‹ Résumé complet d'archéologie. Orné de planches. Par M. ChampollionFigeac. Tome premier second Monumens d'architecture, de sculpture et de peinture, comprenant les constructions de tout genre, les statues, basrelief, ... avec une introduction historique et terminé par un vocabulaireChapitre 8 sur 37 · Gravure · texte numérisé non relu

Gravure

I Pierre» mirées

dur pierre» fines. < en creux « en re- ( lief.

. . j M»iière ; «l-

Inscription». ’ S« - «*é«-V pbabet* , langue, , t tracée» .• 1 abréviation* j ca« t chct*, le. sires, etc.

Epoque» ; matière ; alpbabei», i langues ; mon — J naie» ou mé'lail- Médailles. < les ; orientales,

grecques , italio-' les , romaine* , gauloises; abréviations , etc.

5. Meubles el Ustensiles religieux , domestiques, militaires, funéraires, etc.

ii. Il existe une classe particulière de monumens qui n’avaient pas ce caractère dans l’antiquité , et qui abondent dans toutes les collections publiques et particulières; je veux dire cette foule d’objets antiques qui furent d’un usage général , et qui servaient à l’art de se nourrir, de s’habiller, de se parer, aux besoins et aux commodités de la vie domestique, aux cérémonies de la religion , à l’art de la guerre et aux rites funéraires. Ils sont, comme les autres, le produit d’un seul

art ou de plusieurs; mais les arts qui les ont produits, s’y montre» t non pas comme en étant le but, mais seulement le moyen. On a donc P» les distraire de la classification adoptée pour les monumens d’une plus grande importance ; la variété infinie de ces meubles , . armes , ustensiles , poids , mesures, etc. , nous y a meme foicés, et il suffira de l’etendue de leur nomenclature, pour justifier le parti que nous ayons pris d’en former une classe générale , tout à fait distincte des autres.

12. Néanmoins, nous soumettrons cette nomenclature, autant du moins qu’il nous sera possible, à l’ordre précédemment indique, car 1 histoire des arts des anciens est aussi dans leurs monumens, et un ustensile quelconque dépose également de leur in férioiité relative, de leur progrès commun, de leui perfectionnement. Le style d’un monument quelconque est le premier indice de son origine; l’œil exercé, d’après des règles précises, ne confondra pas une figurine étrusque avec une figurine égyptienne y quoiqu elles aient quelques caractères communs, ni une statuegrecque avec une statue rômaine, quoique Rome doive toutes ses productions

aux artistes de la Grèce. Il en est de même du plus petit meuble; et comme la connaissance du style particulier à chaque peuple de l’antiquité est une des notions les plus utiles à l’archéologue , nous essaierons d’ajouter quelques préceptes positifs, aux exemples rassemblés dans les planches, et tirés des monumens de cinq de ces peuples que l’on peut considérer comme les seuls classiques pour notre occident , d’après l’ordre établi dans nos études.

i3. Nous comprenons dans cette liste les Egyptiens, les Grecs , les Italiotcs ou anciens peuples de l’Italie, les Gaulois et les Romains. Il y a sans doute aussi des antiquités en Asie, et des monumens anciens dans les Amériques ; la première même , l’Asie , s’infiltre déjà avec de grandes promesses dans l’histoire de nos langues savantes; mais elle fait néanmoins comme un monde à part qui a aussi ses doctrines et ses merveilles , et elle n’entre pas encore assez avant dans nos études ordinaires, dans notre système d’enseignement public, elle n’est pas assez mêlée à nos souvenirs, à nos origines, au goût général, pour trouver dans ce résumé une place

.» HISÎ'ORIQÜÊ. l3

en rapport avec son importance même ; elle n’excite pas d’ailleurs cet intérêt universel qui fait accueillir si bien tous les souvenirs des Gaulois, nos premiers ancêtres, des Romains qui subjuguèrent les Gaulois et envahirent la Grèce, des Grecs enfin qui soumirent l’Egypte, après s’être formés à son école. Nous ne ferons donc que mentionner rapidement des monumens asiatiques , et ceux qu’on a rencontrés dans les Amériques.

