‹ Résumé complet d'hygiène publique et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. Léon SimonChapitre 36 sur 43 · DE EA. GROSSESSE · texte numérisé non relu

DE EA. GROSSESSE

cause qui les a amenés, et pendant le temps de leur durée ne se décèlent que par des caractères fort incertains, dans l’état actuel de nos connaissances en aliénation mentale.

Avec quelle circonspection le médecin consulté en pareil cas ne devra-t-il pas se prononcer?

6° Est-il possible qu’une femme ignore sa grossesse jusqu’au moment de l’accoucliement? Beaucoup de femmes ont allégué cette excuse, et la plupart étaient de mauvaise foi; néanmoins il existe des exemples bien avérés de cette ignorance absolue. Ainsi , il est possible qu’une femmeconçoive dans l’état d’ivresse ou de narcotisme , pendant un profond sommeil, sans qu’elle conserve aucun souvenir de ce qui s’est passé. Tout le inonde connaît ce fait, rapporté par M. Orfîla ( Leçons de médecine légale ), d’une jeune fille que l’on croyait morte et qui n’était que léthargique , dont on avait confié la garde à un jeune ecclésiastique qui devait passer la nuit en prières auprès d’elle : il la découvrit, et la trouvant encore belle, s’abandonna à des désirs qui n’ont pas besoin d’être qualifiés. Dans l’acte du coït, cette

â38 MÉDECOTB 1.ÉGALE*

jeune fille exécuta quelques mouTemens ; neuf mois après elle accoucha.

SECTIOJf III.

De l’accouchement.

Lorsque nous avons traité de l’infanticide, de la suppression et de la supposition de part, nous avons vu combien il était important de pouvoir déterminer l’époque à laquelle un accouchement a eu lieu, et nous avons laissé pressentir les difficultés que présente cette question; il convient donc que nous examinions : s’il existe des signes

certains auxquels on puisse reconnaître qu’une femme ' est récemment accouchée ; 2 ® jusqu’à qu’elle époque il est possible de trouver des traces non équivoques d’accouchement; 3® si une femme peut accoucher sans s’en apercevoir; 4° enfin, lorsque dans le travail de l’enfantement, la mère et l’enfant succombent, lequel des deux est présumé avoir survécu.

I® Dans un accouchement récent, les grandes et les petites lèvres sont dilatées , rouges, quelquefois enflammées, la vulve entr’ou-

DE l’aCCOUCHEMEITT. ^3^

verte, la fourchette quelquefois déchirée; l’orifice utérin , mou et dilaté, permet d’introduire un ou deux doigts dans l’utérus. Les lèvres du museau de tanche sont quelquefois échancrées ; la matrice est plus volumineuse et fait saillie au-dessus dn puhis; le volume et la flaccidité du ventre, ses éraillures , la nature des écoulemens qui ont lieu par la vulve, sont autant de signes qui permettent d’affirmer l’existence d’un accouchement récent : il ne faut cependant pas oublier, que plusieurs d’entre eux se lient à plusieurs affections pathologiques delà matrice , et que tous s’observeront dans le cas d’expulsion d’un môle ou d’un faux germe.

2 » Tous ces signes ne sont bien évidens que pendant les six ou huit premiers jours après l’accouchement; passé ce temps, jusqu’au quinzième jour, on ne peut qu’établir des conjectures; et passé le vingtième jour, il est impossible de statuer sur l’époque, et . • même sur la réalité de l’accouchement.

3“ Il est impossible qu’une femme plaÂél^ dans les conditions ordinaires de la vie, accouche à son insu. Mais pour peu qu’on soit familier avec les connaissances médlca-

a4o MEDECINE 4.ÉGALB.

les, on sait qu’une femme complètement ivre, ou plongée dans le narcotisme, dans un état apoplectique, ou affectée de délire ou d’idiotisme, peut bien accoucher sans le savoir. Cette opinion, que le raisonnement peut suffire à établir, est du reste confirmée par plusieurs faits irrécusables.

