‹ Résumé complet d'hygiène privée, ou exposition des moyens propres à maintenir les fonctions de nutrition, de relation et de génération, dans le meilleur état de santé possible ... Par m. le docteur Meirieu; revu par m. le docteur Léon SimonChapitre 13 sur 57 · CHAPITRE ' PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE ' PREMIER

Hygiène de l’appareil digestif.

L’ensemble des organes appelés digestifs se compose de la bouche, du pharynx, de l’ œsophage, de l’estomac, des intestins et de plusieurs glandes; les modificateurs propres à ces organes sont évidemment les alimens et les boissons. Afin de mettre, un ordre convenable dans tout ce que nous aurons à dire, nous traiterons, dans autant de paragraphes distincts, de l’hygiène de chaque organe.

§ I. — Hygiène de la bouche en tant qu appareil de mastication.

Dans la . deuxième partie de ce résumé, alors que nous parlerons du goût, nous exposerons l’hygiène des parties de la bouche qui sont le siège de ce sens. Ici nous

ne pouvons nous occuper que des dents, des soins qu’elles réclament aux différentes époques de la vie , et de certaines habitudes qui , comme celles de fumer et de chiquer, altèrent ces organes.

Tous les soins que réclame l’entretien des dents se réduisent à les tenir constamment à l’abri de l’accumulation du tartre qui s’amasse avec tant de facilité à leur surface; à éviter les chocs mécaniques violens qui résultent du brisement de corps durs entre les arcades dentaires; à éviter les impressions^de chaud et de froid ; à fuir l’action des substances trop acides , et surtout le froid de la tête , lorsque cette partie est le siège d’une transpiration trop abondante; car dans ce cas, il survient souvent des fluxions dentaires, des inflammations et des névralgies, maladies qui deviennent, pour les dents, des causes de destruction beaucoup plus actives que l’accumulation du tartre.

Les moyens les plus propres à éviter ce dernier accident consistent à soumettre journellement les dents au travail de la mastication; car il est certain que les hommes

qui se nourrissent beaucoup plus de substances liquides que de solides, ont ces orr ganes presque constamment recouverts de mucus buccal; et les paysans , dont les dents sont ordinairement si blanches, n’emploient aucun antre moyen que de mordre à même un pain épais et souvent dur ; il convient en outre, après chaque repas , de se débarrasser avec un cure-dent de toutes les matières tant végétales qu’animales qui se placent dans leurs intervalles, et de se gargariser la bouche à plusieurs reprises avec de l’eau pure. Chez l’homme auquel une cause quelconque fait cesser la mastication des alimens solides , et même chez ceux qui le matin ont les dents recouvertes d’une quantité plus ou moins grande de mucus buccal , il convient, à l’aide d’une brosse molle et d’eau pure, d’en débarrasser ces organes. Ce soin est surtout nécessaire dans certaines affections même légères des voies gastriques. Si cependant des concrétions plus ou moins épaisses venaient à Se former, il conviendrait de les faire enlever; car leur présence entraîne toujours un suintement purulent des gencives , le déchaussement des dents , amène la

puanteur de la bouclie , et quelquefois des ulcères des gencives.

Le soin que réclament les dents est devenu une mine féconde que le charlatanisme exploite avec ardeur et souvent habileté ; une foule de .poudres , d’eaux et d’opiats ont été inventés et proposés à la crédulité publique' l’hvgiène doit les proscrire. Cependant , comme il arrive souvent que, chez les femmes surtout, les gencives sont le siège d’une congestion permanente, qui entraîne avec elle des hémorragies légères, tous les matins, pour peu que l’on frotte ou presse légèrement la muqueuse gengivale; comme d’autre part ceux qui ont l’habitude de fumer ou de chiquer ont constamment les dents noires et sales , dans ces différens cas, l’usage d’une brosse molle et d’eau pure est insuflisant à rendre aux dents leur hlan-, cheur. C’est alors que l’on peut sans inconvénient, faire usage d’une poudre de charbon bien line et bien tamisée, ou de pierre ponce lavée, porphyrisée, et teinte en rouge avec du carmin. Dans le cas de congestion gengivale, il est bien de se gargariser et laver la bouche avec un liquide émollient; .

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et si , comme il arrive quelquefois , .cet en* gorgement était ancien, indolent et passif, on emploierait avec avantage la poudre de charbon , à laquelle on pourrait joindre un peu de poudre de kinkina, également tamisée.

L’abus des liqueurs fermentées, des assaisonnemens de haut goût, l’action du froid après la coupe des cheveux, l’usage pernicieux, quoique généralement répandu, de boire après un potage chaud un verre de vin, sont autant d’habitudes que doit fuir celui qui est jaloux de conserver ses dents.