14. Quoique borné principalement à l’étude des monumens des cinq peuples que nous venons de nommer, ce traité pourrait être fort étendu , parce que c’est chez eux que se trouvent pour nous l’origine et le développement de toute science noble en son but et utile en ses effets : la société civile actuelle est le résultat de leurs expériences ; leur sagesse appelle notre admiration , et leurs erreurs mêmes notre respect. Mais nous avons du souscrire aux limites qui ont été tracées et ne point perdre de vue qu’il est quelquefois possible de faire un livre utile, quoique peu étendu, sur un sujet qui prête à tant de développemens. Nous avons donc borné les notions que celui-ci renferme, à celles qui

sont d’une utilité plus générale relativement à l’espèce de mouumens que le lecteur peut avoir plus souvent l’occasion d’étudier.

1 5 . Les monumens romains sont comme un produit du sol de la France; les monumens grecs ne se voient que dans les riches collections, et ceux des Italiotes presque nulle part qu’en Italie ; mais les monumens égyptiens affluent depuis quelques années, et leur variété n’étonne pas moins que leur nombre et la richesse de quelques-uns d’entr’eux.

Nous essaierons de satisfaire, à tous les égards* les personnes que le goût des beaux arts et de la solide instruction porte à recueillir ces vénérables reliques de l’antiquité. Nous décrivons pas pour les savans de profession, nous réclamons au contraire leurs conseils et leur indulgence.

16. Nous prions de considérer que ce Résumé <T archéologie est le premier livre élémentaire , publié récemment en France , qui en embrasse toutes les parties. 11 existe une foule d’excellens ouvrages où les vrais principes de la science sont consignés, et les bonnes leçons très-abondantes; je les ai pris pour guides, et j’ai du m’appliquer, moins à

HISTORIQUE. l5

écrire un traité complet sur la matière, qu’à éviter les erreurs en traitant des sujets, cependant assez nombreux, qui ont pu trouver place dans notre plan. Il y aurait beaucoup à ajouter pour rendre cet ouvrage complet.

Je serai satisfait si la critique y trouve peu à reprendre, et s’il présente à rarcliéologue et à l’amateur les véritables rudimens d’une science vaste dans son sujet, importante dans son but , qui charme à la fois l’esprit et l’imagination, et rappelle de la manière la plus expressive et sur la foi des témoins contemporains, les plus grands et les plus nobles souvenirs de l’histoire.

17. Les anciens 11e connurent pas l’arr théologie comme science; l’Egypte se place à l’origine des sociétés policées , elle n’eut point d’antiquités à étudier; la Grèce alla lui demander des lois, des institutions, et son génie perfectionna les arts dont elle recueillit les élémens sur les bords du Nil. La Gaule était solitaire comme ses druides ; les vieux Italiens se perdent dans les ténèbres primitives de notre occident, et Rome n’emporta de la Grèce que des objets de prix, comme butin, et non comme objets* d’étude. Elle dé-

ï6 TNÎRODtTCTÎOïr

pouilla aussi l’Egypte de quelques obélisques et de quelques statues; mais c’étaient des trophées qu’elle enlevait , et dans l’esprit du vainqueur il n’entrait aucune des vues que se propose l’archéologue. On pourrait considérer Pausanias comme amateur; il décrit soigneusement les monumens de la Grèce ; mais il ne systématise point leur étude, et la science archéologique est encore à naître après lui.

18. Elle est un des bienfaits de la renaissance des lettres en Europe, et ne date que de cette époque «à jamais mémorable.

