Les Romains perfectionnèrent l’art de
faire les mosaïques; non sous le rapport du goût et de la composition , mais en ajoutant des matières nouvelles à celles que les Grecs avaient employées. Ils connurent ce genre d’ouvrage par leurs conquêtes , et vers la fin de la république , ils transportèrent à Rome les beaux pavés de ce genre trouvés dans les villes grecques qu’ils avaient soumises. Sylla fit exécuter la première mosaïque d’origine romaine , dans le temple de la Fortune à Palestrine , où elle subsiste encore en grande partie. Les mosaïques devinrent ensuite d’un usage général , et l’on en fabriquait de portatives pour les tentes des princes et des généraux en campagne : César en faisait porter une dans ses expéditions militaires.
Au temps d’Auguste , on employa surtout le verre colorié ; et sous Claude , on réussit à teindre le marbre et même «à le tacheter.
183. Pour reconnaître l’àge d’une mosaïque, on doit donc avoir égard à la nature des matières qui s’y troüvent employées ; plus elles seront multipliées , plus on y employa de matériaux factices et produits par le travail des hommes , moins la mosaïque sera ancienne; et ici nous parlons de cel-
ai a MONUMENS DE PEINTURE, les qui sont distinguées par la finesse de l’exécution et la variété des nuances. Les pavés romains les plus communs , sont en cubes de pierres naturelles , et forment tout au plus des bandes plus ou moins larges, de couleurs, différentes et assez grossièrement assemblées. Dans le bas empire, on vit à Constantinople des mosaïques en perles et en pierres précieuses , et la richesse de la matière était ainsi substituée aux beautés de l’art qui avait dégénéré.
i83. Le nombre des mosaïques romaines qui nous sont parvenues , quelquefois dans un état parfait de conservation, est assez considérable. On en a découvert de fort belles à Lyon, Vienne, Nismes, Aix , Riez, Orange, et dans tout le midi de la France.
M. Artaud les a publiées avec une fidélité qui doit servir d’exemple à ceux qui reproduisent les monumens de l’antiquité. Celles de Vienne , dont une représentait Achille au milieu des filles de Lycomède et reconnu par Ulysse qui lui montre des armes , ont péri presque toutes. La belle mosaïque de Lyon, où sont figurés les jeux du cirque, expliquée aussi par M. Artaud , orne le musée
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de cette ville avec quelques autres également intéressantes , et les soins qu’on s’est donnés pour les conserver et les restaurer, mérite d’être imité.
184. Ce qui a été dit plus haut sur les divers sujets des mosaïques grecques, s’applique aussi aux mosaïques romaines.Les dieux et les héros, leurs mythes tels que l’antiquité les a faits , s’y retrouvent le plus souvent ; les ornemens sont les mêmes, et l’on ne trouve en France que des ouvrages romains. Nous citerons, en fînissant s sur ce sujet, et comme un bel exemple de mosaïque historique , le beau pavé découvert à Palestrine , remarquable par son étendue et le nombre des scènes qui s’y trouvent figurées; l’abbé Barthélemy a reconnu qu’il représente le séjour de l’empereur Hadrien en Egypte. On y voit des courses sur le Nil , des sacrifices devant les temples , des jeux et des fêtes publiques , la chasse aux animaux féroces, et un grand nombre d’inscriptions grecques qui sont les noms de ces divers animaux , parmi lesquels il y en a d‘ inconnus. L’aspect général de cette sorte de carte topographique , l’architecture des édifices et l’espèce de quelques-uns
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des animaux, ne permettent pas de douter en effet que cette scène riche et variée ne se passe en Egypte. Vinckelmann a cru y reconnaître Ménélas et Hélène passant dans cette illustre contrée. Le travail n’en est pas très-fin , et les cubes ont en général de trois à quatre lignes de côté.
i85. Les nombreuses analogies qu’on remarque dans l’histoire des arts chez les Etrusques et chez les Grecs , permettent de croire que les premiers composèrent aussi des mosaïques ; mais il n’y en a point de connues ou de bien authentiques jusqu’à présent ; et quant aux Gaulois , rien ne permet de leur en attribuer. On a trouvé à Nismes, il est vrai , une figure en mosaïque , portant un flambeau et ayant un chien à ses pieds :
telle était, dit-on , la déesse gauloise Néhalénia ; mais cette figure peut être un ouvrage romain. On sait que , sous la domination romaine, les divinités locales des Gaulois ne cessèrent pas d’être l’objet de leur culte; leurs noms se retrouvent encore dans les inscriptions latines recueillies dans les Gaules ; on ne peut donc pas , malgré les mosaïques de Nismes, attribuer aux Gaulois, si
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éloignés du goût des constructions , la connaissance ni l’usage des mosaïques , avant l’époque de la domination romaine dans les Gaules.
186. Pour compléter ce' traité sommaire d’archéologie, il nous reste à parler des productions de la gravure, qui comprennent les pierres gravées , les inscriptions et les médailles, et comme appendice général de l’ouvrage , des meubles , armes et ustensiles en tout genre, objets les plus nombreux dans toutes les collections et qui sont d’un si grand secours pour la connaissance des usages et des arts industriels de l’antiquité. Ces divers genres de monumens intéressent aussi plusparticulièrement l’archéologue, qui a plus d’occasion de les étudier et de les recueillir. Nous réunirons, dans Je second volume de cet ouvrage , les notions élémentaires les plus utiles pour leur étude. La science des inscriptions exige toutes les ressources d’une solide érudition , à l’égard des inscriptions grecques surtout; celle des médailles n’est pas moins vaste, et l'on reconnaît assez quel est l’intérêt des unes et des autres pour l’histoire, à l’attention particulière que leur accordent les plus habiles cri-
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tiques, à leurs efforts pour parvenir à l’entière intelligence de ces monumens contemporains des événemens qu’ils rappellent et dont ils sont comme des témoins irrécusables. Les pierres gravées sont aussi, avec les vases peints, les plus élégantes, les plus riches , les plus intéressantes productions des arts des anciens. En nous occupant de ces divers sujets dans la suite de cet ouvrage , nous n’aurons garde d’oublier que nous n’écrivons qu’un traité sommaire, dont le*vrai mérite consiste moins dans l’ universalité des préceptes , que dans leur certitude meme : s’il n’enseigne rien à l’érudit de profession , il doit du moins instruire l’amateur, auquel il est principalement destiné; et surtout ne pas l’égarer dans de fausses routes. Si l’on remarque des erreurs, nous prions de ne pas les attribuer au défaut de zèle , de notre part , mais bien plutôt à la variété des sujets qui sont traités : nous avons tâclié de rester fidèles aux leçons des doctes maîtres dont les travaux nous ont servi de guide.