Outre l’inconvénient qu’a l’usage de lapipe de noircir les dents , comme en fumaqt l’on boit souvent des liquides froids, cette habitude présente tous lés inconvéniens qui résultent de l’action du froid succédant instantanément à la chaleur.

L’habitude de chiquer, de même que celle de la pipe , a le grave inconvénient d’exciter la sécrétion des glandes salivaires, hors le temps de la mastication ; de les rendre moins sensibles à l’action des alimens ; d’amaigrir Ie*maladepàr l’épuisement qu’en-

traîne après soi une perte de substance quelquefois considérable , et d’amener des irritations pulmonaires et gastriques , d’autant plus dangereuses qu’elles marchent chroniquement. Il faut convenir que l’habitude modifie singulièrement ces résultats.

Lors de l’éruption des premières dents chez les en fans , phénomène qui ne s’accomplit jamais sans de vives douleurs, il conviendra d’appliquer sur les gencives des topiques émolliens pour en faciliter la déchirure; et, comme alors la muqueuse buccale est constamment le siège d’une congestion sanguine plus ou moins considérable , qui entraîne souvent à sa suite des affections céré- • braies , le plus souvent meurtrières à cette époque de la vie, il faut que l’enfant, pendant le temps que dure le travail de la première dentition , soit soumis à un régime adoucissant, c’est-à-dire à l’usage de boissons émollientes et au sein de sa nourrice.

On aura soin aussi d’entretenir le ventre libre; car du moment où la tôte est irritée, il survient constamment une constipation opiniâtre qui à son tour contribue à entretenir les congestions cérébrale et gengivale. Il n’est

pas sans inconvénient d’obéir à l’usage reçu de faire mordre aux enfans des corps plus ou moins durs, dans le but d’amincir les gencives; on ne doit leur donner que des corps qui , comme la racine de guimauve , se déchirent facilement ; car les morceaux de corne ou d’ivoire qui décorent leurs hochets étant très-durs, irritent les gencives, les durcissent, et les rendent calleuses. Les memes règles sont applicables à la seconde dentition; mais de plus, comme cette époque est le moment où tombent les premières dents pour être remplacées par celles de la seconde dentition, il faut avoir soin d’arracher les dents infantiles du moment où elles sont chancelantes; et même il ne faut pas attendre cet instant du moment où un engorgement douloureux de la gencive annonce qu’une seconde dent cherche à faire issue.

Lorsque les vieillards perdent leurs dents, ils doivent, quand ils le peuvent, en faire replacer d’artificièlles afin d’assurer la mastication et de conserver à l’acte digestif toute sa perfection ; cependant il faut avouer qu’il est des vieillards qui n’ont pu supporter l’application d’un faux râtelier, et qui

néanmoins se portent bien ; c’est qu’alors leurs gencives sont devenue*» calleuses, et qu’ils ont soin de ne se nourrir que d’alimens de facile digestion. Toute affection pathologique de la muqueuse gengivale est une contre-indication à l’usage d’un faux râtelier

pendant le temps que dure la maladie.

§ II. — Hygiène de V appareil digestif et des glandes qui y ont rapport.

Les modificateurs propres à l’appareil dh-, gestif sont les alimens et les boissons. On a longuement disserté pour savoir si l’homme est carnivore ou frugivore, ou l’un et l’autre à la fois. Les nombreuses considérations qui ont été présentées sur ce sujet ont amené ce résultat, que l’homme est né pour se nourrir de végétaux et d’animaux , et qu’il n’y eut que des esprits chagrins qui aient pu mettre sur le compte de la civilisation une habitude que nous verrons être nécessaire.

Et si les anciens , et surtout les Indiens et les Perses, s’astreignirent à une diète purement végétale , n’attribüons ce fait qu’à la différence du climat, qui amène une végétation HYGIÈNE. * 4

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plus active , et donne à ses produits des qualités nutritives que ne possèdent point les végétaux de nos contrées. D’ailleurs, la conformation de notre canal intestinal, la présence de dents destinées à broyer et déchirer, prouvent jusqu’à l’évidence cette assertion.

Effets des alimens considérés d'une manière générale .- — Toute substance qui, introduite dans notre économie, y subit des modifications telles qu’elle finisse parfaire partie de notre organisation, et serve ainsi à l’accroissement, au développement et au renouvellement de nos organes , doit être considérée comme aliment. Soit que les boissons contiennent quelques substances assimilables, soit au contraire qu’elles ne fassent que faciliter l’assimilation , dans l’un comme dans l’autre cas elles doivent être considérées comme des alimens. Il en est de même des assaisonnemens qui, pris en grande partie dans le règne inorganique , ne font que stimuler nos organes, et faciliter ainsi le travail de a digestion , tout autant cependant qu’on en fait un usage modéré.