Le Dante et Pétrarque, en cherchant les vieux manuscrits , recueillirent aussi les vieilles inscriptio/is. Les médailles attirèrent encore l’attention du chantre de Laure; il en envoya une collection au roi Çharles IV, en lui proposant pour modèles quelques-uns des grands princes dont il lui offrit les effigies. Des restes de la peinture- antique furent découverts à l’époque même où l’on commençait à raisonner sur la théorie de cet art, au 1 6 e siècle. Le

Laocoon apparut en même temps ; Raphaël et Michel-Ange étudièrent la sculpture antique, les pierre^ gravées, les grandes ruines

sr- -

de l’architecture grecque et romaine; les érifdits y cherchèrent l'explication des traditions écrites sur l’antiquité , et la science proprement dite fut dès-lors fondée. Laurent de Médicis établit à Florence un enseignement public de l’archéologie ; l'histoire de l’art vint puiser à la même source que ses théories; Winckelmann écrivit sous l'inspiration de ses chefs-d’œuvre , et l’alliance des ârts v et de l’archéologie fut scellée par le génie de ce grand homme.

19. A de nombreuses monographies ou descriptions spéciales de certains monumens , succédèrent des traités généraux que, dans cette science comme dans quelques autres , un zèle trop hâtif s’était empressé de produire. Des systèmes, parfois hasardeux, prirent la place de théories souvent erronées :

mais la raison humaiue est comme la sphère des fixes; un astre nouveau, en s’élevant sur un horizon, en entraîne d’autres sur tous ses points, et ceux-ci sont éclairés simultanément d’une lumière nouvelle. Quand la physique Fut dépouillée de ses erreurs, l’archéologie le fut aussi des faux systèmes : toutes les sciences ont été fondées quand les saines méthodes

se sont dévoilées à notre esprit. L’entendement humain est un, il ne peut croire tout à la fois à la vérité et à l’erreur : c’est un instrument qui opère de même sur toutes les matières. Louis XIV fonda l’académie des belles-lettres ; Rome expliqua les monumens de sa splendeur primitive ; des voyageurs courageux allèrent exhumer ceux de la Grèce, et le monde savant fut comme un laboratoire où l’on s’efforcait de. ressusciter l’antiquité pièce à pièce. Grævius et Gronovius avaient recueilli dans leurs volumineuses collections, les fruits épars de tous ces labeurs; Gruter et Muratori formaient un corps systématique de toutes les inscriptions trouvées dans le monde romain ; Montfaucon expliquait par les monumens les mœurs et les usages des anciens; don Martin, la religion des Gaulois; JBayter, les antiquités britanniques, et Kircher s’était donné pour un Œdipe qui interprétait toutes les énigmes égyptiennes.

20. Le siècle dernier fut réellement celui qui fonda la véritable science de l’antiquité : les conjectures téméraires, les explications puériles furent enfin décréditées ; la multiplicité des monumens, la fondation des mu-

sées , le goût des collections particulières , multiplièrent aussi les moyens des études fondées sur les rapprocliemens , et chaque partie de la science eut des maîtres dont les écrits forment encore les meilleurs disciples : le comte de Caylus soumit à l’ordre chronologique les monumens des différens âges et pénétra le secret de la plupart des arts qui les avaient produits; Morcelli proposa un système régulier pour la classification des inscriptions selon leur sujet, et pour leur ' étude selon leur style ; Eckhel coordonna méthodiquement la science des médailles; Rasche la rédigea selon l’ordre alphabétique ; Passeri et Dempster ouvrirent à Lanzi la carrière des idiomes et des monumens de l’Italie antérieure à la fondation de Rome; Herculanum et Pompeï étaient découverts ; l’abbé Barthélemy réédifiait la Grèce de Périclès de ses propres débris ; Zoëga déblayait les avenues de l’antique Egypte, et Visconti paraissait au milieu de tant de travaux comme bien capable de les compléter tous. .

21. Le commencement du siècle actuel est l’époque d’une révolution nouvelle dans la science : la France lettrée fit la conquête

de l’Égypte savante; l’archéologie connut enfin . ses origines. La Grèce antique y rechercha aussi les sciences ; des lumières nouvelles éclairèrent réciproquemént l’étude de l’une et de l’autre; un magnifique ouvrage fut le fruit du zèle le plus actif et le plus fructueux : monument d’un éternel honneur pour la France qui l’a donné à l’Europe littéraire, comme le fruit d’une ardeur à l’épreuve des périls, et d’une constance qui fut plus que du courage.