4® Dans l’état actuel de la science , il est impossible de déterminer lequel de la mère ou de l’enfant a survécu à l’autre. M. Capuron a soutenu avec force que, dans un accouchement laborieux, les forces de l’enfant doivent étrp épuisées avant celles de la mère: ce ne sont là que des inductions dont la légitimité peut être contestée; car elles ne reposent pas sur des faits positifs. La science ne peut donc pas encore être d’une grande utilité sur ce point, et dans le plus grand nombre des cas, il faut s’en tenir aux prescriptions de survie établies par le Code civil.

». > SECTION IV

Des maladies simulées, prétextées, dissimulées Z ' r et imputées.

On désigne sous le nom de maladies sirnu-

^DiQjl LZ/yl

MALADIES SIMULÉES, DISSIMULEES.

lées, celles que l’on feint d’avoir : on dit qu’elles sont prétextées, lorsqu’on veut faire servir des maladies réelles à Taccomplissement d’un but qui consiste ordinairement à se décharger d’une fonction plus ou moins pénible, ou à obtenir un avantage quelconque. Les maladies dissiirpilées sont celles dont ou cache soigneusement l’existence, tandis que l’on donne le nom de maladies imputées à celles que l’on prétend exister chez un individu qui n’en est pas atteint.

1° Les motifs qui portent à simuler une maladie ont pour objet de chercher à s’exempter d’un service ou d’une obligation quelconque, ou à attirer sur soi la commisération publique. Les maladies que l’on peut simuler sont très-nombreuses, et s’il fallait les passer toutes en revue , nous serions obligés d’embrasser la presque totalité du cadre nosologique. Nous ne nous arrêterons donc qu’à celles que l'astuce exploite le plus fréquemment; ce sont : lo les plaies et les ulcères qu’il est très-facile de simuler au moyen de substances végétales âcres et de vésîcaloires, et sur l’incurabilité desquelles il est aisé de se fixer, puisqu’il suffit de traiter méthodi-

HYGIÈJÏE PUB. ET MED. LÉG. i6

MÉDECINE- EEGALE.

quement ces plaies, et de surveiller le ma" lade, pour mettre sa fraude dans tout son jour; 2 ® le scorbut et les scrofules, maladies dont les symptômes -apparens sé lient constamment k des modifications plus ou moins profondes de tout l’organisme, dont on peut simuler quelques symptômes. Mais, du moment où l’ensemble de la constitution ne répond pas aux accidens que le malade cherche à faire valoir, on peut au moins concevoir des doutes que le temps ne tarde pas à dissiper; 3° les douleurs rhumatisma- Jes, qui, lorsqu’elles datent de loin, déforment le membre affecté, et amènent de l’amaigrissement; phénomènes qu’on n’observe pas constamment, et dont l’absence ne suffirait pas pour établir la déception ; 4® la paralysie, sur laquelle il n’est pas toujours possible de se prononcer avec connaissance de cause. M. Percy dit que, dans le cas de doute, il suffit de proposer la cautérisation, pour que l’individu suspecté avoue sa fraude ; 5® l’épilepsie et la folle simulées. Les épileptiques ont en général une physionomie qu’il serait difficile de décrire. Ils ont un air triste, timide, slu-

MALADIES SIMULÉES, DISSIMULEES. a43 pide : pendant l’accès, tout leur corps est dans un état de roideur tétanique, interrompue par de violentes secousses convulsives. Ils ont les yeux hagards, la face pâle et terreuse, la respiration sterloreuse, la bouche pleine d’écume, et les pouces fortement appliqués contre la paume des mains. Si on soupçonne la fraude, il suffit d’introduire dans les narines une liqueur irritante, une poudre sternutatoire titiller la membranepituitaire avec lesbarbes d’uneplume; et si les malades témoignent de la sensibilité, la maladie est simulée. Quant à la folie, nous n’avons pas à en parler, puisque, dans la sect. VI, nous en ferons connaître les caractères. Il est encore des hommes qui ont cherché à simuler certaines maladies des appareils sensitifs, telles que l’amaurose, la myopie, la surdité, la surdi-mutité, et l’ozène; mais, dans tous les cas, un examen attentif a dévoilé la fraude. Enfin, il est inutile de dire qu’on a cherché à simuler les maladies du cœur et des gros vaisseaux, la phthisie pulmonaire, l’hémoptysie, et certaines affections des organes abdominaux. Nos moyens diagnostics offrent aujourd’hui une

a 44 MÉDECINE EVGALE.

telle précision dans le plus grand nombre des cas, qu’il est inutile de rappeler ce que tout le monde sait; et, pour les cas douteux, souvent même obscurs , il n’y a que le praticien exercé qui puisse faire la part de ce qui est vraisemblable et de^,ce qui est évidemment faux.

