VASES PEINTS, GRECS. Ï
également les actions des héros de l’ancienne Grèce, Hercule, Bellérophon, Cadrnus, Persée et Andromède , Actéon , Danaüs , Médée , les Centaures, les Amazones, etc.; et la Théséide ou mythe de Thésée , ne fut pas moins fertile pour les artistes que l’Heracléide même ou mythe d’Hercule.
i63. Les sujets historiques commencent avec la guerre de Troie, et les peintres comme les poètes trouvèrent dans cet événement un vaste champ pour exercer leurs talens et leur imagination. Les principaux acteurs de ce drame mémorable reparaissent sur les vases, ainsi que les circonstances qui furent pour les princes qui y prirent quelque part , le résultat de leur présence devant Iliuni ; mais il est à remarquer que l’ensemble de ces sujets historiques ne s’étend pas en deçà des Héraclides. On peut considérer commme appartenant à la classe des vases historiques , les peintures relatives à des usages publics ou domestiques, les travaux intérieurs, les jeux, les repas, les représentations scéniques, les combats d’animaux, la pêche, la chasse et les sujets funéraires; sous ce rapport, les vases peints sont d’un intérêt tout particu-
ïf)8 MONUMENS DE PEINTURE.
lier pour l’étude des mœurs et des usages de l’anciemie Grèce, et de ceux que les Romains adoptèrent d’elle par imitation.
if>4- On doit placer ici une remarque importante , relative à la variété des sujets mythologiques, héroïques et même historiques. Ces sujets, les premiers et les seconds surtout, semblent former une mythologie et une histoire héroïque à part de celles des poètes et des prosateurs grecs. On voit sur les vases , des personnages inconnus aux écrivains , des scènes entières qui le sont aussi , et qui ne s’expliquent par aucune tradition écrite , ou qui sont figurées «avec des circonstances que l’histoire n’a pas connues ou ne nous a pas conservées. On juge par là combien l’étude approfondie des vases peints, peut ajouter encore à ce que l’antiquité classique nous apprend des temps primitifs de la Grèce. On a, du reste, remarqué aussi que la mythologie des poètes n’est pas toujours conforme à celle des prosateurs ; et parmi les poètes même, celle des lyriques diffère souvent de ce qu’ont écrit les poètes tragiques. Le temps peut expliquer ces anomalies importantes ; les traditions devaient s’altérer , et il put ar-
VASES PEIKTS, GRECS. I99
river une époque , celle des grands écrivains de la Grèce, par exemple , où dans cette confusion , il s’établit une espèce <V ecclcctisme qui laissait au poète , au mythographe , etc., la liberté de choisir parmi ces traditions, soit celle qui convenait le plus au but et à la nature du poème, soit celle qui paraissait la plus vraisemblable. Les vases peints, les plus anciens surtout qui sont antérieurs à ces écrivains , nous en apprennent donc plus, ou nous apprennent autre chose que leurs ouvrages: c’est ce qui donne à l’étude de ces monumens un intérêt si grand et un charme réel; ils représentent d’ailleurs authentiquement la véritable histoire de l’art chez les Grecs depuis son origine jusqu’à sa perfection.
ib5. Il est très-singulier qu’aucun auteur ancien , ni Pline même, n’ait parlé des peintures de vases , quoique ces meubles clégans fussent d’un usage si général; on ne connaît même aucun passage qui soit trèsclairement relatif à ces vases. Sénèque raconte, il est vrai, que les colons établis à Capoue par Jules César, détruisaient, pour bâtir des maisons de campagne, les plus anciens tombeaux , et même avec une espèce
d’ardeur , parce qu’ils y trouvaient des vase» antiques, ( aliquantum vasculomm operis andqui reperiebant .) Quelques critiques ont avancé que 'vascula pouvait s’entendre de vases de bronze, les 'vascularii étant bien distincts des Jictilarii. Cependant comme il s’agit ici de Capoue , et qu’on ne trouve dans ses tombeaux antiques , que des vases de terre , il est très r vraisemblable que la phrase de Sénèque peut s’appliquer aux vases peints qu’on recueille encore si abondamment dans ces tombeaux.
