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De nos jours , plusieurs auteurs ont désig^ne sous le titre de Médecine publique , et quelquefois sous celui de Médecine politique^ Tapplication des connaissances médicales à la conservation de la santé publique et aux questions judiciaires. D’autres ont traité à part de ces deux sciences sous les titres de* Médecine légale et èü Hygiène publique.
Ces deux manières d’envisager le sujet qui nous occupe ont leurs avantages et leurs înconyéniens. En effet, autre chose est de tracer les règles propres à la conservation de la santé des populations , autre chose est d’indiquer les moyens d’éclairer da justice sur la nature et la cause des crimes com- HYGIÈNE PUB. ET MED, lÉG. I
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mis sur les membres du corps sôcial. Néanmoins, si, faisant abstraction des moyens qu’emploient ces deux sciences , on les envisage dans leur résultat, on voit qu’elles ont une fin commune, qui est la conservation actuelle de la société ; et comme , d’un autre côté , l’administration de la justice n’est qu’un des rouages de la machine poli- , tique, tout concourt à justifier l’opinion de ceux qui pensent que la médecine légale et l’hygiène publique ne sont que deux parties d’une même science.
Cependant , à toutes les époques historiques et chez tous les peuples , nous trouvons quelques rudimens d’institutions hygiéniques, tandis qu’il faut arriver jusqu’aux temps modernes, et même à une époque assez rapprochée de la nôtre, avant de rencontrer aucun vestige de Médecine judiciaire. Toutefois il est probable que, dans l’antiquité, il existait quelques moyens, bien imparfaits sans doute, d’éclairer la justice; mais que pouvait être la médecine légale à une époque où l’anatomie, la physique et surtout la chimie étaient à peu près nulles ? Essayons cependant de remonter à l’origine de ces
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sciences, de les suivre dans leurs développemens et leurs vicissitudes, et d’indiquer leurs progrès désirables.
A quelque époque de la civilisation que nous remontions , nous voyons que les législateurs ont tracé des préceptes d’hygiène plus ou moins appropriés aux besoins des peuples qu’ils étalent appelés à régir. C’est ainsi que dans les livres religieux de l’Inde, de l’Egypte et de la Perse, on trouve la^ défense de certaines pratiques , tandis que d’autres sont commandées et revêtues de la sanction religieuse. Les modernes ont eu tort de penser que les tliéocrates anciens n’avaient d’autre but que de pourvoir au bien-être physique des nations, et que les dogmes religieux qu’lis enseignaient n’étaient là que pour répondre à la grossière ignorance des premiers hommes. A l’origine des temps, toute science était contenue dans les livres religieux, et, comme de tous les besoins, de toutes les pensées de l’humanité, il n’en est pas de plus élevée ni déplus puissante que l’idée religieuse, il nous paraît impossible de prétendre subordonner' les doctrines dçs tliéocrates anciens aux
préceptes hygiéniques qu'ils ont enseignés, absurde de réduire toute conception humaine à ridée de l’existence actuelle.
' Quoi qu’il en soit , l’hygiène retracée ‘ dans les livres dont nous parlons était fort iumarfaîte. Quelques règles diététiques , l’oDservance de certaines ablutions , variables selon les castes , voilà à quoi se réduit toute l’hygiène des Indiens. Chez les Perses, on trouve déjà que la science qui nous occupe a pris çlu^ d’extension. En effet,non- , seulement ^Zoroaifre règle le régime , mais encore H1 s’occupe ^àvçc soin de l’éducation des enfans, bien que- les règles qu’il enseigne n’àtteignent^poînt le but et soient plus propres à faire? de barbares sauvages que des hommes civilisés. En Egypte, de nouvelles ^coutum^ss s’établirent; chaque classe avait son hygiène : autre devait être la manière de vivre d es prêtres ,• autre celle des différentes classes .de la société. Mais parut Jloïse , et avec lui u ne loi nouvelle fut promulguée. Plus parfait!® que toutes les législations antérieures , la loi mosaïque développe et perfectionne ce qui avait précédé :
ainsi , outre les préceptes . qui lui sont com-
muns avec les autres législations, elle s’occupe de régler les conditions du mariage, prohibe certaines espèces d’animaux, détermine l’ordre et la nature des bains et des ablutions. Cependant, tous ces préceptes ne sont encore que des ébauches de l’hygiène, et n’indiquent point quelle direction elle prendra à une époque plus reculée.
Le fondateur de l’école Italique a été vanté dans ces derniers temps comme étant le père de la diététique. A ce titre, nous n’avons point à nous en occuper, car ce n’est là que de l’hygiène privée. 11 en est autrement des législations de Lycurgue et de Solon. Lycurgue surtout, chef d’un peuple conquérant, s’attache à faire des Spartiates des hommes capables de braver toutes les intempéries, de supporter toutes les privations. Persuadé que l’avenir d’un peuple , repose entièrement sur les générations qui s’élèvent, c’est vers l’éducation des enfans qu’il tourne tous ses soins , et il la met en harmonie avec son but politique. Ainsi, pendant cette première époque, l’hygiène publique se présente à nous constamment subordonnée, tantôt aux doctrines religieuses,
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tantôt aux idée» politiques, et la médecine légale n’existe point encore.
Avec la philosophie de Socrate surgit une nouvelle civilisation , et les sciences prirent de nouveaux développemens. Avant lui , la Grèce possédait quelques institutions hygiéniques dont l’origine remonte au temps de Lycurgue, et qui se développèrent en se propageant. Nous voulons surtout parler delà gymnastique, dont les heureux effets furent si bien appréciés à cette époque.