2® On donne le nom de maladie feinte à celle qui existe réellement , mais dont on exagère l’importance , dans l’intention cachée d'obtenir de fortes indemnités pour un dommage qu’on ‘croit avoir supporté. Dans ce cas, lorsqu'il s’agit de lésions extérieures et de leurs effets, il est facile d’en apprécier les conséquences; mais, si à la suite des lésions extérieures , il se développe des maladies internes , il est souvent fort difficile d’en établir le diagnostic , et de rattacher la maladie dont le plaignant arguë, à la lésion extérieure antérieurement reçue.

Dans ce cas, il faut constater l’état du plaignant , voir si l’effet produit peut raisonnablement être rapporté à la cause indiquée, rechercher les autrés causes qui'auraient pu produire la maladie, et savoir si le malade a été soumis à leur influence; en-

MÂ.LADIES SIMULEES, DISSIMULEES. 245

fin il faudra tenir compte de Tinfluence des maladies régnantes.

3° La dissimulation de quelques maladies n’intéresse le médecin légiste que dans certains cas assez restreints, parmi lesquels se trouvent les engagemens au service militaire. Les préceptes relatifs au diagnostic des ma~ ladies dissimulées sont à peu près les mêmes que ceux déjà indiqués à propos des maladies simulées. En effet, dans toute recherche de ce genre, on aura égard : i° aux motifs qui peuvent porter certains individus à dissimuler les maladies dont ils sont porteurs ; 2 ® aux manœuvres que l’on sait avoir été, jusqu’à ce jour, mises en usage pour atteindre un pareil but; 3® aux symptômes de l’affection que l’on veut dissimuler, et dont il est possible de constater l’existence s^s l’aveu du malade. De semblables recherches devront être faites toutes les fois que la loi y autorisera le médecin, c’est-àdirè tout autant que la société aura intérêt à s’assurer de la vérité; mais il est bien entendu que, dans les cas nombreux où le médecin sera dépositaire du secret d’un individu , dont la divulgation peut altérer

246 MÉDECIKE LÉGALE,

l’honneur des familleB, ou en compromettre la tranquillité, il sera de son devoir de se taire, tout en employant les moyens nécessaires pour détruire la maladie qu’il aura reconnue. C’est dans ces circonstances souvent difficiles, que le ministère du médecin prend un caractère sacré,et qu’il doit savoir supporter avec calme toutes les imputations calomnieuses dont sa conduite peut être le sujet.

4® Maladies imputées. Par des motifs d’intérêt, de haine ou de basse vengeance, on a quelquefois attribué à certains individus, des maladies dont ils n’étaient point porteurs.

Il est facile d’arriver à la vérité à cet égard; car, quelle que soit la maladie que l’on inspecte, du moment où les symptômes propres à cette affection manquent, nul doute que le médecin ne doive déclarer la maladie imputée.

SECTION V

Des exemptions à divers services^ et notamment au service militaire^

Si nous prétendions donner une indication complète des maladies qui peuvent exemp-

EXEMPTIOJ» DK SERVICES. 247

ter les citoyens d’une fonction publique quelconque, il nous faudrait faire une énumération complète de toutes les maladies dont nos cadres nosologiques se trouvent surchargés. Lorsqu’il s’agit de faire exempter des fonctions de juré, par exemple, la maladie dont on est atteint ne suffit pas à l’exemption réclamée, car on ne tient compte que de son intensité. Ainsi, quelle que soit la maladie dont on arguë, il suffit qu’elle nous mette dans l’impossibilité de vaquer à nos occupations habituelles, pour que nous ayons droit à l’exemption réclamée. Il y à plus, il est certaines fonctions civiles dont on peut être exempté pour le seul fait qu’on jouit habituellement d’une faible santé.

