SUR LES VACCINS EN GÉNÉRAL
On envisage actuellement sous le nom de vaccination, des procédés thérapeutiques assez divers, qui consistent à inoculer un antigène non pathogène, ou rendu tel artificiellement, de façon à provoquer dans l’organisme recepteur, des réactions défensives vis à vis de lui.
Vaccins utilisés dans un but curatif,
Il est possible d'utiliser les vaccins dans un but curatif. Pasteur avait montré qu’on pouvait tirer parti de l’immunisation active du vaccin pendant la période d’incubation de la rage, puis c’est surtout Wright qui a préconisé la vaccinothérapie par injection de microbes tués.
Il se peut, comme le fait remarquer Wright, qu'une partie du corps soit en train de répondre à l’immunisation, pendant que l’autre est inactive. « Par exemple, dans la phase d’incubation, ce serait seulement la région qui héberge le microbe, et dans une infection généralisée, ce serait probablement le corps tout entier, qui serait incité à réagir. L'immunisation thérapeutique sera théoriquement admis- sible, tant qu'il restera dans le corps, une partie qui ne donne pas sa réaction maxima à l’immunisation. Et le programme de l’inoculation thérapeutique, consisterait naturellement à exploiter, dans l'intérêt des parties infectées du
corps, les réactions immunisantes des régions non infectées.
L'injection paraît augmenter le pouvoir opsonique de l'individu, développant donc sa force de résistance et produisant une immunité artificielle, but que recherche la méthode. Le nombre exact de microbes ingérés par globule blanc, pris comme base, représente « l'index opsonique » celui-ci indiquant le degré d’immunité ou de résistance de l'individu. La réaction globulaire débute de six à huit heures après l'injection, plus rapidement avec les vaccins autogènes.
Indications de la vaccinothérapie
La valeur de la vaccination préventive n’est plus discutée. Celle de la vaccination curative, moins bien reconnue, existe néanmoins et le traitement agit avec efficacité dans certains Cas :
Pour les maladies infectieuses la question est un peu embarrassante : cependant le vaccin paraît indiqué à la période d’incubation (exemple de la vaccination antirabique) malheureusement celle-ci est parfois difficile à constater dès son début.
La période d'état une fois installée, l’organisme se trouve envahi de plus en plus par les anticorps. Ses anticorps déjà insuffisants auront du mal à s'opposer au vaccin qui n’est qu'un antigène supplémentaire. Les indications du vaccin seront très réduites, et il ne sera injecté qu’au début de la période d'état, ou quand l'individu sera capable de faire les frais de sa réaction défensive.
C’est plus tard lorsque les anticorps commencent à apparaître dans les humeurs que le vaccin devrait avoir sa raison d’être. Mais alors souvent l'organisme se suffit et le vaccin semble inutile sauf dans les cas rebelles à tout traitement — au contraire dans les formes prolongées, trainantes subaiguës ou chroniques de certaines infections ou septicémies
relativement bien tolérées, le vaccin s’est montré plus efficace.
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La vaccination curative trouvera principalement son application dans les infections à prédominance locale, retentissant peu apparemment sur l’état général, ne demandant pas une action immédiate. Dans ces cas en effet, la résistance de l'organisme sera suffisante pour faire face à la réaction vaccinale. C'est le cas des orchites blennorrhagiques dont nous nous occuperons dans un instant.
LE VACCIN « DMÉGON »
Nous allons maïntenant examiner rapidement le vaccin antigonococcique « Dmégon », voir quelle est sa composition, ses doses, son mode d'emploi.
Ce vaccin est constitué par une émulsion de microbes tués, sans que le chauffage intervienne dans sa préparation. L'originalité du procédé, imaginé par MM. Nicolle et Blaizot, réside entre autres détails, dans l'emploi d’une solution fluorurée comme véhicule de l’émulsion. Le choix de ce liquide conservateur et le procédé de préparation utilisé laisseraient aux corps microbiens toutes leurs propriétés initiales, à la vie près. C’est pourquoi ce vaccin est dit stabilisé. La mort de ces microbes serait assurée dans un délai très bref, et la toxicité de l’émulsion vaccinale se trouverait abaissée dans de très fortes proportions. La conséquence est que les phénomènes imputables à la phase négative se trouvent très atténués.
Plusieurs races de gonocoques servent à la préparation du Dmégon :
MM. Nicolle et Blaizot, ont découvert dans le pus de la blennorrhagie, un microbe auquel ils ont donné le nom de synocoque. Sa morphologie diffère de celle du gonocoque auquel il est constamment associé. Il s’en distingue par le fait qu'il prend le Gram, et que sa culture présente une couleur orangée caractéristique. Sa toxicité est extrêmement faible pour ne pas dire nulle. Alors que par la voie veineuse le gonocoque détermine une forte réaction fébrile, même à
TO
la dose de 20 millions de corps microbiens, on peut injecter dix fois plus de synocoques, sans produire la moindre réaction fébrile. Le synocoque possède par lui-même une action propre, fortement immunisante. Sa présence dans l’émulsion vaccinale, permet d’y réduire le taux en gonocoques, sans nuire à l'efficacité du mélange, et abaisse d’autant la toxicité de ce dernier.
Les émulsions provenant des cultures sont mélangées et titrées de manière à obtenir les proportions suivantes : gonocoques 25 millions, synocoques 225 millions pour 1/» centimètre cube de vaccin, qui constitue la dose thérapeutique type. Cette émulsion est ensuite répartie aseptiquement en ampoules stériles. Si l’on examine au microscope les microbes qui constituent ce vaccin, on constate que le gonocoque s’y maintient pendant plusieurs semaines avec sa forme et ses affinités tinctoriales. Le synocoque, beaucoup plus résistant, demeure colorable indéfiniment.
La dose thérapeutique, renfermée dans une ampoule contenant 1/2 cc., doit être injectée en totalité dès la première séance, et il n’y a pas lieu ni de l’augmenter, ni de la diminuer, lors des inoculations suivantes. L'application en est ainsi pratique et commode. Les inoculations sont faites, en principe tous les deux jours, à n’importe quel moment, mais de préférence à la fin de la journée. Rien n'est à modifier dans le régime et l'hygiène du malade, qui reste bien entendu, soumis aux restrictions classiques dans la blennorrhagie. La pratique du traitement est invariable, quelle que soit ja localisation à laquelle on ait affaire. Si toutefois le médecin désirait obtenir une action particulièrement intense et rapide il pourrait faire une injection chaque jour.
Chaque ampoule de vaccin est accompagnée d’une ampoule de sérum physiologique destinée à diluer l’émulsion et à rendre le contenu de la seringue aussi isotonique que possible, de façon à écarter toute chance d'irritation ou de réaction locale. Le mélange doit être fait au moment même de l'emploi. Il est très important de rendre l’émulsion
homogène, en agitant vigoureusement, avant de l'ouvrir, la petite ampoule qui la contient. L’instrumentation consiste en une seringue en verre de 2 cc.
Les injections peuvent être sous cutanées, ou de préférence intra musculaires, le lieu d'élection étant la région fessière. Certains médecins ont employé le Dmégon en injections intraveineuses. Les résultats ne paraissent pas avoir répondu à leur attente : on a noté d’une manière constante, de violentes réactions.