BLESSURES. . I
de bas en haut. Tous ces indices ne peuvent , du reste , autoriser qu’à .établir des probabilités.
Il peut arriver qu’une blessure ait été faite après la mort del’individu blessé ; dans ce cas, si les blessures observées sur un cadavre sont au nombre de celles que produisent les agens chimiques, la présence ou l’absence de la vie n’apporteront pas de différences bien tranchées dans les parties que l’action du caustique n’aura pas entièrement détruites. Les contusions, les plaies et les fractures , sont les seules blessures qui offrent des différences , selon qu’elles ont été faites avant ou après la mort. Si, dans ces différons cas, la blessure a eu lieu plus de trente heures après la mort, les lèvres de la solution de continuité sont pâles , dépourvues de gonflement et de rétraction; leur surface n’offre aucun caillot adhérent; il n’y a point d’infiltration sanguine dans les aréoles de la partie lésée ou dans le tissu .cellulaire environnant. Si la blessure a été faite peu de temps après la mort, les. différences établies plus haut se retrouveront encore, mais à un moindre degré.
ado " • %jSDEClirfe LEG^LSé
SECTIOK Vil.
De V Asphyxie,
asphyxie est l’état de mort apparente résultant de la suspension de l’acte respiratoire. Elle a lieu, ou parce^que l’air ne pénètre plus dans les poumons , ^ou parce que celui qui y pénètre est impropre à opérer là transformation du sang veineux en sang artériel. Les causes principales auxquelles on peut rapporter l’asphyxie sont : i° les fractures de la portion cervicale du rachis , la section de la moelle épinière de cette région, la ligature des nerfs phréniques , la section des nerfs pneumo-gastriques à la partie inférieure du cou, qui entraîne la paralysie da poumon. Nous ne dirons rien de l’asphyxie produite par ce premier ordre de causes, vu que toutes les considérations qui s’y rapportent rentrent entièrement dans la question générale des blessures, a® Le séjour prolongé du corps humain dans le vide ou dans l’eau , ce qui constitüe Vasphyxie par submersion. 3“ Les obstacles nàécaniques, qui , tels que la compression' du canal aérien par des tumeurs, des liquides épanchés dans les
ASPHYXfE. ' aoi
bronches , la trachée-artère , l’existence de fausses membranes dans le conduit aérien , eonstituent V asphyxie par suffocation; ou qui, tels que la compression-dû même canal par une corde ou un lacet, constituent l’a par strangulation. Quant à l’asphyxie qui résulte de l’inspiration des gaz azote, acide carbonique, hydrogène, etc., ou de l’air non renouvelé , nous en traiterons dans la section suivante, consacrée à T empoisonnement.
§ I. — Asphyxie par submersion.
On a long-temps disputé pour savoir à quelle cause il convient de rapporter la mort des noyés.
Aujourd’hui on est généralement d’accord sur ce point, que l’asphyxie des noyés est un phénomène complexe incapable d’être ramené à une cause unique. Aussi pense-t-on, avec M. Marc, que tantôt elle est la suite de l’introduction de l’eau dans la trachée-ar- , 1ère, qui empêche ainsi l’air d'arriver aux poumons ; que. tantôt elle a lieu sans engoûment et à la suite d’une syncope qui a sui:pris le noyé avant son immersion , ou peu après son entrée dans l'eau; que d’autres
mm
30 > MEDEGIITB LEGALE.
fois elle est le résultat d’une congestion cérébrale , déterminée par une température très-froide, une constitution apoplectique , une chute violente sur la tête, l’ivresse, la plénitude de l’estomac, la compression du cou par un lien quelconque; enfin les noyés périssent souvent par la combinaison de plusieurs des genres d’asphyxie ci-dessus énumérés, et c’est ce que M^Marc appelle une asphyxie mixte. Ce médecin reconnaît en outre une asphyxie nerveuse sans engoûment, dont l’existence doit être repoussée dans l’état actuel de la science.
Or, à quelque genre d’asphyxie qu’ait succombé le noyé, toute question de cet ordre en présente deux autres, dont la solution, s’il était possible de l’obtenir , résoudrait toutes les difficultés secondaires qui pourraient se présenter. Ces questions sont celles-ci : Tq l’individu noyé était-il vivant au moment de son immersion dans l’eau ? 3o La submersion a-t-elle été le résultat d’un acci- ^ dent, d’un acte volontaire, ou d’un homicide?
■ lo La première de ces questions est difficile à résoudre, et même on n’y parvient
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ASPHYXIE PAU SUBAIERSION. ao3
que par l’examen le plus attentif du cadavre ; encore peut-il arriver que les preuves testimoniales jettent sur ce premier point une plus vive lumière que ne le feraient les recherches les plus assidues.