Quant aux maladies qui exemptent du service militaire, il y a plus de précision : à plusieurs reprises, des tableaux ont été dressés par les inspecteurs du service de santé des armées, où on arelaté avec soin les affections qui rendent impropre à aucun service militaire. Cependant il convient d’observer que ces tableaux n’ont qu’une valeur relative, et qu’ils furent dressés à une époque où la sévérité était extrême. Depuis i8i5, l’ad-

a48 MEDECINE LÉGALE.

ininistration a ordonné, d’une manière générale, d’exempter tous les conscrits qui ne seraient pas susceptibles de devenir bons soldats, et de pouvoir supporter toutes les fatigues de la guerre. Ainsi, une grande latitude est accordée aux conseils de révision, et il est par cela même Impossible d’établir, en thèse générale, dan s quels cas l’exemption devra être prononcée, car tout se réduit à des circonstances individuelles ; et telle maladie qui ne serait pas comprise dans les tableaux, pourrait cependant suffire pour faire prononcer l’exemption d’un conscrit, si elle avait une certaine gravité.

Quoi qu’il en soit, il est certaines maladies qui emportent l’invalidité absolue pour le service militaire. Ce sont : i“ la cécité complète; 20 la perte totale du nez; 3 ® l’aphonie permanente, la mutité et la surdité complètes; 4® les goitres volumineux et incurables ; 59 les écrouelles ulcérées ;6® la phthisie pulmonaire confirmée; 7® la perte totale du membre viril ou des deux testicules, 8® la perte totale d’un bras, d’une jambe, d’un pied, d’une main ; 9® les anévrismes des principaux troncs artériels ; 10® la courbure des

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éXEMPTIOJf DE SERVICES. a49

OS longs et le rachitisme; ii® la tlaudication , quelle qu’en soit la cause ; la® l’atrophie d’un membre et le marasme décidé; i 3 ® les grandes lésions du crâne; 14® la perte de l’œil droit et de son usage; i 5 ® la fistule lacrymale incurable et les ophtalmies chroniques; i 6 ®l’ozène ettout ulcère rebelle des fosses nasales; 17® la perte des dents incisives et canines; 18® la fistule salivaire incurahk. ; 19® les hernies irréductibles; 20“ le calcul, la gravelle, la rétention et l’in- ^ continence d’urine; 2 r “toutes les affections chroniques, appelées par certains nosologistes, maladies organiques, comme les cancers, les hémorrhoïdes ulcérées, etc. ; 22® les maladies de la peau, susceptibles de se communiquer, et les affections goutteuses et rhumatismales invétérées. *

SECTIOir Vf.

Des maladies intellectuelles, •

Aux yeux de la morale comme à ceux de la loi, nul ne peut être res|)onsable de ses actes, qu’autant qu’il jouit de sa raison.

Mais, pour qui a examiné l’aliénation et

a5o MBDECJJ^TB LEGALE.

tous ses modes, pour qui a réfléchi sur la nature et le mode de développement des maladies dites intellectuelles, s’il est facile d’assigner les caractères d’une aliénation bien confirmée, combien sont grandes les difficultés qui se présentent, lorsqu’il s’agit de déterminer le point précis où l’homnte cesse de jouir du libre exercice de sa raison, et où, par conséquent, il ne peut pas être responsable de ses actes! L’aliénation présente des caractères si fugitifs, des nuances si variées, des complications si nombreuses, et l’esprit dans lequel on l’a étudiée jusqu’à ce jour fut si peu philosophique , qu’il est impossible de dired’unemanière absolue en quoi consistent cet état ou les états divers qu’on a désignés sous la dénomination collective diLaliénation mentale. Quoi qu’il en soit, dans certains cas précisés par les Godes civil et pénal, le médecin peut être consulté sur la question de savoir si l’individu que l’on suppose aliéné, l’est ou non, soit qu’il s’agisse de l’interdire, de l’empêcher de contracter mariage, d’annuler cer- . tains engagemens qu’il aurait pris, ou bien d’apprécier la validité des excuses qu’il fait

MALADIES INTELLECTUELLES. a5l yaloir pour faire tomber l’accusation portée contre lui.

