CHAPITRE VI
Méthodes de traitement des maladies sthéni •
que s.
On a dit , avec plus de malice que de .
raison , « que la médecine vienne sans le médecin », comme s’il s’agissait d’un principe abstrait de philosophie, que chacun soit libre d’interpréter ou d’appliquer à sa manière. « On pouvait ajouter , tout aussi sensément, dit Corvisart, qu’il faudrait que les maladies vinssent sans malade; et, en suivant cette ridicule idée, que n’a-t-on souhaité la physique sans physiciens , les arts sans artistes ? Disons le mot : autant valait demander le monde sans personne.
Quelle pitié ! Molière et l’auteur de Gil Blas ont mieux frappé le but ! » Le citoyen de Genève aurait -il donc préféré la médecine des gardes malades , aux soins du praticien que dirigent les lumières d’une sage théorie , et les données de l’expérience? A quoi dèslors aboutit un sophisme qui a séduit la tourbe des esprits superficiels ; à un jeu de mots sans signification , ou à cette vérité
loi maladies sthéniques.
triviale : qu’il y a dans la médecine , comme dans toutes les autres sciences , force iguorans, qui ne sont pas toujours les plus malheureux, ni le moins en crédit. Ah ! qu’il connut bien mieux, en effet, leur côté faible , l’immortel auteur du Médecin malgré lui et du Malade imaginaire , en se chargeant de réprouver le jargon barbare des médecins , et de châtier le ridicule de leurs habitudes ! A l’imagination qui s’égare dans la déclamation de Rousseau, comparez les résultats de l’observation judicieuse et piquante de Molière ; l’une est demeurée stérile comme toute pensée vide , l’autre a produit une révolution dans les mœurs de toute une classe d’hommes , et , ce qui ne vaut pas moins, dans le langage d’une science qui lui doit à ce titre une éternelle gratitude !
Section première.
Médecine expectante.
Avant déjuger légèrement les services de la médecine, « qu’on déchire si volontiers quand ou se porte bien , et qu’au jour du
MÉTHODE EXPECTAWTE. CRISES. Io3
danger on invoque avec tant d’ardeur, » a dit un écrivain, il faudrait peut-être consulter un peu plus l’expérience et la raison. Et d’abord , qu’est cette nature dont chacun parle et célèbre les bienfaits, sans la connaître? Est-ce donc une puissance occulte dont on doive suivre les ordres et respecter les volontés? Mais au lieu de ces illusions d’un langage métaphorique, considérez la triste réalité de ces efforts prétendus autocratiques, qui décident de la terminaison des maladies. Ce poète , dont vous savourez les riantes productions, ce penseur qui a consacré ses veilles aux progrès des connaissances humaines ; pourquoi seront-ils de préférence à tant de gens inutiles , victimes d 'apoplexies foudroyantes dont avec un peu plus de bienveillance, la nature aurait sans doute pu les garantir ? Mais enfin les voilà frappés ; fera-t-elle les premiers frais de leur guérison ; c’est bien le moins qu’on puisse exiger en faveur d’une vie si précieuse ? Comptez sur elle , et bientôt les muses en deuil, auront «à déplorer la perte la * plus cruelle. Ainsi donc, cette mère si tendre , cette nature si précautionaée, laisse
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pourtant périr dans ce cas son plus bel ouvrage; heureux encore quand elle ne tourne pas contre lui ses propres armes !
Les exemples à cet égard ne sont pas rares. Cet être intéressant commençait à peine la carrière de la vie; une coupable indifférence, ou un préjugé aveugle , ont empêché de le prémunir par le plus innocent et le plus sûr préservatif, contre cette redoutable maladie, fléau constant des grâces et de la beauté, quand elle n’entraîne pas la mort de ses victimes. Il est atteint de la petite 'vérole qui suit une marche rapide ; si du moins l’éruption parcourait régulièrement ses périodes , les jours de l’héritier d’un nom illustre, de la couronne des rois peutêtre, seraient encore en sûreté. Ainsi ne le veut pas la nature. Par erreur ou par caprice , le travail inflammatoire fixé invariablement à la surface cutanée , eût été sans danger, elle le transporte sur les principaux viscères ; une inflammation s’y développe, l’éruption s’arrête , et le malheureux succombe, alors qu’une voie si simple de guérison lui était ouverte !
La nature, commenous venons de le voir,
rMcssâ^’
MÉTHODE EXPECTANTE. CRISES. Io5 se trompe quelquefois; et la première conséquence à déduire de cette observation, c’est qu 'Hippocrate a dit d’une manière beaucoup trop générale: que l’art doit toujours marcher sur ses traces (i).lSon qu’il faille, comme Asclépiade, accuser la sage expectation du père de la médecine, de nétre qu’une froide méditation sur la mort ; sa conduite , si prudente à une époque où la médecine était encore au berceau , honore également son esprit et son caractère. Une appréciation plus exacte des lois organiques qu’Hippocrate décora du nom de nature , a permis seulement de ré<duire beaucoup des préceptes dont l’utilité n’a pu qu’être affaiblie par les conquêtes dont l’art de guérir s’est enrichi dans l’espace de vingt siècles. Si une comparaison pouvai t mieux faire comprendre l’esprit de la médecine expectante , elle se trouverait assez exactement dans la position de deux naufragés , dont l’un attendrait, immobile, que le cours naturel des vagues le jetât sur le rivage , tandis que l’autre lutterait contre elles de toutes ses forces, pour se sauver et atteindre le bord.
(i) Quù iiatura Trrgil . rù iluceiidum.
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Crises. — A la vérité, il se produit par fois spontanément de ces changemens brusques dansl'ordre des phénomènes organiques, qui peuvent abréger beaucoup et mémeterminer entièrement le cours des maladies. Une hémorrhagie considérable , des sueurs abondantes, ont mis fin très souvent à des douleurs de tête vives , et même à des encéphalites commençantes; à des rhumes parvenus jusqu’au degré du catarrhe pulmonaire ou de la pneumonie légère ; mais ce dont il est bien important de tenir compte , c’est que ces monvemens salutaires n’ont pas lieu dans les maladies graves où l’organisation est profondément affectée ; ce qui prouve assez combien il serait dangereux alors de les attendre et par fois même imprudent de les favoriser. Heureux le médecin à qui une pénétration facile et une expérience réfléchie ont permis d’annoncer et de prédire en quelque sorte , une de ces crises favorables ; son triomphe est certain et sa prépondérance désormais assurée. Ainsi autrefois Galien s’éleva au-dessus de ses rivaux , en pronosticant dans une circonstance , une hémorrhagie nasale qui eut lieu en effet, au grand
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