Parmi les caractères indiqués par les auteurs comme propres à faire reconnaître qu’un individu a été submergé vivant, il en est de nulle valeur, et d’autres qui se rencontrent presque constamment, et qui n’ont de valeur qu’autant qu’ils se trouvent réunis sur le même sujet. C’est ainsi que les signes tirés de l’état de la face , que l’on a dit avec raison être bouffie, rouge ou livide, la coloration de la peau, l’engorgement des vaisseaux veineux du cerveau, n’ont point d’autre valeur , si ce n’est qu’ils se rattachent d’une manière assez indirecte à la mort par asphyxie , quelle que soit la cause qui l’ait amenée. Si, au contraire, on trouve les doigts de l’individu noyé écorchés , si ses ongles sont salis par le sable, la vase ou la boue, déjà on possède un caractère qui laisse à présumer qu’il a fait des efforts assez grands pour vaincre le péril qui le menaçait, et que, par conséquent , il a été submergé vivant.
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ao4 MEDECIIfE LEGALE.
Cette présomption acquerra une plus grande valeur si on rencontre dans la trachée-artère, les bronches et le parenchyme pulmonaire, une certaine quantité de matière écumeuse , blanche ou sanguinolente , facile à enlever* bien que les poumons soient crépita'ns; mais il ne faudra pas oublier qu’une écume tout-à-fait analogue se rencontre dans les voies respiratoires des hommes asphyxiés par l’inspiration de gaz délétères, et chez ceux qui meurent après un violent accès d’épilepsie ; d’où ilsuit, que ce dernier caractère n’acquiert de valeur que par sa réunion avec les suivans. Les cavités droites du cœur, les veines caves, la veine et l’artère pulmonaires, contiennent une grande quantité de sang noir; le ventricule droit est d’un brun noirâtre, tandis que le gauche est d’un rose clair. Ce caractère est constant, mais on l’observe aussi dans les autres genres d’âsphyxie. L’état de fluidité du sang pendant plusieurs heures après la mort, le refoulenient du diaphragme, qui n’est pas toujours très-sensible, la présence de l’eau dans l’estomac et la coloration plus vive que dans l’état ordinaire des organes
ASPHYXIE PAR SUBMERSION. ao5
abdominaux , prouvent encore qu’il y a eu asphyxie ; mais cette dernière résulte-t>elle d’une submersion?...
Les preuves testimoniales et l’instruc« tion judiciaire peuvent seules éclairer les juges sur la seconde question.
§ II. — Asphyxie par strangulation.
Dans ce paragraphe nous rassemblons tout ce que nous avons à dire de la sus~ pension et de V étranglement. Ce problème offre également deux questions à résoudre:
I® l’individu trouvé pendu ou étranglé l’at-il été avant ou après sa mort ? a® Si la suspension ou l’étranglement ont eu lieu pendant la vie , sont-elles l’effet du suicide ou de l’homicide ?
i» La première de ces questions, non moins difficile à résoudre que les deux précédentes,- peut être considérée sous deux aspects divers , selon que la suspension est accompagnée ou non de luxation de la portion cervicale de la moelle épinière.
Dans le cas où la luxation n’existe pas, il est impossible d’affirmer que l’individu a été pendu pendant la vie. Cependant la
ao6 MSDBGIirE LÉGAJLE.
présence d*une ecchymose autour du cou , la bouffissure et la couleur violacée de la face, la présence d’une écume sanguinolente à la bouche, la rigidité des membres , la couleur violette de leurs extrémités, s’ils ne prouvent pas rigoureusement que l’individu a été pendu vivant, attestent au moins que la suspension a eu lieu avant le refroidissement du cadavre.
Dans le cas de luxation de la moelle épinière, si elle a eu lieu pendant la vie, on observe de profondes ecchymoses dans le tissu cellulaire, les muscles voisins des vertèbres déplacées et leurs ligamens, ainsi qu’un épanchement de sang, qui a souvent lieu dans le canal vertébral. Dans ce cas, on observera aussi la décoloration de la face , l’engorge^ ment des poumons, etc.; enfin si le corps du pendu est très-roide peu de temps après la mort, la luxation n’a pas été faite du vivant de la victime. .
