‹ Résumé complet d'hygiène privée, ou exposition des moyens propres à maintenir les fonctions de nutrition, de relation et de génération, dans le meilleur état de santé possible ... Par m. le docteur Meirieu; revu par m. le docteur Léon SimonChapitre 39 sur 57 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Hygiène des organes encéphaliques.

Déjà nous avons remarqué que l’homme se distingue de tous les autres êtres créés, par son intelligence et ses qualités mo*

PONCTIOXS DE RKLATIOir.

raies. Ces (leux ordres de phénomènes ne sont apercevables pour nous qu’au tant qu’ils se produisent au dehors; et l’appareil encéphalique est évidemment l’organe de ces manifestations. Mais de là il ne faudrait pas conclure, avec certains- esprits qui croient résoudre les difficultés en les tranchant,-que l’encéphale est nécessairement la source de l’intelligence. Tout en reconnaissant que le cerveau est l’organe indispensable aux manifestations intellectuelles et aux actes moraux, de même que le bras ou la jambe sont nécessaires à la production des actes locomoteurs, il n’est pas plus raisonnable de considérer l’encéphale comme l’origiue delà pensée, qu’il ne le serait de placer dans les muscles la cause des mouvemens divers que noùs exécutons. Nous ne pouvons, on le pense bien, approfondir ici une question qui, parmi les savans et les philosophes, a été la source de contestations vives et parfois trop passionnées, dont l’origine remonte à la fameuse querelle du Portique et du Lycée; -car l’espace nous manque. D’ailleurs, en hygiène, il ne s’agit que de reconnaître quelles sont les modifi-

HYGIÈNE DES ORGAN. ENCEPHALIQ. I 83 cateurs qui portent directement leur action sur l’organe cérébral , comment ils l’influencent, et dans quel les linfii tés doit être renferme l’exercice de l’organe encéphalique pour que la santé générale n’en souffre point, et que l’intelligence humaine puisse acquérir tout le développement dont elle est susceptible.' *

Que l’on considère les actes intellectuels et moraux comme étant le produit pur et simple du jeü de l’organe cérébral , ainsi qu’on l’a soutenu à plusieurs époques, et qu’aujourd’hui même plusieurs esprits sont portés à le croire; ou que, voyant les choses d’un point de vue plus élevé, 6n ne considère le centre céfébral que comme le moyen de communication entre le monde extérieur et l’intelligence humaine , et comme l’instrument de manifestation des actes intellectuels, il n’en faudra pas moins recon- 1 naître un fait que démontre l’observation journalière, c’est qu’il existé un rapport fort intime entre l’esprit et le cerveau ; rapport si intime, que l’on observe constamment une certaine concordance entre le dévelop^ pement cérébral et l’activité intellectuelle

df chaque homme. Cette idée forme la base des travail^ dÉp JVI. Gall; idée vraie en soi, mais dont il s’est empressé de tirer de fausses conclusions; car il est évident que cette concordance peut tout aussi bien exister l^ans la supposition de la double nature de .l'homme, que dans celle où on prétend le considérer comme étant purement matériel, pour nous servir de l’expression commune, toute vicieuse qu’elle est.

Une question qui nous intéresserait beaucoup serait celle du dénombrement des facultés intellectuêlles primitives;. mais rien de définitif n’existe encore sur ce point.

Aristote fut le premier qui tenta d’esquisser un tableau complet des facultés humaines, et pendant long-temps sa division fut généralement adoptée, ün s’est aperçu plus tard que, si elle était à peit près complète, sa classification était mauvaise et susceptible de réduction. Drins le cours du di\*huitième siècle, Kant et Reid tentèrent la même entreprise. On ne peut nier que les célèbres catégories du premier comprennent à peu près toutes les formes de notre entendement; mais l’ordre dans lequel elles sont

HYGIÈNE DES OKGAX. ENG’ÉPHAJ.IQ. iSÜ présentées n’est pas sans reproche. Quant au second, de son propre aveu, il n’a point , x épuisé la matière. Cependant il faut en con- .t venir, c’est «à l’école écossaise que nous devons d’avoir, la première, porté les esprits dans cette direction, si féconde en découvertes pour l’avenir, de l’observation intérieure; et déjà elle a constaté un grand nombre des lois de l’esprit humain. Les physiologistes se sont également occupés de ce sujet. M. Gall a cherché à énumérer les facultés primitives, et sa classification, évidemment vicieuse, est susceptible d’un grand nombre de réductions. Quant aux autres, presque tous partisans déclarés de l’école de Condillac et de celle de M. Destutt

deTracy,qui n’en est qu’qne conséquence, ils n’ont pu éviter de tomber dans toutes les erreurs adoptées par les maîtres. Du reste, les travaux de M. Gall ayant imprimé aux recherches physiologiques une direction nouvelle, on conçoit facilement qu’il n’y ait encore aucun point de résolu.

Dans un semblable état de choses, il est difficile de s’arrêter à une opinion quelconque. Si cependant nous élaguons des

l8fi FONCTIONS DE RELATION.

systèmes soutenus jusqu à. ce jour ce qu’ils ont d’hypothétique, et que nous nous en tenions aux points que personne ne conteste, nous admettrons que tous les phénomènes psychologiques observés jusqu’à ce jour sont de deux ordres, bien distincts : i° les phénomènes intellectuels proprement dits; a 0 les sentimens , qui deviennent des qualités morales toutes les fois qu’éclairés et dominés* par la raison, ils ne font pas sortir l’homme du devoir, et se transforment en passions , lorsqu’ils dominent les autres puissances intellectuelles à un trop haut degré.

