IL — FRÉQUENCE DES HERNIES SUIVANT LES AGES
En comparant le chitfre des hernieux observés à chaque âge, au Bureau central, avec le chiffre de la population parisienne aux mêmes âges, tels que le donnent les statistiques municipales pour les mêmes années, je suis arrivé à construire une sorte d'échelle de fréquence des hernies suivant les âges.
Cette échelle de fréquence, que j'ai représentée par une courbe graphique, nous donne pour la première année un maximum très élevé, correspondant à l'apparition des hernies congénitales, puis une décroissance rapide aboutissant à un minimum qui correspond à la période de vingt à vingt-quatre ans. A partir de cet âge, la courbe se relève avec le chiffre des hernieux correspondant aux âges plus avancés, pour atteindre, entre soixante-dix et soixante-quatorze ans, un second maximum auquel fait suite une chute définitive et très rapide; voilà pour le sexe masculin. Pour le sexe féminin, les mêmes variations s'observent aux mêmes époques, mais avec une amplitude bien moins considérable.
La relation que j'ai ainsi établie entre la fréquence des cas de hernie observés au Bureau central, aux différents âges, et le chiffre
de la population parisienne à ces mêmes âges, m'a permis, grâce aux statistiques des conseils de revision, d'arriver à une é^'aluation à peu près exacte de la proportion des hernieux par rapport à la population. Ces calculs, que l'on trouvera plus haut dans tous leurs détails, m'ont conduit à établir que, dans le département de la Seine, il existe environ 1 hernieux sur 14,9 individus du sexe masculin, sur 44,7 individus du sexe féminin et sur 22,3 individus de tout sexe et de tout âge.
L'examen de la fréquence des diverses espèces de hernie aux âges successifs de l'existence a donné les résultats suivants .
A. Chez Vhomme. — La fréquence des hernies inguinales simples, très grande dans les cinq premières années, surtout pour le côté droit, diminue rapidement jusqu'à trente ans, puis remonte pour atteindre vers cinquante-cinq ans un second maximum. Les hernies inguinales doubles, dont la fréquence est faible dans l'enfance, s'accroissent rapidement de nombre de trente à quarante-cinq ans, plus lentement quoique d'une manière encore sensible, de quarante-cinq à soixante-cinq, pour décroître après. Les hernies inguinales congénitales présentent une fréquence extrême dans les cinq premières années, pour diminuer très rapidement ou ne plus se montrer qu'accompagnées d'autres hernies, entre les âges de trente-cinq et cinquante-cinq ans.
De cette diminution du cliiffre des hernies inguinales, et particulièrement des hernies inguinales congénitales à la fin de la première enfance, on peut conclure d'une manière certaine que ces hernies, si communes peu après la naissance et dans les premières années de l'existence, guérissent presque toutes spontanément ou par le moyen des bandages. L'opération de la cure radicale pour les hernies inguinales n'est donc pas justifiée pendant les premières années de la vie, au moins en règle générale.
Les hernies crurales, exceptionnelles dans l'enfance, où elles existent toujours à l'état de hernies simples, commencent à peine à se montrer vers la trentaine; leur maximum est de soixante à soixante-dix ans.
Les hernies ombihcales simples, chez l'homme, ont une fréquence considérable dans la première année; à partir de la cinquième année leur chiffre tombe presque à zéro pour tout le reste de l'existence. Associées à d'autres hernies, elles se montrent cependant plus nombreuses dans l'âge adulte et surtout dans l'âge avancé.
Les hernies épigastriques, rares dans la première enfance, ne s'observent guère qu'à partir de la trentaine.
Les hernies multiples n'existent que peu dans l'enfance, presque
point dans l'adolescence, elles deviennent fréquentes dans l'âge adulte et surtout dans la vieillesse. ,
B. Chez la femme. — Ce qui domine c'est l'énorme fréquence I de la hernie ombilicale dans le jeune âge où elle existe presque | seule. Cette hernie disparait presque de dix à trente ans, pour ' redevenir très fréquente à partir de cet âge.
La hernie inguinale d'abord, entre cinq et trente ans, puis la crurale à partir de ce dernier âge, augmentent graduellement et parallèlement de fréquence jusqu'à soixante-dix ans, puis décroissent rapidement de nombre.
Uâge auquel apparaissent les diverses variétés de liernie ditïère notablement de l'âge auquel ces hernies sont présentées à notre examen; il était donc nécessaire de relever dans chaque cas l'époque de l'apparition de chaque hernie, afin d'en déduire les lois du développement de ces dernières.
En mettant à part les hernies congénitales, c'est de quarante à quarante-cinq ans qu'apparaît le plus grand nombre des hernies inguinales. Cette apparition est plus tardive pour les hernies gauches que pour les droites.