Iccus et Hérodicus sont réputés pour avoir porté cet art à un degré très-élevé. Platon.
lui-méme ne dédaigne point , dans la répu-, blique et les lois, de s’occuper de l’hygiène publique; mais il n’en traite que passagèrement. Hippocrate , le premier de tous , résulte toutes les connaissances du temps, étudie l’influence des climats , des mœurs et des formes de gouvernement ; les préceptes qu’il trace , déduits de l’observation , portent l’empreinte de son génie , et s’ils ne sont plus applicables à notre civilisation moderne, néanmoins on y trouve encore des faits précieux et des vues importantes.
On sait avec quel soin on s’occupa,, à
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Rome, d’hygiène pubiiqiie.Tout ce qui avait rapport à la salubrité de la ville y était réglé par la classe de magistrats appelés Ædiles. C’est à eux qu’appartenait le soin de veiller à ce que tout ce qui se rapporte à la salubrité des habitations , fût convenablement éxécuté ; en un mot, i\s dnvaifnt régler toutes les branches de la police méc^cale.
Il est également probable qu’à cette époque il existait au moins quelques pratiques relatives à la médecine légale; mais nous n’en trouvons aucune trace dans les auteurs.
Celse et Galien se sont aussi indirectement occupés d’hygiène publique. Le premier, dans son traité de Re înedicâ, indique les précautions hygiéniques que doivent observer les hommes livrés à certaines professions, sans chercher à ramener ces principes à aucun point de vue social. Galien , qui a commenté le traité d’Hippocrate des K aux y des Airs et des Lieux y ajoute peu aux préceptes de son maître. ,
Les médecins grecs et arabes qui succédèrent à Gali# et se bornèrent à développer, le plus souvent à gâter ses écrits, n’ajoutèrent rien à la science. Nous sommes
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•même obligés, de traverser tout le moyen âge, sans rien trouver qui se rapporte à notre sujet; on commente Hippocrate et Galien ; l’alchimie, l’astrologie prennent faveur et sont cultÎT^e^avec. un zèle dont on troi|ve p%i d’exeqiples.
Enfin fin. ^i^cle\ du temps^de François. J®' et de Charles*Quihl , on commence à sentir %y*«oessité d’appliquer la médecine aux lois. En 1606, Henri IV délivre des lettres patentes à son premier médecin , par lesquelles il lui confère le droit de nommer deux chirurgiens dans chaque ville, chargés de faire les rapports en justice. L’ordonnance de 1667, rendue par Louis XIV, développe celle de Henri IV en lui donnant tme utile extension.
Antérieurement à ces actes législatifs qui furent en France l’origine des travaux scientifiques en médecine judiciaire , Gharles- Quint rendit une ordonnance qui fut la source des premiers écrits que publièrent les Allemands sür cette matière. Le plus célèbre d’entr’eux fut Bernard MicÜ^ f^a/entini, qui, dans ses Pandectes médico-légales , sut résumer toutes les connaissances répandues dans
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les écrits de Benner, Brunner et' plusieurs autres.
A la même époque, c’est-à dire au i6* siècle, l’Italie produisit aussi quelques écrits sur la médecine légale , dont les plus célèbres sont ceux de Fortvnatus Fidelis et de Zebiriits Ammannus. Lemalheur est que, dominés par les idées de leur siècle, ces hommes virent la science qui les occupait plutôt en casuistes qu’en médecins. Aussi leurs écrits ressemblent-ils plutôt à une controverse scolastique, qu’à un œuvre scIentiGque. Paul Zacchias y qui dans ses Quœstiones medico»
legales tenta de résumer les connaissances acquises, sut éviter en partie les défauts de ses devanciers, sans y échapper complètement.
En France, nous ne trouvons aucun écrit' sur la matière. A cette époque , Pigray, chirurgien de Henri III, est le seul qui dans ses travaux chirurgicaux inséra quelques rapports judiciaires. Mais au 17® siècle, Ambroise Paré publia son Traité des rapports, qui • pendant plus d’un siècle fut le seul guide des chirurgiens, avec le traité de Devaux. Et c’est avec ces faibles ressources que nous arrivons jusqu’au 18* siècle, où la médecine légale,
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mettant à profit les' découyertes nombreuses que firent les sciences, prit de nouveaux développemens et commença à être le sujet d’un enseignement public.
Depuis la renaissance dés lettres jusqu’au i8e siècle, que devintThygiène publique? on ne s’en occupa point. On cultiva avec soin l’hygiène privée, et dans plusieurs écrits relatifs à la médecine et à la physiologie, on rencontre çà et là d’importantes considérations sur l’influence des mœurs, des climats, etc., sur la santé ;'mais on n’essaie point de s’élever jusqu’à la' considération du bien-être des masses'.
Au iS® siècle, personne n’essaya de ré- ^ duire l’hygiène publique en corps de doctrine. Cependant on publia plusieurs écrits sur la matière ; les collections académiques, et entre autres la collection de VAcadémie royale des xiences , contiennent un certain nombre de mémoires qui se rapportent directement à notre sujet. C’est ainsi que Ténon présenta d’excellentes idées sur les infirmeries des prisons et sur les hôpitaux ; que Laplacey du Séjour et Condorcet étudièrent le mouvement de la population; que