§ I. — Phénomènes intellectuels.

Si l’on peut dire avec juste raison que chacun des organes de notre économie est susceptible d’édudation et, par conséquent, de perfectionnement, à plus forte raison doit -on penser que l’esprit humain peut être très -profondément modifié par une éducation bien dirigée et par une activité soutenue. Et comme le cerveau, sinon dans sa totalité , âu moins dans certaines de ses parties , est affecté à l’exercice des phéno-

FHKÏÏOMÈJTKS INTELLECTUELS. 187

mènes intellectuels proprement dits, il en résulte que, du moment où cet orgaue est trop fortement excité, soit par une violente contention d’esprit, soit par un exercice trop prolongé, l’organe s’altère, et ne devient plus qu’un instrument infidèle, que l’intelligence sollicite en vain. .

Du moment où, par le fait de l’éducation et des habitudes qui en dérivent , l’homme ne cultive en lui que les puissances dites intellectuelles ou rationnelles, ou tout au moins les cultive de préférence aux autres, les portions de l’encéphale qui sont affectées à cet ordre de manifestations acquièrent un très-grand développement, qui est toujours en rapport avec l’activité de ces, facultés. Mais cet accroissement n’a lieu qu’aux dépens des autres parties du meme appareil; et alors, moralement parlant, l’homme est incomplet, car il faut reconnaître que nos affections et nos sentimens forment une des sources des jouissances leé plus vives que nous rencontrions sur le chemin de la vie. Une activité intellectuelle trop grande, entretenue par des efforts trop prolongés, a en outre l’iuconvénient de porter le

l88 FONCTIONS DE RELATION.

trouble clans toutes les autres fonctions de l’économie, telles que le cœur et l’appareil digestif, et nuit à la nutrition des muscles et à celle de tous les autres organes. Tous ces déràngemens ,^e manifestent sous plusieurs formes diverses; ainsi, l’excitation de l’encépliale portée à un trop haut degré se manifeste par les accidens suivans : on éprouve de la chaleur, de la douleur de tête ; des phlegmasies aiguës ou chroniques du cerveau ou de ses enveloppes se déclarent ; quelquefois la folie, la paralysie, l’apoplexie, et môme l’épilepsie peuvent survenir.

Dans chacun de ces différens états les autres 'organes de l’économie refléchissent les désordres cérébraux. C’est ainsi que souvent on observe une plus grande irritabilité de toute l’organisation ; les muscles deviennent faibles, les fonctions digestives languissent, la circulation se tropble , et les poumons ne se dilatant jamais qu’imparfaitement pendant l’inaction prolongée que nécessitent les travaux intellectuels , le cœur ne tarde pas à devenir malade. Mais la réaction du cerveau sur les autres organes se fait principalement sentir sur ceux qui sympathisent

PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS. l8j)

le plus avec lui, -et surtout sur ceux qui sont

le plus irritables. C’est ainsi que chez les individus sanguins , ce sont les poumons et le cœur qui deviennent malades; chez ceux qui sont bilieux, ce sont l’estomac, les intestins et le foie qui s’affectent de préférence ; tandis que les glandes mésentériques et les glandes sous-cutanées sont les organes qui éprouvent les plus grands désordres chez les lymphatiques.

Celui donc qui, doué d’heureuses’ di^pt^ sitions, ambitionnera d’arriver au plus haut degré d’énergie intellectuelle possible, devra ne jamais perdre de vue que, s’il est bon d’exercer l’intelligence, cela ne doit jamais aller jusqu’au point de troubler les fonctions des autres organes. Or, le cerveau épuisant beaucoup la sensibilité des organes, il faut l’exercer modérément et surtout varier les objets auxquels on l’applique. Comme, au moment où il est mis en jeu par l’étude et la méditation, il devient le siège d’une très-grande concentration des forces vitales qui s’oppose au libre accomplissement des fonctions digestives, on doit éviter de se livrer à l’étude peu de

igo fonctioks'DK relation.

temps après les repas. Le moment qui doit être préféré à tous les autres pour les travaux intellectuels, est le, matin, vu que le repos de la nuit a réparé les forces , et que l’intelligence, affranchie des préoccupations que lui suggèrent les travaux de la veille, a besoin de moins d’efforts pour embrasser dans leur ensemble les questions qu’elle veut approfondir, les difficultés qu’elle prétend vaincre. Ceux qui, par état, sont obligés à fln^ contention d’esprit presque continuelle, ne pourront balancer les inconvéniens de leur position sociale, qu’ autant qu’ils s’astreindront à suivre un régime très-sévère; autrement' en peu d’années ils verront leur santé dépérir, et ils peuvent être sûrs qu’un peu plus tôt ou plus tard ils finiront toujours par succomber avant le temps.

§ II. — Sentimens ' moraux .

Outre les phénomènes dits intellectuels, on rencontre dans l’homirie une autre classe de phénomènes psychologiques qui ont été indifféretaiment appelés sentimens , affections , actes moraux. De même que les faits

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