Si les alimens sont pris en quantité modérée, c’est-à-dire ,~que si l’individu ne va ja-i

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mais jusqu’à la satiété , ils accomplissent parfaitement leur but, sans que leur ingestion clans l’estomac et leur passage dans les voies circulatoires déterminent ni malaise, ni accablement, ni fatigue, ni agitation. Loin de là , ils font éprouver un sentiment de bien-être général, la circulation devient plus active, la respiration plus fréquente et plus facile; les facultés intellectuelles jouissent d’une plus grande énergie; et les fonctions digestives s’accomplissent presqu’à notre insu. Si, au contraire, flattés par la variété et le goût des mets, nous poussons l’ingestion des alimens au-delà de nos besoins, l’estomac refoule les poumons et rend la respiration pénible; les muscles sont dans un état d’affaissement général, et le cerveau éprouve upe espèce d’engourdissement qui a quelque analogie avec un commencement de uarcoti$me ; nous nous trouvons presque pivinciblement portés à nous abandonner à un sommeil toujours fatigant ; la djgestion , pour s’opérer, exige de la part de l’estomac le déploiement d’une énergie considérable, et malgré tous ses efforts , il ne laisse pénétrer dans les intestins qu’un cîïyme mal éla-

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boré, peu réparateur et irritant. Alors les selles deviennent abondantes et sans cohésion, l’individu maigrit, et finit par succomber à une affection désorganisatrice des organes digestifs. Mais lorsque l’habitude de beaucoup manger a été contractée peu à peu, l’appareil de la digestion acquiert un très-haut degré d’énergie et d’activité; et ce surcroît d’exubérance vitale ne se produit jamais qu’aux dépens des autres fonctions.

C’est ainsi que chez les grands mangeurs , les fonctions sensoriales, cérébrales et locomotrices perdent toute leur activité. Et commeja continuité d’une pareille habitude amène une réparation de beaucoup supérieure aux pertes éprouvées par l’économie, il en résulte un état de pléthore générale qui ne tarde pas à amener les maladies les plus graves .et les plus promptement mortelles.

Pris en trop petite qiiantité , les alimens jettent l’homme dans la faiblesse et l’épuisement ; et alors le trop ou le trop peu amène les mêmes désordres. 11 résulte de tout ceci que l’alimentation doit être constamment en rapport direct avec les pertes éprouvées par l’organisation ; qu’ainsi celui qui mène

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line vie active devra consommer davantage que l’homme dont les occupations sédentaires l’obligent à peu de mouvemens. Mais, dans tous les cas, il serait absurde de pré*, tendre ramener cette règle générale à une donnée mathématique quelconque, ainsi que l’ont voulu certains hommes.

Il faut donner à l’estomac des alimens lorsque le besoin se fait ressentir, et cesser de manger aussitôt que le sentiment de la faim est apaisé. Ce serait ici le lieu de présenter quelques considérations sur les différences de qualité de digestibilité et de propriété nutritive que présentent les diverses espèces d’alimens ; mais , afin d’éviter les répétitions inutiles , nous passerons à l’examen de chaque classe d’aliment en particulier, où chacune de ces questions se trouvera naturellement traitée.

Substances végétales. — Alimens féculens.

Le principe immédiat qui sert à dénommer cette classe d’alimens est la fécule amylacée. On la rencontre dans toutes les graines des légumineuses et des graminées, dans les pommiers , les marronniers, les châtaignes , les pommes-de-terre, les racines d’arum, de

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bryone et de plusieurs espèces d’orcliis, le vermicelle, la semoule, le tapioca , l’arowroot, le sagou, le salep. Dans nos substances alimentaires, la fécule ne se trouve jamais à l’état de pureté ; elle est toujours unie à d’autres substances, telles que le gluten, le sucre, l’albumine, des résines, des sels et du mucilage.

Cette classe d’alimens séjourne moins longtemps dans l’estomac que les viandes et les autres substances végétales ; et leur passage est d’autant plus rapide, que l’aliment a plus fermenté ; il nourrit bien , et a l’avantage de former peu de matières- fécales. La digestion de l’aliment féculent n’augmente que peu la chaleur animale, n’accélère pas sensiblement la circulation , rend l’économie riche en sucs nutritifs, mais diminue l’activité vitale, ainsi qu’il est facile de l’observer toutes les fois que l’on passe d’une nourriture animale à une alimentation composée uniquement de substances féculentes. Elle est peu propre à- donner h l’homme les moyens de résister à des travaux excessifs.

A l’aide des substances féculentes , telles que la farine de froment , de seigle et d’orge.

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