L’impression que la corde fait sur les tégumens et sur les parties sous-jacentes, n’a pas un caractère suffisant, quoi qu’on en ait dit, vu que cette impression est la même sur lu cadavre que sur le vivant , pourvu
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• ASPHYXIE PAR STRAHGULATIOH.
que la suspension ait eu lieu peu de temps après la mort. Lorsqu’on trouve sur un pendu l’existence de deux sillons , l’un oblique et l’autre circulaire, M. Esquirol pense qu’alors on peut présumer qu’il y a.
eu assassinat ; mais ce n’est là encore qu’une présomption. Cependant il est utile, lorsqu’on fait de pareilles recherches, de réappliquer la corde sur le cou du cadavre, en recherchant l’endroit où le nœud était appliqué, afin de s’assurer que les impressions que présente le cou correspondent aux aspérités de la corde. Il conviendra surtout , en pareil cas , de s’attacher à. reconnaître si l’individu présente quelques traces d’em|>oisonnement ou de blessure ; car «lors il serait présumable qu’il y aurait eu homicide.
§ III. — Asphyxie par suffocation.
Ce dernier genre d’asphyxie ne touche qu’indirectement à la médecme légale, car une multitude de causes très-diverses peu-* veut amener ce résultat. Ainsi la tuméfaction des tonsilles de la langue, de la mur queuse du larynx, le développement de
ao8 MÉOECIKE LÉGALE. ^
fausses membranes dans les voies respiratoires , ou la présence d’un corps étranger dans le pharynx ou dans l’œsophage, la compression de la trachée - artère par diverses tumeurs , etc. , sont autant de causes qui peuvent amener la suffocation. Mais toutes se rapportent à la médecine proprement dite, nous n’avons point à nous en occuper (i).
SECTION Vlll.
De Vempoisonnememt.
De toutes les questions médico-légales, celle de V empoisonnement est la plus vaste et . la plus compliquée. Par là on entend l’action sur l’économie animale de toute substance capable de donner la mort dans un temps plus ou moins long, qui varie selon l'espèce de poison employé, et selon les différentes conditions physiologiques dans lesquellés se trouve l’individu empoisonné au moment de l’ingestion ou de l’application de la substance vénéneuse.
Le nombre des substances vénéneuses est très-considérable; aussi a-t-on éprouvé
(i) Voy. la MÉDiaxB, par H. Vacquié.
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EMPOTSOWlTEMEirT. J09
assez de difficultés à les classer. De toutes les classifications proposées, celle de M. Orfila est la plus généralement adoptée. Il admet cinq classes de poisons : i° les poisons irritans ; les poisons narcotiques ; 3 ° les poisons narcotico-âcres ; 40 les poisons septiques, et les poisons gazeux (1).
Les substances vénéneuses appartenant à chacune de ces classes sont so.uvent extraites des trois règnes de la nature, ainsi que nous allons nous en convaincre en les examinant avec détail.
§ I. — Poisons irritans.
Les substances vénéneuses de cette classe ont pour caractères communs de posséder une saveur âcre, chaude, brûlante; de déterminer un sentiment de conslriction à la gorge et beaucoup de sécheresse dans la .
bouche et dans l’œsophage; elles occasionent aussi des vomissemens de matières différentes , mêlées quelquefois de sang ; de vives douleurs abdominales et d’abondantes déjections alvines. A ces symptômes se
(1) Voyez la Cbixib, parM. Panpaille, avec notes de U> Cbe* Tailler.
HYGIÈNE PUB. ET MED. LEO. l 4
310 MÉUEClIiE LEGALE.
joignent ceux d’une gastro-entérite des plus intenses et des plus meurtrières; le malade conserve l’intégrité de ses facultés intellectuelles, si ce n’est aux approches de la mort, où il devient complètement insensible.
Si l’individu succombe à l’action d’une des substances que nous avons énumérées , et que l’on procède à l’autopsie cadavérique , les lésions de tissu qu’on observe sont ordinairement la rougeur, l’inflammation , la scarification, l’ulcération et la perforation des parties.
Bien que les symptômes et les lésions cadavériques observés à la suite d’un empoison nement par lès substances vénéneuses irritantes, soient en général les mêmes pour toutes les substances de cette classe , néanmoins quelques-unes d’entre elles font naître des symptômes particuliers. C’est ainsi que les poisons mercuriaux produisent une ardeur et une âcreté considérables à la gorge ; que dans l’empoisonnement par les cantharides on observe une irritation extrême de l’appareil génital ; que dans celui par l’acide sulfurique les parties qui ont été en
EMPOISOinVEMENT. all
contact avec le poison, sont souvent rédui* tes en une espèce de bouillie noire, et que dans l’empoisonnement par l’acide nitrique on observe sur la peau, sur la muqueuse gengivale et à la commissure des lèvres, des taches d’un jaune orange, etc.
§ II- — Poisons narcotiques.
