TERMINAISONS DE L’INFLAMMATION
disposition relativement perfectionnée de l’organisme, celle-ci entraîne une foule de maladies inconnues aux autres espèces. Il serait donc injuste d’attribuer , avec quelques philosophes moroses , la plupart de ces affections , aux erreurs et aux folies de l’homme, puisqu’il y est en quelque sorte dévoué par son tempérament et sa constitution. Mais d’un autre côté, parce que la médecine ne parvient pas toujours à prévenir ou à suspendre leurs ravages , soutenir qu’elle ne le peut jamais , ne serait pas moins erronné. Faut-il nier sa puissance parce qu’elle a des limites (i); autant vaudrait exiger qu’elle rallumât le flambeau de la vie dans un cadavre, ou qu’elle empêchât de mourir. C’est le secret de Prométhée que la jonglerie peut seule exploiter aux dépens de la crédulité.
Chronicité. — - U inflammation est souvent enrayée dans sa marche par les moyens que lui oppose une théorie rationnelle, éclairée par une sage expérience. Mais il n’est pas rare non plus que , toute méthode de traite-
{>) Quia tegri non omnos convalcscunt , dit te prince des orateurs romains, non ideircù ars nulla medicina est.
CHRONICITE. 7!
ment demeurant inutile , la maladie par-
coare ses périodes accoutumées pour se terminer d’une manière plus ou moins funeste.
Nous avons indiqué déjà à cet égard la suppuration et la gangrène; suivantl’ordre rigoureux , cet exposé devait commencer par la résolution , dénomination consacrée pour désigner l’espèce de terminaison par laquelle Y inflammation se dissipe sans changement notable dans les parties, et sans évacuation de produits hétérogènes sensibles , après un temps de durée variable. Mais l’objet qui doit sur-tout fixer ici notre attention, c’est le passage de la phlegmasie à Y état chronique , c’est-à-dire sa prolongation sous une forme lente, et le plus souvent désorganisatrice , source de tant d’affections cruelles longtemps méconnues , et qui , ne pouvant avoir lieu dans les irritations proprement dites , fournit une nouvelle preuve de la distinction que nous avons établie entre ces deux degrés de maladie.
Cancer , induration ou squirrhe. — Voulezvous prendre une idée des tristes effets de l’affection la plus déplorable? Suivez-nous un instant dans les asyles consacrés à l’in-
liotiz
7^ TERMINAISONS DE l/lNFJûAMM A TI ON.
fortune et à la douleur? Jetez les yeux sur ce malheureux qui , comme Tantale, se voit' mourir au milieu des mets qu’il appète vainement, parce que son estomac les repousse sans cesse : il est atteint d’un squirrhe nu pylore , dont l’origine a probablement été u ne gastrite légère , trop souvent entretenue depuis, par un traitement défavorable oa par l’intempérance. Plus loin , vous apercevez une femme dont le sein est la proie d’un horrible cancer ; au temps de sa prospérité , elle craignit d’altérer les contours de ces organes , en faisant servir , suivant le vœu de la nature , le fluide qu’elle y produit, à l’alimentation des enfans dont elle fut mère. Trop souvent des topiques irritans empêchèrent même que cette liqueur bienfaisante s’y formât ; tandis qu’une compression continuelle dans des corsets étroitement serrés, et l’emploi journalier des cosmétiques , les disposaient pour un moins noble usage. Qu’est-il arrivé? Ces parties sensibles et délicates, perpétuellement froissées et soumises à des impressions irritantes , sont peu à peu devenues le siège de douleurs plus ou moins vives; un engorge-
CANCER, SQUIRRHE. # " . ’j'i
ment n’a pas tardé à les suivre*'; et , au lieu d’invoquer les lumières d’un médecin lorsqu’il en était temps encore, l’aveugle préjugé l’a soumise aux vaines promesses du charlatanisme et aux dangereuses recettes du commérage. La tumeur , considérablement accrue à mesure qu’elle prenait un degré de dureté plus notable, a rapidement atteint le terme de son développement , et alors elle s’est ouverte pour donner passage, au milieu des souffrances les plus atroces , à une suppuration sanieuse dont la formation épuise lentement les matériaux nutritifs , pendant que la douleur achève de briser l’existence d’une infortunée qui n’attend plus que la mort , pour dernière ressource à sa souffrance et à sa misère.
L’observation fait voir dans les deux cas précédens la dégénéra tion la plus affreuse succédant à une phlegmasie quelquefois superficielle. C’est ici l’occasion de rappeler un principe de physiologie pathologique des plus importans, savoir : que la gravite des maladies dépend souvent de la constitution et du tempérament des personnes qu elles affectent. Appliqué particulièrement à la forma-
74 inflammation chronique.
tion du cancer , il montre comment, par une combinaison particulière des élémens organiques, elle devient chez quelques individus extrêmement facile, et pour ainsi dire, inévitable. Ces deux exemples suffiront , je crois , pour permettre de concevoir maintenant les bases de la nouvelle docti’îne médicale sur cet ordre d'affections, et en faire l’application à tous les tissus de l’économie. Comme on l’a vu , c’est à Yinflammation chronique , entretenant une irritation et une tuméfaction permanentes dans les organes où elle intéresse plus particulièrement les vaisseaux lymphatiques , que cette dégénération en squirrhe ou endurcissement , et en cancer, deux degrés divers d’une affection identique, doit être rapportée. Nous l’avons montrée sur les deux surfaces de l’estomac et de la peau, pour le squirrhe au pylore et le cancer des mammelles ; il eût été également facile de la suivre dans le système osseux , où elle développe l’affection nommée ostéosarcome , dans les poumons, où elle prend le nom de tubercules (i) , mais nous allons la montrer
(i) Voyez plus loin le chapitre de l'hérédité des maladies.