Les Romains purent donc les connaître; et cette opinion semble justifiée par l’observation suivante.
i6fi. Les Grecs d’Italie inhumaient les corps sans les brûler; on ne trouve donc pas dans les tombeaux grecs de cendres humaines enferméês dans les vases ; ceux - ci sont placés aux côtés du corps couché sur le sol.
On a découvert cependant quelques vases remplis de cendres , et d’ossemens à demibrûlés ; et comme l’usage des Romains était de brûler les morts , on en a conclu que le vase d’abord, déposé vide dans une sépulture grecque , en avait été tiré, et qu’il avait ensuite servi d’urne cinéraire à un Romain.
VASES PF.TMTS, GRF.CS. 201
Ces substitutions n’étaient pas rares dans l’antiquité, et il y a au musée du Louvre, un vase en albâtre oriental , exécuté en Egypte , qui porte le nom de Xercès en hiéroglyphe et en caractères cunéiformes , et qui a servi ensuite d’urne cinéraire à un membre de la famille romaine Claudia , comme le montre l’inscription latine gravée sur la panse du vase, «à l’opposite des inscriptions égyptienne et persane.
167. En sortant des fouilles, le vase est couvert d’une couche de terre blanchâtre , assez semblable à du tartre et de nature calcaire ; elle disparaît au moyen de l’eau-forte. Mais cette opération doit être faite avec beaucoup de précautions ; l’acide ne mord pas sur le vernis noir du vase , mais il peut promptement altérer les autres couleurs.
Quand les peintures ont souffert par les sels terreux , on les restaure en raccordant les couleurs affaiblies avec celles qui subsistent encore. Mais ce travail de restauration , surtout si l’artiste se permet d’y ajouter des détails qui ne sont pas évidens dans l’original , peuvent altérer ou métamorphoser un sujet, et l’archéologue doit tenir peu de compte de
ces travaux modernes dans l’étude d’un vase peint. Quelquefois on a enlevé ces repeints, et reconnu au - dessous le véritable sujet de la peinture.
i(>8. Quant aux imitations faites soit pour l’amour de l’art , soit par des faussaires , les premières sont très-louables et ont concouru puissamment au perfectionnement de la céramie des modernes; les secondes sont trèsblâmables , et des amateurs distingués y ont été trompés. Pictro Fondi , qui avait établi ses fabriques à Venise et à Corfou, a particulièrement réussi dans ce genre d’escroquerie; il y en a de plusieurs espèces: le vase est antique , mais les peintures sont modernes ; on a ajouté des détails et des inscriptions aux peintures antiques; sur un vase noir, on a enlevé le vernis par places pour découvrir la couleur de la terre , et on y a peint des figures ; mais les différences du style du dessin, la multiplicité des détails , les ongles indiqués aux doigts de la main et du pied , trahissent bientôt cette fraude , de même que la grossièreté de la terre qui rend les vases plus pesans , et l’éclat métallique du vernis. L'épreuve qu’on fait subir aux couleurs des va-
VASES PEINTS, GRECS. 2o3
ses faux , est aussi très-concluante : si le faussaire a employé des couleurs détrempées dans de l’eau ou de l’alcool, il suffit de passer dessus de l’eau ou de l’esprit-de-vin pour les faire disparaître ; les couleurs antiques ayant été cuites avec le vase , résistent . à cette épreuve.
169. Les gouvernemens , à l’exemple de î’AngleteiTe, ont reconnu toute l’utilité des collections de vases peints pour l’avancement des arts utiles et des beaux arts. Les collections publiques se trouvent dans les grandes villes de l’Europe et à Paris, à la manufacture de porcelaine à Sèvres, et au cabinet des antiques de la bibliothèque du roi. La collection du musée du Louvre l’emporte sur toutes les autres de Paris, depuis qu’on y a réuni celle de M. Durand , si remarquable par le nombre et la variété des vases, par leur élégance, leur grandeur, et par la richesse des peintures de quelques-uns d’entr'eux. Des amateurs éclairés s’empressent aussi d’orner leur cabinet de ces beaux et précieux monumens, de les livrer aux investigations des artistes et des archéologues, et l’on peut citer particulièrement les collec-
304 MONÜMENS DE PEINTURE.
tions formées à Paris par M. le duc deBlacas , le comte Portalis et le baron Roger. Il en existe encore de publiques ou de particulières, en Italie, en Angleterre et en Allemagne.
