‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 30 sur 66 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Irritations hémorrhagiques .

V inflammation n’est pas le seul mode d’irritation que les vaisseaux sanguins sont susceptibles d’éprouver ; il arrive fréquemment quelle détermine l’écoulement de sang que les pathologistes désignent par le mot hémorrhagie. Celle-ci diffère essentiellement de la phlegmasie, puisque la surabondance du sang , indispensable pour cette dernière, ne peut exister dans l’autre qui le dissipe , au contraire, d’une manière plus ou moins prompte. Si les médecins physiologistes eussent bien apprécié l’importance de la distinction à établir entre Y irritation proprement dite et Y inflammation, ils n’auraient pas confondu , comme la plupart le font encore , les irritations inflammatoires et hémorrhagiques. On peut même avancer qu’il y a incompatibilité presqu’absolue entre ces maladies , à moins qu’on ne les considère dans les cas où l’inflammation a détruit la texture organique , et où le sang s’échappe à la faveur de

HÉMORRHAGIES EXTERRES. §1

V érosion des vaisseaux , ainsi que cela s’observe, par exemple, dans la phthisie pulmonaire. Ce cas ne diffère en'rien des hémorragies que déterminent les plaies ordinaires, ainsi qu’on le verra plus en détail dans le traité de chirurgie. La plupart du temps, l’un des états dont il s’agit, affaiblit sensiblement , ou même fait complètement cesser l’autre. C’est encore , pour ne pas abandonner l’exemple précité, ce qui arrive dans les premiers temps <\e.s hémoptysies oxxcrachemens de sang qui cessent ordinairement lor sque l’inflammation les remplace dans les organes respiratoires. Inflammation et hémorrhagie s’excluent donc réciproquement ; l’une et l’autre cependant appartiennent au même élément d’irritation , et cèdent aux mêmes moyens de traitement.

Section première.

Hémorrhagies externes.

U hémorrhagie peut arrivèr par divers points du corps vivant. On a, dit-on, observé plusieurs fois de véritables sueurs de sang; et Louis xt; s'il faut en croire les historiens, périt d’une maladie semblable. Quoi qu’il en

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soit , les cas de cette espèce sont au moins fort rares. Toutes les fois , en effet, que le sang s’échappe par la surface cutanée, c'est qu’il y existe quelque déchirure, ulcération ou autre disposition analogue propre à lui donner passage. Engénéral d’ailleurs lesécoulemens sanguins qui se font par cette voie ne sont que supplémentaires d’autres évacuations sanguines que certains obstacles empêchent de se produire parleurs voies ordinaires. La plaie d’un vésicatoire est devenue quelquefois, par exemple, chez certaines femmes le terme de leur hémorrhagie périodique.

Il peut arriver que l’hémorrhagie se fixe sur les poumons ou l’estomac , et alors se manifestent tous les mois des crachemens ou des vomissemens de sang qui appartiennent à la cause que nous venons d’indiquer, mais présentent toujours des chances beaucoup plus défavorables en raison de l’importance relative des organes.

Le scorbut offre quelque chose d’analogue à Y hémorrhagie cutanée , puisque les taches et les ulcérations dont la peau fcst le siège dans cette maladie , fournissent quelquefois

SC0ÏIBUT, hémoptysie: 9 3

une évacuation sanguine abondante. Mais , sans examiner la question controversée de l’altération intime des élémens du sang chez les individus atteints de cette affection, nous signalerons les avantages immenses apportés à cet égard dans la santé des marins par les applications d’une hygiène éclairée. La science en est sur-tout redevable aux travaux de M. Kéraudren , inspecteur-général de cette partie du service sanitaire.

Les membranes muqueuses sont le foyer le plus ordinaire des hémorrhagies. Celles dont nous avons parlé d’abord, comme pouvant remplacer la perte menstruelle , s’y développent par une infinité de causes qui font naître l’irritation dans les parties à travers lesquelles le fluide sanguin s’échappe. L’une constitue le crachement de sang ou l 'hémoptysie, et a son siège dans la membrane muqueuse pulmonaire ; l’autre, qui a reçu le nom d’/i érnatém èse ou 'vomissement de sang , provient de la membrane interne ou muqueuse de l’estomac. Il serait superflu de s’arrêter sur l 'épistaxis ou hémorrhagie nasale , qui prend sa source dans la muqueuse du liez ou pituitaire.

