas déterminés, même les plus légers. « Toutes les hernies abdominales entraînent l'inaptitude complète : le fait que sous l'influence de la pression abdominale le canal inguinal se remplit, suffira pour faire admettre l'existence d'une hernie inguinale. » Il est certain qu'en se référant aux ternies mêmes de cette instruction, tous les cas de faiblesse de la région inguinale, bien des hernies tout à fait au début ou même douteuses, doivent être compris dans le chitfre des exemptés. Il en est autrement en France, où la manière de procéder des conseils de revision a beaucoup varié sans doute dans ces vingt dernières années, mais où l'on peut affirmer que seules les hernies déclarées et manifestes sont admises comme cas d'exemption.
Eu Suisse, d'ailleurs, tout conscrit doit être examiné au point de vue de la hernie, même s'il présente une autre infirmité, cause d'exemption. En France, au contraire, les jeunes gens exemptés pour insuffisance de taille, faiblesse de constitution, tuberculisation, ou pour toute autre cause, ne sont pas inscrits parmi les hernieux même s'ils sont porteurs de hernies. On conçoit donc ;que le chiffre des hernieux accusé eur un nombre égal de sujets examinés, doive être plus fort en Suisse que dans le département de la Seine.
Un point très intéressant et tout à fait probant des recherches de M. Bertillon a trait à l'influence de la condilio)! sociale sur le développement des liei'nies.
Relevant la fréquence des exemptions pour hernies dans les arrondissements pauvres ou riches de Paris, M. Bertillon démontre, par Je tableau ci-joint, que les hernies sont plus fréquentes dans les arrondissements notés comme pauvres ou très pauvres, que dans ceux qui sont aisés ou
riches : on peut aisément suivre du premier au dernier la progression presque constante du chiffre des hernieux.
Fréquence des hernies à Paris selon le degré d'aisance {'1 884-1 893). M. Bertillon. Sur 1000 conscrits examinés, combien sont exemptés pour
hernies :