LE REIN APRES LA PROSTATECTOMIE
Le rein est parfois sévèrement touché par la maladie prostatique et c'est son degré de résistance qui permet ou interdit la prostatectomie.
L'opération de Freyer doit avoir sur la fonction rénale une heureuse influence, puisqu'elle a pour but de rendre permanents les résultats heureux déjà obtenus par un meilleur drainage de la vessie grâce à la sonde à demeure et mieux encore grâce à la cystostomie.
Il faut considérer l'amélioration de la fonction rénale, suivant que le rein a des lésions aseptiques, ou des lésions infectieuses,
1° NÉPHRITE ASEPTIQUE. — Dans ce cas, il n’y à pas d'infection au moins apparente. Le rein manifeste sa lésion par de la polyurie, de la pollakiurie, de l’albuminurie, de la cylindrurie, l’abaissement du taux de l’urée et des autres sels, l’augmentation du taux de l’azotémie. Ces signes de néphrite sont parfois si accentués que l’on ne songe pas à l’hypertrophie prostatique qui les conditionne et les aggrave, et que l’on étiquette brightiques, des malades qui sont surtout des prostatiques.
Lavenant a particulièrement insisté sur ces formes de néphrites chroniques hydruriques causées par l’hypertrophie de la prostate, se présentant parfois sous des formes frustes qui rendent le diagnostic étiologique difficile. Il cite, entre autres, le cas d’un malade dont le seul signe objectif était une hypertension de 24. Le toucher ne montrait pas une grosse prostate ; l'opération, par contre, révéla un très gros adénome à développement vésical.
Les signes qui, d’après Caraven, permettent de penser au prostatisme plutôt qu’au brightisme sont une pollakiurie plus prononcée, une hypertension moindre (action hypotensive des extraits d’adénome — Legueu et Thaon), l’absence d'accidents cardio-rénaux, l'élévation exagérée du taux de l’azotémie (2, 3, 4 grammes) , l'influence heureuse du cathétérisme répété ou de la sonde à demeure.
Si les lésions ne sont pas trop avancées, et l'élément noble du rein non complètement dégénéré, l'amélioration est manifeste, bien qu’elle soit parfois assez longue à se produire.
Il y a diminution de la polyurie et de la pollakiurie,
mais en étudiant cette dernière, nous avons vu qu'il n'y avait pas toujours retour à la normale.
L’albuminurie est également améliorée. Nous citons une observation démonstrative de Lavenant :
« Malade âgé de 55 ans, atteint depuis 4 ans d’albuminurie continue de O gr. 50 par litre. F atigue générale, palpitations, essouflements. Régime lacto-végétarien, poursuivi 4 ans, n’amène aucune modification de l’albuminurie. Mictions fréquentes, surtout nocturnes. Un soir, après diner, œdème aigu du poumon. Saignée de 500 grammes par Castaigne, qui constate une hypertrophie cardiaque avec bruit de galop et tension maxima de 30 au Pachon. Pendant son séjour au lit, le malade fait une crise de rétention aiguë qui fait porter le diagnostic de grosse hypertrophie prostatique. Malgré les conseils qu’on lui donne, le malade en cachant ses accidents, se fait, 10 jours après, opérer par Freyer. — Revu à plusieurs reprises, n’a plus eu d’albumine, ni d’hypertension, ni de bruit de galop. »
M. Minet cite également le cas d’un prostatique à la première période, sans rétention, mais ayant des mictions fréquentes et douloureuses. I] avait, en outre, une albuminurie assez notable qui fit déconseiller l'opération par son médecin. Comme aucune amélioration ne se produisait, la prostatectomie fut tentée et l’albumine disparut aussitôt.
Il y a également amélioration du taux de l’urée éliminée, ainsi que des chlorures.
On observe la diminution du chiffre de la constante. Quant à la teneur du sang en azote, nous connaissons les heureux effets de la cystostomie, la prostatectomie le plus souvent les maintient. MM. Marion et Doré ont noté qu'il
en CF
y avait, chez les prostatectomisés, abaissement du taux de l'urée sanguine, puis, à très longue échéance, retour à l’état normal.
Même, quand les lésions sont avancées, il ne faut pas désespérer d'obtenir une amélioration et Gayet cite le cas d'un prostatique « urémique (80 centigrammes), avec céphalées, crampes, traité progressivement par sonde à demeure, cystostomie, prostatectomie. Revu trois ans après, état florissant, a repris sa vie active, son appétit, et débarrassé de tout signe d’urémie ».
2° PYÉLONÉPHRITES. — L'amélioration est moins fréquente, plus longue à se montrer, moins constante. Là, tout dépend de l'ancienneté de la lésion rénale et la prostatectomie est souvent impuissante à enrayer la marche des lésions, qui ont dépassé le point où elles pouvaient encore rétrocéder par suite de la disparition de l'infection vésicale et de la meilleure évacuation de la vessie. Il y a cependant des améliorations fréquentes et Gayet cite le cas d’un opéré qui présentait de la cystite persistante, la cystoscopie montrant que le pus s’échappait de l’uretère droit. Des lavages du bassinet ont amélioré la pyélonéphrite et la cystite, mais ne les ont pas guéries.
Le pronostic de la lésion rénale sera également assombri par toute lésion vésicale telle que formation de calculs (Oraison) ou diverticules.
L'infection ascendante du rein peut également se produire chez un prostatectomisé et Oreja relate que plusieurs de ses opérés eurent des attaques de pyélonéphrite qui durèrent plusieurs jours.
Nous avons vu que les accidents lithiasiques peuvent également se produire chez les prostatectomisés et F ouqué cite le cas de quelques opérés, qui n'avaient pas eu de calculs avant l'opération et qui en présentèrent dans la suite,
De plus, toutes les causes susceptibles de provoquer, après l’opération, une évacuation défectueuse de la vessie, peuvent également avoir sur le rein une influence néfaste.
En résumé, nous pouvons dire que le rein du prostatique est un organe particulièrement à ménager, car il fait le pronostic de l'opération. Aussi, il convient, si on veut obtenir les résultats les meilleurs, d'intervenir avant que les lésions rénales, définitivement constituées, ne puissent plus rétrocéder. Il faudra éviter de laisser arriver le prostatique à la distension de ses voies urinaires.
Ïl y aura, en outre, tout intérêt à préparer la prostatectomie par une cystostomie suffisamment prolongée, pour que le rein puisse supporter le choc opératoire et améliorer son fonctionnement.
On veillera particulièrement à obtenir le maximum de résultats au point de vue évacuation et désinfection de la vessie. |
Si les résultats ne répondent pas aux espérances, «= aura mis, du moins, le malade dans les conditions les meilleures pour améliorer le fonctionnement rénal,