22. Dès-lors la science s’agrandit et appela de nouveaux disciples dans la carrière ; Millin s’était voué à l’explication de l’antiquité figurée : ses Monumens inédits , son Recueil de vases peints , sa Description des tombeaux de Canosa , méritèrent tous les suffrages; mais sa persévérance dans ce genre d’exploration n’a point trouvé d’imitateurs ; les monumens s’accumulent dans les collections, et personne ne parait plus songer à leur interprétation. M. Mongez les mêle souvent à ses doctes recherches, et son Dictionnaire d’antiquités , récemment terminé , est pour ld science un guide à la fois savant et élémentaire. Dans les autres contrées, en Italie

surtout, l’archéologie classique a de nombreux partisans; Naples et Rome en nomment plusieurs, tels que Rossi, Carcani, Fea, Testa, Cancellieri, dont les travaux ont obtenu une légitime réputation; à Peruze, M. Vermiglioli professe l’archéologie , en publie les élémens , et il se voue en même temps à l’interprétation des monumens étrusques i à Florence , M. Micali a consacré à l’histoire des peuples qui firent ces monumens, un ouvrage célèbre dès son apparition; MM. Zannoni et Inghirami, quelquefois ses' antagonistes , rivalisent de zèle avec MM. Alessandri et le comte Capponi , pour faire connaître convenablement les richesses de la célèbre galerie de Florftice; à Milan, les Cattaneo , Malaspina et ceux qui marchent sur leurs traces , répandent la lumière surles ténèbres des vieux temps; à Turin, où la munificence royale a offert la plus honorable hospitalité à de brillans débris de l’antique Égypte , MM. de Balbe , Napione, Peyron, Gazzera et autres savans distingués, sont aussi voués au culte de l’antiquité ; l’Allemagne , si docte et si laborieuse, suit les nobles exemples des Ernesti,

ai

des Heyne et de tant d’autres érudits qui ont associé les monuraens à l’interprétation „ dès auteurs; l’Angleterre exploite aussi à la fois ses antiquités romaines, galliques, saxonnes et normandes; et tant d’efforts réunis ne peuvent être infructueux pour l’histoire approfondie des primitives expériences sociales , seul but vraiment philosophique de l’archéologie.

23 . Dans notre France, enfin, la science archéologique ne, promet pas de moins heureux résultats ; ses antiquités nationales, malgré le malheureux incident qui a ralenti les premiers efforts , trouvent dans tous nos départemens des explorateurs instruits et désintéres^s , dont le zèle est soutenu par la conscience du service important qu’ils rendent aux arts, aux lettres et à l’histoire ; d’honorables récompenses ( une médaille décernée par l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres) ont déjcà recommandé à l’estime publique les recherches de MM. Schweighœuser (sur le Haut-Rhin), Delpon (Lot), Dumége ( Haute-Garonne et Tarn-et-Garonne) , feu Giraud (Côte r d’Or) , Chaudruc de Crazannes (Gharente-Inférieure

et Gers), Allou (Haute-Vienne), Artaud ( Rhône ) , Jollois ( Vosges ) , Saint- Amans ( Lot-et-Garonne ) , Golbéry ( Haut-Rhin ) , Penchaud ( Bouches-du-Rhône et Gard ) , Gaujal (Aveyron); et quelques-uns d’entre eux ont associé toutes les ressources de l’é-

rudition à l’examen et à la description des monumens; dans l'Académie, M. de la Borde publie la collection de tous ceux de la France; MM. Boissonnade et Raoul-Rochette appliquent à l’histoire l’interprétation des marbres écrits recueillis dans l’ancienne Grèce; par les soins de ce dernier, les médailles nous révèlent des rois dont l’histoire écrite n’a pas conservé les noms; M. Letronne semble s’étre consacré à ceux de l’Egypte grecque et romaine ; ailleurs, les manuscrits sur Papyrus occupent les veilles de MM. Young, Boeck, Kosegarten et autres; j’ai réuni mes efforts à ceux de ces savans distingués; enfin l’alphabet des hiéroglyphes est découvert, et restitue à l’histoire des siècles qu’elle avait oubliés. Que de raisons pour espérer que l’étude de l’archéologie retirera des lumières nouvelles de cette persévérance éclairée, et l’histoire, desdocumens

<x\ IKTRODUCTIOÎf

authentiques qui rectifieront ses erreurs et combleront d’iihmenses lacunes !

