CAS OÙ LA SUTURE BOUT A BOUT EST IMPOSSIBLE
Nous avons envisagé jusqu'ici les cas où laffrontement des deux bouts du nerf médian ou cubital sectionné est possible soit naturellement, soit en s’aidant de la flexion de l’avant-bras sur le bras. Mais il est des cas où la perte de substance nerveuse est si considérable que l’affrontement des deux bouts devient ‘impossible. Quelle sera la thérapeutique de ces graves lésions ?
On pourra essayer de la suture immédiate à distance, en utilisant comme voie conductrice des fils de soie qui réuniront les deux bouts et qui traceront leur chemin aux cylindre-axes néoformés. On pourra remplacer les fils de soie par des tubes d’os décalcifié, de gomme, de caoutchouc, ou par des segments d’artères ou de veines. Mais ce sont là des procédés qui ne peuvent que donner de mauvais résultats, car tous les corps employés agiraient comme corps étrangers et
formeraient obstacle à la reconstitution.
Anastomose latéro-latérale. — C’est le procédé qui consiste à suturer les deux extrémités du nerf sectionné, dont on ne peut rapprocher les deux bouts, à un nerf voisin sain ou lui-même déjà suturé.
Cette méthode a été employé par M. le Professeur
Bérard pour un malade dont nous donnons l’observation. Le nerf cubital a été suturé au fil de soie. On a fendu le bout inférieur du eubital dans lequel on a introduit le bout inférieur du médian. Même technique pour le bout supérieur. On réalise ainsi une double anastomose par implantation des deux segments du médian séparés par une distance de cinq centimètres avec le cubital dont les deux bouts ont pu être rapprochés. C’est ce qu’on appelle la suture par intrication. Le résultat a été négatif sauf pour le cubital qui en a retiré un certain bénéfice. Ce résultat est d’ailleurs remarquable, car il est extraordinaire que les plaies faites au cubital en même temps que la suture, n'aient pas empêché complètement sa régénération.
Greffe nerveuse. — Les deux méthodes précédentes étant peu recommandables, que reste-t-il à notre portée ? La greffe nerveuse. C’est la meilleure méthode, tout au moins celle qui semble donner les moins mauvais résultats. D’après Duroux, on peut employer trois sortes de greffes : autogènes, homogènes, hétérogènes ; mais ses travaux montrent que seules les deux pre: mières peuvent donner quelques succés.
. Chez l’homme on aura toujours recours à la greffe autogène, car il est bien difficile de prélever un greffon nerveux sur un sujet sain.
Il faudra choisir un nerf sensitif du blessé d'un calibre aussi exac‘ement que possible que le nerf à greffer. On ne peut prendre un nerf motenr où un nerf mixte, car on reporterait ailleurs les désordres que l’on veut réparer. Les nerfs les plus facilement préle-
vables sont les nerfs intercostaux. :
Las
Comment se comporte le greffon ? Il est évident que ses fibres nerveuses sont voués à une dégénérescence complète, mais la gaine conjonctive, qui elle, vivra, fera l’office de canal conducteur aux cylindreaxes néoformés. Aussi, pour avoir un bon résultat, faut-il conserver au greffon sa gaine conjonctive et si possible une artériole nourricière.
On peut encore employer des greffons conservés (Nageotte), mais les résultats semblent moins bons qu'avec la greffe autogène.
Pour résumer ce chapitre, nous dirons que, pour le médian et le cubital, comme pour les autres nerfs, - il faut opérer aussitôt que les conditions de l’intervention sont favorables, c’est-à-dire : bon état général du sujet, asepsie rigoureuse de toute la région où l’on doit intervenir. Ces conditions étant remplies, on pratiquera la suture névrilematique bout à bout comme il a été exposé dans ce chapitre, toutes les fois qu’elle sera possible. Lorsqu'elle sera impossible, par suite de l’écartement des deux bouts on pratiquera l’anastomose latéro-latérale ou mieux, la greffe nerveuse.