III. — RESULTATS FONCTIONNELS GENITAUX
Les résultats fonctionnels de la prostatectomie sur l'appareil génital ont, pour le chirurgien, une importance bien moindre que les résultats urinaires. Certains malades, également, s’en soucient fort peu ; mais tous les prostatectomisés ne sont pas des gens âgés, et, de plus, certains d’entre eux voient, dans leur opération, la fin d’une vie d’austérité quasi monacale que la maladie leur imposait ; débarrassés d’une infirmité gênante, ils renoncent volontiers à l'hygiène sévère qu'ils étaient, malgré eux, obligés de suivre et ils aspirent à une vie sexuelle plus active avec tous ses avantages et aussi tous ses inconvénients.
Ce sont ces malades qui demanderont à leur chirurgien quel sera l’état de leur fonction génitale après l’opération et il importe que celui-ci puisse répondre avec le minimum d'incertitude.
Il est malheureusement difficile d’être renseigné avec précision, quand on interroge les prostatectomisés sur leurs prouesses génitales car, là surtout, « les médecins demandent aux malades ce qu'ils sentent, et les malades répondent ce qu'ils pensent ». De plus, la vieillesse est proche, sinon déjà là, et c’est un facteur important dont il faut tenir
compte.
L'interrogatoire des malades sera donc difficile à interpréter et, comme il serait peu aisé de rechercher des preuves positives, il faudra se méfier autant des réticences que des vantardises. La question sera pourtant intéressante à bien élucider, car il arrive fréquemment que ces vieux urinaires plus ou moins psychopathes, n'ayant plus de sujet d’inquiétudes pour la fonction urinaire qui les préoccupait tant, détournent sur leur appareil génital le but de leurs pensées, et l'extinction complète du pouvoir sexuel peut fournir à leur neurasthénie un nouvel aliment.
L'étude des résultats anatomiques de la prostatectomie nous a montré que les voies génitales n’avaient pas à souffrir de l’énucléation de l’adénome, puisqu'aucune section des canaux excréteurs du sperme n'était pratiquée et que, de plus, le vérumontanum avec les canaux éjaculateurs était à la limite de la zone atteinte.
Par contre, des modifications profondes sont surve-
nues dans l’urètre prostatique, portion éminemment génitale,
Quelles en sont les conséquences ?
M. Papin formulait, dans sa thèse, la conclusion suivante : « En résumé, l’ablation seule de la prostate ou de la muqueuse de l’urètre prostatique n’entrave ni l’érection, ni l’éjaculation. Or, dans la prostatectomie sus-pubienne, on détruit la prostate et l’urètre prostatique, mais on respecte les canaux éjaculatéurs, aussi en règle, les fonctions sexuelles sont conservées. Mais, dans la périnéale, on
blesse forcément les canaux éjaculateurs ainsi que les vésicules séminales ; ceci, joint à l’ablation de la prostate, tarit toutes les sources des liquides composant le sperme ».
Le Professeur Pousson décrit ainsi le rôle complexe que joue la prostate dans les fonctions génitales : « Ce rôle s'étend aux divers actes de ces fonctions, depuis la spermatogenèse jusqu'à la conservation de la vitalité des spermatozoïdes dans le vagin après le coït, en passant par le stimulus sexuel, l'érection et l’éjaculation. À chacune des parties constituantes revient sa part dans ces actes multiples : la formation des spermatozoïdes au sein des canaux spermatiques est commandée par sa sécrétion interne et leur vitalité est exaltée par la sécrétion externe qui semble, en outre, provoquer le stimulus sexuel (Müller) ; l'érection est sous la dépendance des nerfs érecteurs centrifuges distribués autour des canaux éjaculateurs (Mislouwski et Bormann) et l’éjaculation assurée par leur perméabilité ».
Nous avons vu que, lors de l’énucléation de l’adénome, la prostate était, en majeure partie, respectée, sauf les cas où des adhérences intimes l’unissaient à l’adénome et alors elle pouvait être partiellement dilacérée. De plus, la prostate, libérée de la compression de l’adénome, peut jouer à nouveau dans les fonctions génitales un rôle plus important que celui qu’elle avait avant l'opération.
Voyons si la littérature médicale confirme le bienfondé de ces observations :
Thomson Walker a particulièrement étudié, à ce point de vue, 40 prostatectomisés par l'hypogastre. Chez 14 malades, il trouve normaux les désirs sexuels, les érections, les éjaculations. Chez 5 malades, il y a diminution pro-
ns JON