24. Tel est le but que l’archéologie doit se proposer constamment. Les objets qu’elle embrasse dûns ses études, sont nombreux et variés. Pour les traiter tous selqn leur importance , im ouvrage étendu serait nécessaire, et sans doute au-dessus de mes forces. Je n’ai donc point perdu de vue la véritable destination de ce résumé : il doit présenter une série de préceptes éprouvés et d’instructions concises et certaines , telles qu’elles résultent .des travaux des grands maîtres où elles sont répandues. Mais cette série , malgré ses généralités , doit aussi être réduite à ce qui peyt intéresser le plus grand nombre d’amateurs : peu d’entre eux ont l’occasion d’étudier les grands monumens de l’architecture antique ; ce que nous en dirons se réduira donc aux faits principaux qui constituent la différence des styles et des pratiques des divers peuples dont nous nous occupons.

Les produits de la peinture antique s’offrent moins rarement aux yeux de l’observateur; on tâchera d’en parler de manière à le satisfaire , à l’égard des vases peints en par*

ticulier, genre d’ouvrages aujourd’hui assez commun. Les objets de sculpture sont aussi très-nombreux , et chacun d’eux porte l’empreinte du génie du. peuple qui l’exécuta; nous tâcherons de satisfaire à cet égard à ce qu’exige un livre élémentaire sur cette riche matière; et quant aux médailles et aux inscriptions , comme celles de l’empire romain se retrouvent partout , et bien plus communément que celles des rois, des peuples et des villes de la Grèce, en donnant sur ces dernières des renseignemens généraux sur leur type, leur légende, leurs sujets histori-, ques ou mythologiques , nous nous appliquerons plus particulièrement à réunir sur les premières toutes les notions qui peuvent en faciliter l’étude et l’explication. Les meubles et ustensiles civils, religieux ou militaires, seront considérés par rapport à chacun des peuples dont nous nous proposons ici d’étudier les monumens, et leur variété môme en jettera peut-être un peu dans la rédaction d’un ouvrage où nous tâcherons de réunir les deux qualités les plus indispensables , la clarté et l’exactitude.

2 5. Il existe une foule de traités particu-

a6 INTRODUCTION HISTORIQUE.

liers sur chaque partie de l’archéologie, et quelques-uns sont l’ouvrage de savans justement célèbres ou distingués. En réunissant ici pour la première fois, et dans un résumé sommaire, l’ensemble de leurs préceptes et de leurs décisions, je m’appliquerai particulièrement à me montrer fidèle à leur autorité; et en y aj outant les faits nouveaux que mes études spéciales, notamment sur les antiquités égyptiennes qui , aujourd’hui, se placent justement en tête de toutes les autres, m’orit permis de recueillir, j’ose espérer de pouvoir offrir aux amis éclairés de l’antiquité un ouvrage qui ne leur sera pas tout-à-fait inutile, et pour lequel je n’ai pas eu de modèle. Je rassemble et reproduis les leçons éparses des grands maîtres, c’est un nouvel hommage à leurs travaux et à leur mémoire.

l^fremiére 'g^mston,

ad. Chaque peuple eut ses règles, ses proportions et son goût particuliers, tout en se proposant le même but, c’est-à-dire la solidité, la régularité et la convenance. L’influence des climats et des institutions publiques se montra surtout dans les produits de l’architecture. Dans ijotre Occident, les temples à ciel ouvert conviendraient aussi peu à sa température qu’à nos habitudes; les jeux de la scène entraient beaucoup plus dans les mœurs nationales des Grecs et des Romains que dans les nôtres; les comédiens n’étaient point proscrits par les pontifes ; enfin , l’art de la guerre , tel qu’il était chez les anciens , imposait d’autres principes à l’architecture militaire.

a8 jiohümens d’architecture.