Toutesles substances, qui, une fois absorbées, agissent primitivement sur le système nerveux , et en particulier sur le cerveau, et ont pour effet constant de produire la stupeur, l’assoupissement, la paralysie ou l’apoplexie, et souvent des mouvemens convulsifs, ont reçu le nom de poisons narcotiques ou stu^éfîans.
Le narcütisme auquel donnent lieu les poisons de cette classe, se reconnaît à un eàgourdissement général avec pesanteur de tête, auquel succèdent des vertiges, des nausées et même des vomissemens ; un état d’ivresse et un délire continuel; les yeux sont gonflés, de légers mouvemens convulsifs, partiels et généraux, ne tardent pas à se manifester , et quelquefois on observe la paralysie des extrémités inférieures. A ces
axa MSD£CIlfB uàGALE.
symptômes succède une stupeur profonde , une sorte d’état apoplectique ; la respiration s’exécute lentement; le pouls, d’abord plein et fort, devient inégal, irrégulier , petit, intermittent ; les symptômes nerveux redoublent d’intensité et sont bientôt suivis de la mort.
Les traces que laisse, après la mort, l’empoisonnement par une substance narcotique, sont le plus ordinairement un engorgement des vaisseaux qui se distribuent au cerveau et aux méninges; l’estomac et le tube digestif n’offrent aucune altération , bien que le poison ait été mis en contact avec ces parties ; le corps conserve pendant long-temps sa chaleur et sa flexibilité ; souvent les poumons sont d’un rouge foncé , gorgés de sang et peu crépitans ; le cœur est flasque et le sang conserve sa fluidité. Ce dernier symptôme n’est pas constant.
§ III. — Poisons narcotico-âcres.
Les poisons narcotico-âcres n’ont pas tous la même action ; aussi les a-t-on partagés en plusieurs classes , afin d’en mieux
EMPOISONNBMBHT.
ai3
déterminer les analogies et les différences.
Il en est qui déterminent de l’agitation , des cris aigus, du délire , des convulsions, des douleurs à l’épigastre et dans l’abdomen; des nausées, des vomissemens, des déjections alvines; souvent on rencontre une sorte d’ivresse, de l’abattement, de l’insensibilité, un tremblement général. Les lésions de tissu que démontre l’autopsie cadavérique tiennent à la fois de celles que produisent les poisons irritans et les poisons narcotiques.
D’autres manifestent leur caractère par un malaise général, une contraction momentanée de tous les muscles avec redressement de la colonne vertébrale , renversement de la tête, accélération de la respiration, à laquelle succède un tétanos général, suivi d’une asphyxie complète. Les lésions organiques observées sont celles que l’on rencontre dans toute asphyxie. ( V, sect.
vil.)
L’empoisonnement par le camphre, la coque du Levant et la picrotoxine, produit de l’inquiétude, une agitation inconcevable, une grande mobilité. La démarche est mal
ai4 MÉDECINE LÉGAIÆ.
assurée, les muscles de la face entrent en convulsion , il survient d’abondans vomissemens qui calment , pour quelque temps , les accidens. La mort est encore ici le résultat d’une complète asphyxie, et les lésions cadavériques sont les mêmes que dans le cas précédent. A la suite de l’ingestion de champignons vénéneux dans l’estomac, les malades éprouvent des tranchées, des nausées, des évacuations par haut et par bas; peu à peu les douleurs deviennent insupportables, elles sont suivies de crampes, de convulsions ; le pouls devient petit, dur , serré et très-fréquent. Si le malade n’est soumis à aucun traitement , bientôt surviennent des vertiges, un délire sourd, de l’assoupissement , quelquefois des convulsions ; enfin des défaillances et des sueurs froides annoncent au malade sa fin prochaine. A l’inspection cadavérique on observe de larges taches violettes sur les tégumens; le ventre est volumineux , la conjonctive injectée, la pupille contractée. L’estomac et les intestins sont fortement contractés, phlogosés et parsemés de taches gangréneuses. Les poumons sont, ordinairement phlogosés, ainsi que
EMPOISO>»EMEJNT. 31 5
^ presque toutes les reines et les organes abdominaux.
On a beaucoup parlé de l’empoisonnement par le seigle ergoté et les liqueurs alcooliques, dont l’action consiste à amener , dans le premier cas , l’ergotisme gangrélæux, et dans le second un état apoplectique auquel succède la mort.
§ IV . — Poisons septiques et gazeux.
Dans le cas d’empoisonnement par l’une de ces différentes substances , on trouve le pharynx, l’œsophage , le canal alimentaire, enflammés et présentant des taches gangréneuses; le cœur flasque et affaissé, ses cavités phlogosées, ainsi quelesgros vaisseaux.
