CHAPITRE VI
Des aérolithes , de la lumière zodiacale , etc.
Il est encore mie classe de corps dont l’origine et les mouvemens ne sont pas bien connus, mais que cependant l’astronomie doit réclamer comme faisant partie de son domaine , parce qu’ils sont étrangers à la terre ; ce sont les aérolithes , appelés aussi bolides ,
DES AEROLITHES. ig5
météorites , uranolithes , pierres tombées du ciel.
La chute de ces niasses pierreuses, attestée par les anciens, mais qui fut contestée pendant long -temps, ne peut plus être révoquée en doute depuis les observations multipliées et précises des temps modernes; on a reconnu qu’il en tombe chaque année ♦
sur notre globe un très-grand nombre , et il paraît bien certain que les étoiles filantes ne sont autre chose que de petits corps analogues dont la matière se dissipe sans doute dans le trajet de notre atmosphère, ou qui deviennent un instant incandescens en passant à ses dernières extrémités : car on les a vues s’enflammer à la hauteur de i5 beues environ, c’est-à-dire en pénétrant dans cette atmosphère.
Les aérolithes deviennent le plus souvent incandescens et lumineux lorsqu’ils approchent de notre globe : on les voit alors se mouvoir dans une direction oblique avec une très-grande vitesse , et ordinairement un grand bruit semblable à celui d’un corps lancé dans l’air avec une violence extrême. Il en est qui tombent entiers, mais beaucoup font explosion et se répandent en fragment
Ïÿ6 DES AEROLITHEfi.
plus ou moins volumineux : on entend alors le bruit de l’explosion à de fort grandes distances. On a constaté la chute d’un assez grand nombre de ces corps qui pesaient plus de cinquante livres , mais le plus volumineux est celui qui a répandu des fragmens en Amérique dans le Connecticut : il devait avoir 600 toises de diamètre. Combien en est-il dont nous n’avons jamais connaissance, parce qu’ils tombent sur la surface des mers î La plupart des aérolithes qui ont été analysés par les chimistes, ont présenté une composition assez semblable et où domine la silice et le fer. Cependant M. Laugier, qui en a examiné im très-grand nombre, a reconnu que leur composition n’est point aussi simple • ni aussi constante qu’on l’avait cru. Le fer et le nickel qui y abondent ne se rencontrent guère au même état à la surface du globe , si ce n’est dans les débris volcaniques , ce qui semble indiquer que ces corps sont de la même nature que la partie centrale de la terre; 'mais, à cause de leur peu de masse, ils ont dû se refroidir et se solidifier entièrement , tandis que , selon toutes les probabilités, le centre de notre volumineuse planète,
DES AEROLITHES. T97
en vertu de la chaleur prodigieuse qui y règne , est occupé par des matières métalliques liquides ou gazeuses.
On supposa d’abord généralement aux aérolithes une origine atmosphérique , mais, plusieurs ayant été observés, de lieux trèsdistans, dans la même région du ciel, il fut démontré qu’on les apercevait souvent bien au-delà des limites de cette atmosphère. Il 11’existe plus maintenant que deux opinions soutenables à leur égard.
L’une les attribue aux volcans lunaires , et le calcul prouve qu’une force de projection quadruple de celle d’une pièce de canon de 24, suffirait pour faire dépasser à un corps la sphère d’attraction de la lune, et le faire entrer dans celle de la terre , vers laquelle il devrait dès-lors se précipiter avec une vitesse constamment accélérée; or nos volcans nous offrent l’exemple de forces bien plus considérables. Mais l’observation que la chute des aérolithes n’offre aucun rapport avec la position de la lune , ni avec les apparences attribuées aux irruptions de ses volcans, est une forte objection contre cette opinion.
ft
198 DES AÉBOLITMES.
L’autre semble réunir en sa faveur une longue suite de probabilités. Dans ce système, les aérolithes sont de petites planètes disséminées dans tout notre système, et qui viennent s’agréger aux principales, lorsque , par une cause quelconque , leur force d’impulsion ne fait plus équilibre à l’attraction de ces dernières. Ces petites planètes, à cause de leur peu de volume, et sans doute de leur grande distance, ne doivent pas être visibles isolément dans l’espace, mais le devenir en approchant de nous. Le frottement considérable de l’air, lorsqu’elles y pénètrent avec une vitesse énorme , doit les rendre incandescentes , causer souvent leur explosion. Enfin, s’il est probable que les planètes doivent leur * formation à une condensation de l’immense atmosphère solaire lorsqu’elle s’étendait audelà d’Uranus, n’est-il pas naturel dépenser que cette matière, en outre des agrégations principales, a donné naissance à une multitude de petits noyaux disséminés dans tout le système planétaire, et ne doit-il pas en résulter qu’un grand nombre de ces corps, restes de la formation des planètes et des satellites , circulent autour du soleil et de cha-
UES AÉROLITHES. I[)f)
cune des planètes ? Cette opinion , partagée par des savans tels que les Chladni, les de Laplace , ne serait-elle point par elle-même fort probable, alors que des observations multipliées ne viendraient point l’étayer de toutes parts ?
La lumière zodiacale , dont on n’avait encore donné aucune explication satisfaisante , parait produite par l’ensemble de ces petites planètes , lorsque , par suite de notre position dans le plan de l’équateur solaire * nous devons les voir toutes sur le même rayon visuel; car alors ces corps trop petits pour être visibles isolément, donnent lieu par leur réunion à une lumière diffuse assez semblable à celle des nébuleuses ou des queues ® des comètes. Tel est aussi l’aspect de la lumière zodiacale qui a la forme d’un fuseau , au centre duquel est le soleil, et qui de là va graduellement en diminuant de largeur et d’éclat: c’est toujours dans la direction de l’équateur de cet astre que s’étend cette lumière, ce qui doit résulter nécessairement d’une multitude de petits corps cireulaift autour de lui dans ce plan. La lumière zodiacale , presque toujours visible sous la zone torride, et
UES AEROLITHIiS.
Irès-apparente surtout lors des éclipses totales de soleil , 11e se voit ordinairement dans nos climats qu’à l’époque des équinoxes ; on l’aperçoit à l’horizon après le coucher et avant le lever du soleil. Sa largeur varie de 8 à 3 o°, et son étendue, depuis le soleil jusqu’au sommet de la lumière, est le plus souvent de /| 5 °j mais Pingre , sous la zone torride, lui a vu embrasser un espace de 120° : elle dépasse la distance du soleil à la terre. Descartes le premier l’avait aperçue, mais Cassini f qui l’attribuait à la lumière réfléchie de petites planètes placées fort près du soleil, a attiré l’attention sur elle : Mairan l’a étudiée avec beaucoup de soin, il lui donne pour cause l’atmosphère du soleil lancée dans le sens de son équateur par le mouvement de t# rotation.
Les aurores boréales ne sont point du domaine de l’astronomie : ce$ lueurs très-cliangeantes qui apparaissent dans le ciel vers les pôles, sont des effets électriques de notre globe; ainsi l’étude de leurs apparences et de • leurs causes appartient à la physique et à la météorologie.