SECTION PREMIÈRE

Des murs et, murailles : des mortiers et cimcns.

27. Égyptiens. Les murs d’enceinte des villes égyptiennes sont généralement construits en briques crues, séchées au soleil ou cuites : leurs dimensions sont variables; le limon du Nil en a fourni la matière , et quelquefois elles portent de courtes inscriptions hiéroglyphiques enfermées dans un parallélogramme. On ne connaît comme ouvrages de l’architecture égyptienne que des temples, des palais , des pyramides , des obélisques, des murs d’enceinte ou de quais, et antres constructions publiques ; les constructions particulières, les maisons , etc. , ont disparu par le laps de temps , soit qu’elles fussent construites en terre ou en briques , soit avec d’autres matériaux aussi périssables. Le caractère général et spécial de l’architecture égyptienne, est dans l’inclinaison sensible ou talut de tous les côtés ou paremens. O11 connaît d’ailleurs la solidité de leurs ouvrages; elle provient surtout du bon choix des maté-

riaux, de leur volume extraordinaire et du soin avec lequel on les appareillait. On a remarqué souvent que, dans les assises, les pierres voisines sont attachées l’une à l’autre par un morceau de bois solide, plat, taillé en queue d’aronde à ses deux bouts , et incrusté dans 1 les pierres. Les Grecs et les Romains employaient le bronze et le fer au même usage.

Certaines constructions égyptiennes, encore existantes, ont aujourd’hui plus de quatre mille ans de durée.

28. Grecs . Ils coustruisirent d’abord leurs murs en pierres brutes de grandes proportions : les interstices étaient garnis de pierres plus petites ; on voit encore des restes de murailles semblables dans les îles de Gozzo et de Malte. A Corinthe , Erétrie , et Ostie en Eubée, les plus anciens murs sont formés de polygones irréguliers parfaitèment taillés et très-bien joints ensemble {V. aun° 29). Lorsque l’architecture grecque se perfectionna , elle adopta trois manières différentes de bâtir; V isodomum , rangées de pierres de la même hauteur et très-longues en général ; le psendoisodomum , assises de pierres de hauteur inégale; V cmplecton , pour les épaisseurs

3<0 MOKUMEKS D’ARCHITECTURE, extraordinaires ; on élevait en pierres-de taille les deux faces du mur, et l’intervalle était rempli de pierres brutes noyées dans le mortier, et de distance en distance , des pierres assez longues portant sur les deux faces, consolidaient ce genre de construction.

29. Italiofes. Les plus anciennes constructions observées dans les murs des villes étrusques, sont de grandes pierres taillées en polygones . irréguliers ; c’est ce qu’on a désigné par le nom de murs cyclopêcns. Depuis que M. Petit-Radel a appelé l’attention des archéologues sur ces monumens , on en a reconnu dans les plus anciennes villes de la.

Grèce , de la Sicile et de l’Italie ; et ce qui dé-» montre leur haute antiquité, c’est qu’on les trouve en général comme substructions audessous de murs édifiés selon les principes d’une architecture plus régulière. ( V. Magasin encyclopédique , 3 e année, 1804, tom. V, pag. 44 b et suiv.). Les murs militaires étrusques de Yolterre sont cependant construits en grandes pierres placées horizontalement.