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La dyssenterie n’a besoin que d’être nommée pour rappeler la plus cruelle des hémorrhagies par les douleurs atroces dont elle s’accompagne ; c’est dans la membrane muqueuse du gros intestin qu’elle a son point de départ. ,• '

Nous mentionnerons enfin, parmi d’autres affections du même genre, Y hématurie ou hémorrhagie de la muqueuse vésicale qui coïncide si fréquemment avec l’existence des calculs et de ces catarrhes de vessie , que la vie sédentaire rend si fréquens chez les hommes de lettres. Voltaire , JBuffon , d’Alembert, en furent particulièrement atteints dans le dernier siècle, et cetle fâcheuse infirmité ne laissa pas que de contribuer peut-être à ces accès d’humeur et de tristesse que respirent trop souvent leurs ouvrages. On a beau lutter , le moral se laisse toujours mener par le physique.

Dans les divers cas d’hémorrhagie que nous venons de signaler, le sang se produit toujours au dehors, et c’est le caractère qui nous a fait adopter pour leur désignation , le titre à' hémorrhagies externes. Mais il peut arriver que le sang soit épanché hors de ses

HÉMORRHAGIES INTERNES. g5

vaisseaux, sans que rien à l’extérieur indique cette circonstance ; le sang se répand alors dans l’intérieur des cavités , comme le basventre , la poitrine, la, tête; nous les nommons en pareils cas, hémorrhagies internes.

Section II.

Hémorrhagies internes.

On peut se faire aisément une idée du danger , ou plutôt des suites presque nécessairement mortelles de cette espèce d’affection. Elles dépendent en effet, la plupart du temps, de la rupture des gros vaisseaux, comme les veines caves, le cœur lui-même; et joignent ainsi la compression que le sang , sorti de ses réservoirs ordinaires, doit naturellement exercer sur les viscères environnans, au danger inséparable de toute * altération brusque et profonde du système organique le plus important de l’économie.

De pareilles lésions étant toujours au-dessus des ressources de l’art , le médecin se 1 console de manquer d’indices bien fixes sur leur existence , puisque , mieux éclairé à cet égard , il ne trouverait qu’un nouveau motif pour déplorer son impuissance. Ainsi

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des individus meurent presque subitement , offrant des symptômes dont il est presque impossible de déterminer la nature et la cause; l’ouverture du cadavre fait découvrir un épanchement sanguin considérable dans le bas-ventre, résultant de la rupture d’une grosse veine abdominale ; qu’eût pu faire la médecine , alors qu’il lui eût été permis de pénétrer le mystère de ce funeste accident? v

Mais il peut atteindre le cœur lui-méme, ce qui ne le rend, comme on peut le présumer, ni plus facile à saisir, ni moins redoutable. Le célèbre Corvisart dit , dans dans son traité des maladies du cœur, avoir observé que la colère , la joie , en un mot , tontes les passions vives et excitantes, sont . les causes les plus fréquentes de la rupture de ce viscère. Il ajoute que les troubles de la révolution, qui firent sur les divers individus des impressions si opposées , multiplièrent sensiblement les ruptures du cœur.

En vain demanderait-on à la médecine un moyen efficace contre cette lésion funes-

te qu’elle ne saurait prévoir et moins encore guérir, et pour laquelle il est permis de rap-

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peler ces terribles paroles du Dante : ici , plus d’ espérance ! Que l’hygiène , en réglant d’une manière sage et éclairée le régime alimentaire de l’homme et ses rapports dans la vie sociale, le prémunisse donc contre de pareils maux qu’il faut s’attacher à prévenir , puisque non pas seulement les guérir, mais les modérer , est impossible.

