CHAPITRE PREMIER
Historique du traitement de la tuberculose testiculaire S
Au XVe siècle Ambroise Paré réservait la castration aux tumeurs appeléestoutes alors sarcocèles; c'était un progrès, car, à cette époque, on castrait à tout propos, pour guérir les hernies étranglées,pour traiter la lèpre ou la goutte. Cet abus ne cessa qu’en 1776, par la publication d’un édit royal qui réservait la castration aux seuls chirurgiens ; cet arrêté fut promulgué à la demande de la Société de Chirurgie.
Jusqu'au commencement du XIX: siècle on castrait donc trop souvent parfois, mais sans distinguer entre elles les tumeurs qui motivaient cette
LOUE opération. Ce fut Bayle qui, le premier, dans le Journal de Corvisart, signala à l'attention des médecins la tuberculose du testicule (1805). Les opérations sanglantes n'étaient plus alors à la mode; leur résultat était mauvais à cause du manque d’antisepsie ; on se borna à traiter l’orchite tuberculeuse par des applications topiques et révulsives sur le scrotum. La teinture d'iode, l’onguent napolitain étaient employés dans les cas où la tuberculose était à l'état de crudité,
Vers 1843 Bérard, dans sa thése d’'agrégation,étudie lesengorgements testiculaires et propose l’extirpation des noyaux tuberculeux ; son opération est analogue à celle pratiquée de nos jours par Quénu. Les chirurgiens, enhardis par les résultats de Bérard, pratiquérent la castration, mais le succés ne répondit pas à leur attente, les malades opérés se trouvaient en pleine cachexie et l'opération était faite sans asepsie. Aussi ne nous étonnerons-nous pas de voir Dupuytren rejeter la castration et la remplacer par des cautérisations au fer rouge et au nitrate d'argent. Velpeau agit absolument de la même facon.
Un célébre chirurgien lyonnais, Bonnet, à la même époque que Bérard, fit une thèse, à Paris, sur l'emploi du chlorure de zinc en chirurgie ; il le préconisait en injections dans les trajets fistuleux d'origine tuberculeuse,
Pendant une période d'environ vingt-cinq ans la question du traitement de la tuberculose testiculaire
to semble abandonnée ou, du moins. rien n’est publié dans la littérature médicale.
Le 11 octobre 1871, à la Société de Chirurgie, Verneuil fait une communication importante: il reprend l'idée de Dupuytren, et engage les chirurgiens à cautériser les cavités fongueuses et les trajets fistuleux au fer rouge.
lalgré l'intervention de Larrey, favorable à l’opération de Verneuil, malgré les faibles résultats de la castration faite sans antisepsie, la majorité de la Société de Chirurgie préféra la castration. Get échec ne rebuta pas Verneuil qui exposa son traitement igné dans la thèse d’Auboin en 1873, dans la Gazette des Hôpitaux del882 et enfin dansle Journal de Chi rurgie pratique d'avril 1885. À ce moment, Verneuil put voir une partie des chirurgiens accepter complètement sa méthode. Richet, toutefois, resta dualiste et se montra disposé à intervenir dans les cas où les lésions marchaient rapidement vers la suppuration. Dès que l’antisepsie opératoire eut pénétré dans les services, M. le professeur Tillaux crut à l’utilité de la castration et, sans s'occuper du « testicule moral » de Verneuil, ou de «l'illusion consolante » de Robert, il enseigna qu'il «fallait enlever l'organe avant que le bacille ait pu pénétrer l’orga- ‘nisme ».
Les chirurgiens allemands Simmonds, Hunter, Hopmohl, Bünger, Dürr, Viessler et les anglais Puzey, Walton, Smith, Bloxam préconisent la castration à la suite de Tillaux. — Bientôt, de 1884 à 1886, Monod (Progrès Médical, 1884) et Terrillon
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AD
(même publication, 1886) se déclarent partisans de la castration; en ce même temps Le Dentu et Schwartz la préfèrent à la cautérisation. Ce dernier! au Congrès de Chirurgie de 1889, rapporte quatre succès sur six opérés, et Routier cinq succès sur cinq castrations. Verneuil tient toujours bon et répond aux opérateurs que leurs résultats ne sont point durables’; il conseille toujours la cautérisation ignée ou les injections d’éther iodoformé. — A la Société pour l'avancement des sciences, à Marseille, en 1891, Reboul suit la même voie et préconise les injections de naptol camphré : cinq à six gouttes toutes les semaines, Coudray, Desnos, Ozenne enregistrent quelques succès par cette méthode thérapeutiqueetles publient dansles séances de la Société des Sciences de Marseille. En 1891, Villeneuve, de Marseille et, presque en même temps, Roux, de Lausanne,proposent une nouvelle opération : la vésiculo-épididymectomie, ou ablation de l’épididyme et de Ja plus grande partie des vésicules séminales, car c'est dans ces dernières, dit Platon, élève de Villeneuve, querésidentles premiersnoyauxtuberculeux. En1893,M.Villard,actuellement chirurgien des HOpitaux de Lyon, étudie, dans sa thèse, les rapports de la tuberculose génitale chez l'hommeavec les autres manifestations tuberculeuses ; en terminant son remarquable travail, il donne plusieurs résultats heureux de la castration qu'il préconise. Reynier et Euvrard, en 1894, soutiennent l'emploi de la cautérisation au thermocautère, par un procédé analogue à celui de Verneuil. Quénu et son, élève Chevrolle