Beaucoup d’amateurs ont aussi réuni un plus ou moins grand nombre de vases.
170. Quelques-unes de ces collections ont été publiées ; d’habiles artistes ont reproduit les formes et les peintures des vases ; des savans distingués en ont expliqué les sujets.
Telles sont la première collection d’Hamilton expliquée par d’Hancarville ; la seconde , parTischben et Italinski ; celle de Dresde, dont Boettiger a décrit les plus remarquables , etc. Il existe aussi des recueils gravés , dont les sujets sont tirés de divers cabinets , et tels sont, entr’autres, celui de Passeri, Picturce Etruscomm in vascnÜs nunc primiim collectes , Romæ, 1767-1773; 3 vol. in-fol. , et celui de Millin, Peintures de 'vases grecs , a vol. in-fol. On trouve aussi dans les recueils académiques et les journaux littéraires de l’Europe , dans ceux de l’Italie surtout et dans les ouvrages d’archéologie , la description de quelques vases peints isolés. Les études dont ils sont l’occasion paraissent iné-
Digi
by
puisables , et appellent le concours des savans de tous les pays. Nous avons tâché de réunir dans ce résumé, trop sommaire sans doute, les principes généraux qui peuvent conduire à la connaissance de ces curieux et utiles monuniens, si intéressans à la fois pour l’histoire et les beaux arts.
17 1. Quant aux vases de tout autre genre que les vases peints , et dont les formes , la matière, la destination, intéressent également l’archéologue , nous en parlerons dans le chapitre général des meubles, armes et ustensiles des anciens , et nous les considérerons par rapport à leurs usages religieux , domestiques ou funéraires. Nous embrasserons ainsi l’ensemble de ce genre de monumens , le plus nombreux dans les collections d’antiquités , et pour lesquels les anciens employèrent les matières les plus précieuses comme les plus communes. Nous complétons ce que nous avions à dire des ouvrages de peinture, par quelques notions principales sur les mosaïques.
SECTION IV
Mosaïques.
172. La mosaïque n’est en effet qu’une sorte de peinture exécutée par l'assemblage de pierres ou de pâtes de couleurs diverses , appliquées sur un mastic, et qui formeut ainsi des représentations de toute espèce, comme les couleurs mariées par le pinceau. Les anciens peuples connurent l’art de la mosaïque, et on le croit originaire de l’Asie, où l’on composa des tableaux de ce genre, à l’imitation des beaux tapis fabriqués de tout temps dans ces contrées.
173. Les Egyptiens l’employèrent , trèsvraisemblablement , à plusieurs usages ; on 11’ en a cependaht trouvé aucune trace dans les temples ni dans les palais dont les ruines subsistent encore. Mais on voit dans la collection égyptienne de Turin , un fragment de cercueil de momie, dont les peintures sont exécutées en mosaïque, et avec une précision et une fidélité surprenantes. La matière est un émail; les couleurs sont très-diverses, et leur variété rend avec ime ressemblance par-
faite le plumage des oiseaux. L’assemblage des morceaux innombrables qui composent chaque figure , ne laisse rien à désirer. C’est, je crois, le seul exemple connu jusqu’ici de la mosaïque égyptienne ; mais la difficulté de son exécution permet de supposer qu’ils l’employèrent «à des usages qui u’exigeaienl pas cette perfection.
174. Les Grecs portèrent l’art de la mosaïque au plus haut degré. Ménageant habilement les nuances , et donnant aux figures une grande harmonie dans ces compositions , elles ressemblaient, pour peu qu’on s’en éloignât, à de véritables peintures. Leur goût se montra encore dans les ouvrages de ce genre.