Les hernies inguinales congénitales font leur apparition, en immense majorité, dans les premiers moments de l'existence. Elles peuvent cependant ne se développer que dans la première ou seconde enfance, ou même au début de l'adolescence, beaucoup plus exceptionnellement à une époque plus tardive; on les voit néanmoins se manifester à tous les âges de la vie.
Chez la femme, l'époque d'apparition de la hernie inguinale est un peu plus hâtive que chez l'homme; c'est de trente à trentecinq ans surtout qu'on la voit se développer.
La hernie crurale présente le maximum de fréquence de son apparition de trente à quarante-cinq ans chez la femme, de quarante à quarante-cinq ans chez l'homme. Ce maximum de fréquence correspond pour la hernie crurale, comme pour la hernie inguinale, comme pour un certain nombre de hernies ombilicales, à la période d'activité génitale de la femme.
La hernie ombilicale est congénitale d'origine ou apparaît au cours de la première année dans presque tous les cas chez l'homme, dans la grande majorité chez la femme. Comme nous venons de le dire chez cette dernière, beaucoup de hernies ombilicales ne se montrent qu'à partir de la trentaine; on peut se demander si ce ne sont pas des hernies infantiles, méconnues jusqu'alors , et dont une grossesse a favorisé l'accroissement rapide . Une considération importante se tire de l'âge auquel apparaît la première hernie chez les sujets atteints de hernies doubles ou
multiples. En tenant compte de cette donnée, spécialement chez les individus porteurs de hernies inguinales doubles, on reconnaît que l'àgc moijen auquel se développe la première hernie en pareil cas, est beaucoup plus élevé que l'âge moije)i auquel apparaissent les hernies inguinales simples. Il semble résulter de ce l'ait, qu'il existe entre les hernies inguinales simples et les doubles une différence originelle véritable; que les premières sont d'origine plus souvent congénitale, que les secondes sont des hernies acquises qui, simples d'abord, tendent, au bout d'un temps plus ou moins long, à se compléter par l'apparition d'une hernie du côté opposé.
Cet intervalle, très variable, qui sépare l'apparition de deux hernies sur le même sujet, est plus long pour les hernies inguinales congénitales que pour toutes les autres variétés de hernies. Pour les hernies inguinales acquises, pour les hernies crurales doubles et les distensions il n'excède guère dix ans, et dans un bon tiers des cas et même davantage, le développement bilatéral des hernies est simultané.
m. — COXSIDÉRATIUNS ÉTIOLOGIQUES DIVERSES
lo Influence héréditaire. — Des antécédents héréditaires ont été observés dans 2079 cas sur 754'2 où cette recherche a pu être faite. L'influence de l'hérédité sur la production des hernies est donc manifeste : elle s'exerce surtout par le père sur les enfants du sexe masculin, par la mère sur les enfants du sexe féminin, elle est homosexuelle. Dans les familles où se trouve notée cette influence héréditaire, le chiffre des hernieux atteint un individu sur trois, même sur deux. Il existe donc de véritables familles de hernieux, dont j'ai cité de nombreux exemples.
2" Influence de la profession. — L'influence de la profession sur le développement des hernies a été niée par Wernher, elle est néanmoins indiscutable : elle se fait sentir surtout dans les professions manuelles, puis dans celles qui exigent le travail debout. Certaines professions assises où le sujet, courbé en avant, est astreint à des efforts répétés, y exposent aussi plus que les autres.
3° L'influence de la parturition sur le développement des hernies ressort nettement des chiffres que j'ai donnés, malgré l'opinion contraire de Wernher. Ceux-ci prouvent l'énorme fréquence des hernies chez les multipares. C'est surtout à la suite de l'accouchement, plutôt que pendant la grossesse, qu'apparaissent les hernies. Un certain nombre de celles qui se manifestent dans ces conditions n'ont probablement fait qu'augmenter de volume.
4" Certains étals pathologiques ont une part évidente à la production des hernies. Ce sont surtout les affections des voies respiratoires; l'influence des affections urinaires, celle de la constipation habituelle se font à peine sentir. Je n'ai rien pu découvrir qui incrimnie la participation des maladies des fosses nasales ni du rhinopharynx en la uiatière. Les hernies qui se développent sous l'influence de causes pathologiques sont toujours des hernies de faiblesse. Certains états du ventre, le ventre en besace, \e ventre en tablier, le ventre à triple saillie, coïncident souvent avec ces dernières et indiquent un état particulier de relâchement des parois abdominales.
5^ Parmi les causes occasionnelles qui ont déterminé l'apparition des hernies les plus nombreuses, il faut relever surtout les efforts exagérés survenus le sujet étant dans une fausse position ou supportant une cliarge. — Les hernies cicatricielles m'ont paru d'une.observation très rare.