3 0. Gaulois. On n’oserait affirmer qu’il nous reste encore quelques constructions gauloises. On voit, en général, par les bul-

letins de la guerre de César dans les Gaules, qu’on y. employait plutôt le bois que les pierres , du moins pour Jes murs de défense préparés à la hâte. Cependant l’histoire de quelques sièges fait supposer que les villes ou places fortes qui les soutenaient , étaient défendues à la fois par le courage patriotique des Gaulois et par des murailles. Celles de Marseille étonnèrent César même par leur élévation; mais Marseille était une ville grecque. Uxellodunum , ville gauloise , dont j’ai retrouvé le véritable emplacement à Capdenac (Lot), conserve encore des ruines de murs bâtis au-dessus de larges fossés taillés profondément dans le rocher qui porte la ville; ces restes de murs se lient très -bien avec une porte antique qui subsiste encore entière ; mais ces constructions peuvent être l’ouvrage des Romains, maîtres d’une place qu’ils durent vouloir conserver et fortifier. On ne peut donc rien dire de spécial sur les constructions gauloises.

3i. Romains. Ils imitèrent d’abord les

Pitrusques, leurs maîtres, et adoptèrent ensuite deux systèmes particuliers de construction : Y incertum ou antiqmim , qui consistait à

3a monumens d’architecture.

employer la pierre telle qu’on la tirait des carrières, et qu’on adaptait lès unes aux autres , aussi bien qu’on le pouvait ; et le reticulatum , compose de pierres taillées et carréesf, mais assemblées de manière que la ligne des jointures formait une diagonale, ce qui donnait aux murs l’apparence d’un réseau. Vitruve assure que cette manière de bâtir était de son temps la plus commune ; il en reste encore des exemples. Les Grecs lui donnaient le nom de dictyothéton , analogue à réseau; ils communiquèrent aussiïaux Romains leur emplccton. Ceux-ci employaient quelquefois la pierre et les briques simultanément, et avec une symétrie qui suppose l’intention d’orner les murs construits avec ce mélange.

Ils connurent aussi l’emploi de l’argile ou pisé, qu’ils imitèrent des Carthaginois; enfin ils employèrent partout pour l’intérieur des édifices, le charpentage dont les vides étaient remplis de maçonnerie en pierres ou en briques.

3a. Mortiers et cimens. La perfection de ceux des anciens a passé en proverbe. Les Égyptiens ne les employèrent pas dans leur grandes constructions , mais d’autres monu-

mens en conservent les traces ; les Pyramides furent autrefois couvertes d’un revêtement qui en suppose l’usage. L’emploi du plâtre , de la chaux, des bitumes, etc. dans les arts, est démontré par mille exemples. Les Grecs et les Étrusques les connurent aussi ; on cite un réservoir de Sparte, construit en cailloux cimentés, et les grottes sépulcrales de Tarquinia sont enduites d’un stuc couvert de peintures; la nécessité dut rendre l’usage du mortier et des cirnens familier à tous les peuples; le temps, qui les a durcis, les fait supposer plus parfaits que ceux des modernes.

L’ingénieur Vicat, qui a fait récemment de nombreuses expériences sur les cirnens des anciens, prouve que tout leur mérite à cet égard, consistait dans l’art de mêler la chaux plus ou moins grasse avec un sable plus ou moins argileux. M. Yicat a dévoilé ce secret à l’architecture moderne, et ses théories chimiques ont accrédité ses découvertes, qui sont pleinement confirmées par les expériences de chaque jour.

MOXUMXXS d’aHCHITECTUHF.

SECTION II

Des maisons.

33. Les anciens agissaient autrement que les modernes dans cette partie essentielle des usages sociaux. Il ne parait pas qu’ils se soient occupés d’embellir les villes par les constructions particulières : les monumens publics avaient seuls ce privilège, et les honneurs décernés aux citoyens qui les faisaient élever ou réparer à leurs dépens, tourna vers eux leur attention et l’emploi de leur fortune, plutôt que vers les habitations domestiques.

On ignore quels furent, à cet égard, les usages des Égyptiens, avant leurs communications avec les Grecs, et ceux des Italiotes et des Gaulois.

• 34 . Les Grecs , selon Vitruve, et les Grecs riches vraisemblablement , partageaient leur maison en deux appartemens distincts l’un de l’autre, celui des hommes Andronitis , et celui des femmes Gynœconytis ou gynæcéc.

Le gynæcée, placé d’abord au premier étage, quand l’andronitis était au rez-de-chaussée

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