§ V. — Problèmes que présente à résoudre toute question d‘ empoisonnement.
Jusqu’ici nous nous sommes bornés à indiquer les symptômes qui se présentent à la suite de l’enipoisonnement par une substance vénéneuse quelconque, et les lésipns cada- ^ vériques qui enrésultent.Il convientmaintenant : i» d’apprécier l’importauce des symp-
ai6 MÉDECIirB LÉ6A.LE.
tôraes indiqués; a® celle des lésions cadavériques; 3o de faire connaître les indic^ que fournit l’analyse chimique; 4° s’il est possible, à l’aide de toutes les notions ci-dessus indiquées , d’induire que l’empoisonnement constaté est le fait d’un suicide ou d’un homicide; 5° enfin quelles maladies peuvent simuler l’empoisonnement, et par conséquent donner lieu à de fausses accusations.
1 0 Les symptômes que nous avons brièvement énumérés ne peuvent conduire qu’à de hautes prohabilités, car la plupart d’entre eux se rencontrent dans une foule de maladies où l’empoisonnement ne peut être soupçonné.
a® Les lésions de tissu, et même les désorganisations que l’on rencontre à la suite des différentes espèces d’empoisonnement, ne sont ni plus constantes, ni moins variées que les symptômes, et ne peuvent également permettre que d’établir des probabilités.
Cependant le seul examen des altérations organiques peut servir à lever une difficulté grave, qui a souvent embarrassé les tribunaux. Il est arrivé que, dans un but criminel, on a introduit du poison dans le rectum
EMPOISOirHEMENT. a 1 7
d’un cadavre , dans l’intention d’inculper un innocent. M. Orfila , qui a fait de nombreuses expériences à cet égard , est arrivé à ce résultat : i” que la plupart des poisons irritans, introduits dans le rectum peu d’instans après la mort, laissent des altérations qui simulent jusqu’à un certain point les lésions que ces substances produiraient pendant la vie; a® que cependant, lorsqu’il en est ainsi, on trouve le poison en assez grande quantité à peu de distance de l’anus , à moins qu’il n’nit été introduit sous forme liquide, tandis que le contraire a lieu lorsqu’on l’a introduit pendant la vie; 3° que dans ce cas l’altération des tissus ne s’étend jamais que peu au-delà de la partie avec laquelle le poison a été en contact , d’où il résulte une ligne de démarcation bien tranchée entre les parties saines et les parties lésées , ligne de démarcation qu’on ne rencontre jamais dans l’état de vie; 4® si le poison a été introduit vingt-quatre heures, par exemple , après la mort , il ne laisse aucun signe d’inflammation.
3° Les indications fournies par l’analyse chimique conduisent en général à desrésul-
3i8 BI£DEGII«K légale.
tats beaucoup plus concluans. En effet, c’est à l’aide des opérations de cet ordre que le médecin légiste parvient à isoler les plus petites parcelles de poison qui se trouvent combinées avec les tissus organiques, déposées à leur surface, ou mêlées aux déjections et à la matière des vomissemens. Or , lorsqu’on peut démontrer la présence de la substance vénéneuse, tous les doutes sont levés sur l’existence de l’empoisonnement. Mais les analyses chimiques indispensables en pareil cas sont toujours nombreuses, souvent délicates, et veulent être faites par une main exercée. Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces opérations , qui appartiennent à la Chimie proprement dite ( V. Résumé de chimie), car les réactifs sont si nombreux qu’il nous faudrait entrer dans tous les détails de l’analyse chimique.
Les lumières fournies , par l’analyse chimique suffisent , dans le plus grand nombre des cas , pour établir Textstence d’un empoisonnement ; mais elles ne peuvent mettre le médecin à même de décider s’il est le fait d’un homicide ou d’un suicide.- Les preuves testimoniales peuvent seules résoudre cette
EMPOISOIÎNEMENT. a I y
difficulté, et c’est aux magistrats à s’entourer de toutes les lumières qu’ils pourront recueillir.
5° La nécessité de ne point se prononcer sur l’existence d’un empoisonnement se tire surtout de ce fait, qu’il est des maladies aiguës qui simulent d’autant mieux l’empoisonnement, que leurs symptômes principaux Sont les mêmes, et qu’elles laissent après elles des altérations organiques analogues à celles que produisent surtout les poisons irritausl Ce sont le choléra-morbus, la gastrite aigu^, l’iléus nerveux, l’iléus avec étranglement interne, l’hématémèse. La présence ou l’absence de la substance vénéneuse suffisent pour lever tous les doutes.