Parmi les hémorrhagies internes t la plus commune, sans aucun doute, est 1’ dpopleocie.T out le monde sait que le cerveau est le siège de cette affection , mais peu de personnes peut-être, du moins hors de la classe des médecins , savent exactement en quoi elle consiste. Il y a même encore , parmi ces derniers, quelques divergences d’opinion à cet égard. Les uns, entre lesquels il suffît dé citer le Morgagni français , M. le professeur Lallemand, de Montpellier, soutiennent que la rupture des vaisseaux, et dès-lors l’épancliement sanguin , existent toujours dans cette maladie ; tandis que beaucoup de médecins dont nous partageons le sentiment , pensent que dans beaucoup de cas , il n’y a que stase sanguine et congestion cérébrale sans hémorrhagie proprement dite.

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On peut assurer au reste que les obser- ^ ations des médecins de nos jours , sur cet ordre de maladies , forment un des titres de gloire les plus solides de l’époque. Pour n’en citer qu'une particularité , les anciens qui , iiisqu'à Morgagni , n’avaient apprécié que très confusément les rapports des symptômes des maladies , avec les traces de lésion découvertes par l’ouverture des cadavres , ignorèrent totalement la disposition organique coïncidente avec les retours , quelquefois multipliés, des épanchemens apoplectiques. C’est aux observateurs contemporains qu’est due la connaissance de ces kistcs ou poches séreuses , formées par une lymphe coagulée autour du fluide épanché , et qui , après avoir servi à son absorption , rapprochent leur parois en s’unissant, et ne présententplusalorsàlavue que des traces linéaires semblables à de véritables cicatrices. La même observation a été faite pour l’organe pulmonaire , où la possibilité de la cicatrisation se trouve ainsi démontrée. Une réflexion consolante, qui découle naturellement des faits précédens, et que nous nous plaisons à opposer à celle que nous avons exprimée

TERMINAISONS DBS HEMORRHAGIES. 99

un peu plus haut, c’est l’impossibilité d’as* signer avec certitude , le terme auquel doit parvenir , quand elle suit une progression lente et graduée , l’altération d’un organe quelconque , avant d’être nécessairement mortelle ; ce qui fait encore suffisamment ressortir l’absurdité de la doctrine qui proclame Y incurabilité absolue de certaines maladies; (1).

Section III.

Des terminaisons et effets consécutifs des hémorrhagies.

Au nombre des affections que l’on était dans l’usage de considérer comme la suite plus ou moins immédiate des pertes de sang , se trouvaient particulièrement les hjrdropisies. Rien de moins exact qu’une pareille étiologie. Tout ce qu’on peut dire à cet égard , c’est que ces deux ordres d’accidens ont quelquefois la même cause, comme les obstacles de la circulation , l’en gorgement plus ou moins prononcé , et l’ir*

(i) Voycï 3c. partie, Maladie» héréditaire»

100 HYDROPIS1ES.

ritation de quelques organes (i). Mais un autre effet beaucoup plus grave, attaché à la persévérance des hémorrhagies , existe dans la prédisposition aux inflammations chroniques , que ces évacuations favorisent singulièrement , à cause de l’irritation qui les produit et les entretient elles-mêmes.

Ainsi que nous l’avons observé , les hémorrhagies cessent lorsque l’inflammation est bien établie, pour reparaître lorsque celleci a détruit la texture organique. Telle est la source des pertes sanguines , qui achèvent d'épuiser la constitution des femmes , minées par ces inflammations chroniques de F utérus , si sujettes à devenir cancéreuses , et où nous pourrions puiser, s’il en était besoin, une nouvelle preuve à l’appui du principe qui commande d’attaquer les irritations et les phlegmasies dans leur source, pour empêcher ces dégénérations chroniques toujours si pénibles à supporter, quand elles ne sont pas au-dessus des ressources de la médecine !

(1) Voyex page 80, où il est démontré que tes hydropisies > loin d’être des maladies par elles-mêmes, ne sont que des suites ou des effets d’autres maladies.

TRAITEMENT

IOI

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