Dans l’état actuel des connaissances acquises, les maladies intellectuelles sont de deux sortes : i® l’idiotisme; 2° la folie proprement dite. Il convient de traiter séparément de chacun de ces différens états.

§ I*f. — De Vidiotisme et de V imbécillité.

Les pathologistes modernes considèrent comme idiots les individus dont les facultés intellectuelles n’ont jamais acquis leur entier développement ; et, comme imbéciles, ceux dont les facultés se sont développées à un certain degré, mais point assez pou^ qu’ils puissent remplir convenablement tous les devoirs imposés à l’individu et à l’homme social.

Les uns et les autres sont remarquables, en ce que le défaut de développement de l’intelligence s’allie constamment à une mauvaise conformation du crâne, correspondant à une conformation analogue de l’encéphale.

Les caractères extérieurs qu’ils présentent, sont assez prononcés et assez positifs, pour qu’il soit impossible de se méprendre sur

a5a MÉDECINE LBGàLE.

ieur compte ÿ lorsqu’on les examine avec quelque soin.

Il n’est que trop évident que ces infortunes ne peuvent jamais s’élever jusqu’à la, conception des vérités morales; que, plus ou moins, iis sont dominés par un instinct aveugle, qui seul est le régulateur de leurs actes, le mobile de leurs déterminations, si tant est que l’on puisse admettre qu’il y ait détermination là où l’intelligence ne peut se faire jour.

Lors donc qu’un individu, ou ses ayans cause, se prévaudront devant les tribunaux du fait d’idiotisme ou. d’imbécillité, il s’agira de constater l’état de l’individu (i), et de chercher à établir si celui dont il s’agit a eu dans sa famille quelques proches parens frappés du même vice; si, pendant sa grossesse^ sa qière a éprouvé de vives affections morales, et si lui-méme n’a point été atteint, dans son enfance, d’affections cérébrales, de convulsions qui, comme chacun sait, suffisent pour déterminer l’idiotisme ou l’imbécillité.

(i) F. Dans la Pituolocib nTB>nE, les symptômes de cet étal.

MALADIES fJSTELLEGTUELLES. a53;

§ II. — De la folie.

La folie ne constitue pas un étàt un, qui soit le même chez tous les individus et dans toutes les conditions. Aussi, les pathologistes ont-ils admis plusieurs espèces d’aliénations mentales, qu’ils ont appelées manie, monomanie et démence^ selon que le délire est général, partiel, ou consiste dans un état de complète inertie physique et morale.

Quelles que soient les causes qui aient produit une aliénation, ce dont noi^ n’avons pas à nous occuper ici, on reconnaîtra qu’un individu est maniaque, toutes les fois qu’il ne j)résentera aucune suite dans ses pensées ou ses déterminations, qu’il déraisonnera sur tous les points. Si au contraire le délire ne roule que sur un seul sujet, ou bien si , dans un délire général, une série d’idées dominantes absorbe les autres facultés , alors l’individu est monomane. Ces derniers sont surtout remarquables, en ce qu’ils paraissent raisonnables tant qu’on ne les entretient pas de l’objet qui constitue leur folie.' Souvent même ils conservent assez d’empire sur eux-mêmes pour dissimuler leur

a54 MÉDECINE LÉGALE.

état, en ne parlant jamais des idées qui les préoccupent. L’individu qui est en démence se reconnaît à ce qu’il conserve à peine le souvenir momentané du présent, tandis que sa mémoire lui retrace avec fidélité les choses qui sont passées depuis un témpsplus ou moins long; en ce qu’il n’y a aucune liaison entre ses idées, sesjugemens et ses déterminations. Du reste, rien de plus variable que les symptômes de la démence. Les uns rient et d’autres pleurent sans motifs; chez quelques-uns, il y a de courts intervalles de lucidité, tandis que d’autres vivent dans une démence continuelle.

§ III. — Valeur des motifs basés sur les maladies intellectuelles.