175. O11 donna à la mosaïque des noms différens, selon qu’elle était exécutée en morceaux de marbre d’une certaine grandeur , et c’était alors le lithostroton, opus sectile; ou bien en petits cubes, et dans ce case était Y opus tcsselatum. ou bien 'vemiiculatnm , les cubes de pierre qui suivaient des lignes courbes imitant ainsi la marche des vers. Enfin on nommait nsaroton , la mosaïque destinée à orner le pavé d’une salle , et sur laquelle on rc-
208 MOJîUMSJIS be peiktuhe.
présentait des restes de viande qui paraissaient être tombés de la table.
176. La mosaïque servit à la fois à orner les pavés, les murs et les plafonds des édifices publics et privés. Les Grecs préférèrent en général les marbres à toute autre matière ; ils construisaient en pierres plates un fond solidement contenu, qu’on couvrait d’uu mastic épais, et l’artiste, ayant sous les yeux le dessin colorié qu’il avait à exécuter, ou le tableau qu’il copiait , implantait les cubes colorés dans le mastic, et polissait toute la surface quaud elle était consolidée , en ayant soin toutefois que la trop grande perfection du poli ne nuisît, par ses reflets, à l’effet général de son ouvrage.
177. Le plus grand avantage de la mosaïque était de résister à l’humidité et à tout ce qui altère les couleurs et la beaTtrël^de la peinture. Celle-ci ne pouvait pas d’ailleurs être employée dans les pavés des édifices , et les mosaïques leur donnaient une grande élégance. On peut se faire une idée de la perfection où les Grrtis portèrent cet art , par la mosaïque du capitole, trouvée dans la Villa
Hadriani près de Tivoli , et qui représente un vase rempli d’eau; sur ses bords sont posées quatre colombes dont une est dans l’attitude de boire. On croit que c’est la mosaïque de Pergame dont Pline a parlé, et elle est remarquable comme étant entièrement composée de cubes de pierre, sans mélange de pâte ni de verres coloriés.
178. On peut considérer les mosaïques de cette espèce comme les plus antiques: ce ne fut que peu à peu que l’art de colorer le marbre, les pûtes et le verre, multiplia les matières propres aux mosaïques , et en ren ■ dit en quelque sorte l’exécution plus facile. Elle fut poussée , sous ce rapport , à un point qu’on n’a pas surpassé. La mosaïque trouvée en 1763 près de Pompeï, et qui représente trois femmes portant des masques comiques, jouant de T érens instrumens, et ayant un enfant auprès d’elles, est d’un travail si fin , que Vinckelmann assurait qu’on ne pouvait le reconnaître qu’à l’aide d’une loupe. On y lit le nom de l’auteur, Dioscorides, de Samos.
179. Les sujets représentés sur les mosaïque» , sont très-variés et tirés ordinairement
aro MONUMBNS DE PEINTURE.
de la mythologie et de l’histoire héroïque.
On y voit aussi des paysages, des grotesques, et de simples ornemens en zones , en méandres , en compartimens , entremêlés quelquefois de tritons, de néréides, de centaures, etc. Le sujet principal est au milieu , le reste lui sert comme d’encadrement.
180. On enlève les mosaïques antiques, pour les placer dans les édifices modernes , au moyen de procédés fort ingénieux. On fixe soigneusement avec du mastic , les cubes qui s’ébranlent ; on coupe ensuite le tableau en quartiers d’un à deux pieds, selon sa grandeur et sa solidité ; on les place sur des pierres plates d’une surface analogue , encadrées en fer , et qu’on numérote avec attention ; on replace ensuite ces quartiers sur le parquet où on les fixe dans leur ordre primitif, et la mosaïque ne paraît pas avoir été déplacée. On juge facilement que, pour découper les quartiers , il n’est pas indifférent d’avoir égard au dessin des figures, afin de tomber, s’il est possible, sur les intervalles qui les séparent , et de conserver intact le sujet principal tout entier.