Il est inutile d’insister longuement pour prouver que tout individu atteint de manie et de démence proprement dite, ne peut être responsable de ses actes. La législation le reconnaît, et se trouve ainsi d’accord avec la science; il n’en est pas de même pour la monomanie. Quelques procès récens, dans, lesquels la monomanie a été alléguée, ont

■fiPC

MAL/iUIES IWTELLECTÜELLES. a55 éveillé l’attention des savans, et les organes du ministère public se sont trouvés en désaccord avec les médecins, seuls juges compétens en pareille matière. Une lutte inégale s’est engagée , dont le résultat fut de laisser la question indécise. Cela devait être : il est impossible aujourd’bui de tracer une ligne de démarcation précise entre le monomane et l’homme qui n’est que passionné. Cependant l’humanité voulait que sur le simple doute le glaive de la justice se détournât de la tête des accusés auxquels je fais allusion; la morale le voulait aussi, car la société n’a aucun droit de frapper un de ses membres qu’autant que le crime lui est évident; et lorsqu’elle arguë, pour suivre une marche contraire, de l’intérêt de sa propre conservation , elle oublie qu’avant tout elle doit être juste, fait preuve de faiblesse en reconnaissant à un individu isolé plus de force qu’à elle-même, et méconnaît cette vérité, que l’intérêt social, vu de haut , ne peut jamais être en opposition avec ce qui est juste et moral.

La question de la monomanie ne peut, au reste , être résolue qu’en suivant une au-

25g • M£D£CI^E legale.

^tre voie que celle suiviejusqu’à présent, c’està-dire autant que la physiologie et la

psychologie seront assez avancées pour déterminer avec rigueur quelle influence les loîslntellectuelles reçoivent de l’organisme; et jusqu’à quel point la liberté humaine peut se conserver intacte au milieu du trouble des passions. Ce travail est tout entier a faire. •

' Du reste, toutes les fois qu’il s’agit d’interdire un aliéné, il faut y procéder avec la plus grande circonspection, et encore ne la faire prononcer qu’après avoir soumis le malade à un traitement méthodique. 11 est trèS'Sage , en effet , de ne prononcer l’interdiction d’un aliéné que lorsque la maladie est passée à l’état chronique , ce qui a lieu ordinairement au bout d’un an.

Quant aux monomanes, leur interdiction peut être différée avec moins d'incouvéniens , à moins qu’ils ne soient furieux , et qu’ils ne cherchent à nuire à autrui , cas auquel il convient de les isoler avec le plus grand soin. S’il fallait assigner une limite précise où un monomane doit encourir l’interdiction, la chose serait impossible; et il

MALADIES INTELLECTUELLES. 2 57 ^ est de fait que scvent on a enfermé des vi-, sionnaires, des extatiques pour des monoxnanes.

Une forflc de maladies peuvent produire un délire moméntanc ou persistant, et réa- ‘ gir assez sur le cerveau, pour que Ton soup> çonne qu’un Individu ne soit pas sain d’esprit en faisant son testament ou .en contractant une obligalion quelconque. Toutes les maladies aiguës assez intenses pour réagir sympathiquement sur l’encéphale, peuvent amenèr ce résultat. Mais, dans ce cas, le délire n’est que passager, et cesse avec la cause qui l’a produit. Il suffira donc , pour dissiper les doute», de recortnaîtré la mala- • die primitive, et, que le délire soit sympor ihique ou idiopathique , il importe peu; si le testament ou l’obligation ont été contrac- * . tés pendant l’accès, nul doute que l’obligation ne soit nulle; car, dans ce cas, l’in di- ^ vidu ne jouit point de son libre arbitre.

^ IV. — De V ivresse.

■ Dans l’état d’ivresse , il y a perturbation complète dès facultés intellectuelles ; tout homme qui commet un crim^ dans cet

HY& IBME PüBL. ET MÉü. LÉG. I7

a 5^ MlÎDECIIÎE LÉGALE.

état ne peut en être responsable; seulement^ il est répréhensible pour s’élre epivré. Du reste , les symptômes de cet état sont si évidens que l’avis du médecin est le plus souvent inutile, les preuves testimoniales suffisant dans le plus grand nombre des cas.

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