‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 37 sur 66 · EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EN GÉNÉRAL

C’est à cause de cette dernière circonstance qu’on a cru pouvoir dire que le lirownisme retourné faisait tout le fonds de la nouvelle doctrine médicale. Etrange effet de la prévention et de l’esprit de parti !

Le système de Copernic n’était non plus que le système retourne de Ptolémée (r) ; les antagonistes du premier ont-ils pour cela trouvé dans ce misérable argument une objection péremptoire? Mais certes il existe entre les deux doctrines des disparates qui prouvent bien mieux leur différence d’origine. Ainsi Brown , tout entier aux spéculations systématiques , et ne voyant point de malades , ne considéra jamais l’organisme qu’en masse , ne paraissant seulement pas se douter de l’intérêt attaché à l’étude si importante des affections locales. Il ne fut pas moins étranger à l’observation des phénomènes sympathiques que nous avons vu si utilement employés par les médecins physiologistes pour parvenir à la détermination du siège et de la nature des maladies. Ce qu’il y a de plus étonnant dans la vie de ce réformateur célèbre , ce n’est pas précisé-

(1) Voyez le Résumé d'astronomie.

14* MALADIES ASTHENIQUES

ment la fortune dont jouit si long-temps son système, puisque des erreurs bien plus grossières ont eu la même vogue, mais bien de le voir mourir victime de ses propres erreurs dans la force de l’âge. La goutte dont il était affecté, ne l’eût certainement pas conduit si promptement au tombeau , si , plus sobre ou moins systématique , il ne se fût donné , par l’abus le plus funeste des boissons excitantes , le germe de l’inflainmation abdominale à laquelle il succomba. Déjà Van-lielmont avait offert un exemple pareil d’obstination, en refusant de renoncer à son antipathie pour la saignée qu’exigeait une pleurésie , devenue par cette négligence promptement mortelle. L’amour de la gloire est-il donc assez vif pour étouffer tout autre sentiment humain ; ou bien faudrait-il absolument, pour assurer la destinée d’une secte, se sacrifier et mourir pour elle !..

Si la doctrine de Brown compte peu de martyrs , ce n’est pas qu’elle ait manqué de partisans. Malgré d’éclatans démentis , son règne n’est pas entièrement passé en Allemagne et sur-tout en Italie. L’Angleterre , livrée aux vieilles routines de la médecine

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humorale , est peut-être de tous les pays celui où , comme pour justifier le vieux proverbe que « nul n’est prophète chez soi » , les idées de ce réformateur ont été le plus froidement accueillies. L’école de M. Pinel créa, # • 7 à son imitation, sa nombreuse classe des maladies adynamiques , parmi lesquelles une espèce de fièvres se trouvait rangée. Le caractère unique sur lequel celte distinction reposait , était la débilité musculaire. Mais les progrès de l’anatomie et de la physiologie pathologiques, ont démontré combien ce diagnostic et cette étiologie étaient imaginaires. L'adynamie , en effet , ou cette faiblesse de l’action des muscles qui la constitue, se montre , suivant la constitution des individus, dans une foule de phlegmasies internes et notamment dans les pèripneumonies , ainsi que l’a fait voir M. Boisseau qui, le premier, a judicieusement distingué les cas de celte espèce (i). C’était donc une erreur grave que celle qui , prenant pour l’expression générale de la nature d’une maladie, l’indice trompeur d’une débilité fausse , exposait à porter flans l’économie et quelque-

(/ Pyrciliologic physiologique , troisième édition.

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fois sur les parties enflammées elles-mêmes, des irritations que ne pouvaient qu’accroître la concentration et l’irritation organiques déjà existantes. Une pareille découverte , qui appartient à notre époque , peut déjà seule donner les moyens d'apprécier la doctrine de Brown et celle des médecins véritablement physiologistes.

Nous avons vu d’ailleurs sur quel fondement erroné repose l’idée de faiblesse qui domine toute la pathologie Brownienne , puisque cet écrivain est parti, pour l’établir, d’une observation fausse et incomplète. Jlne faut donc pas y chercher une détermination claire et précise de la condition physique que ce mot exprime. Cependant Brown avait incontestablement été d’abord sur la bonne voie, quand il aperçut la nécessité de l’excitation pour l’entretien de l’action organique et par conséquent de la vie. Nous allons voir comment cette circonstance se lie , ou plutôt peut conduire à la solution de ces problèmes.

Section II.

Asthénie vraie.

Les hommes naissent «avec des dispo-

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ASTUÉ 31 E vraie. 145

sitions physiques et intellectuelles fort inégales. Il est évident que ces qualités respectives tiennent à une constitution correspondante des organes. Le défaut d’équilibre entre ces derniers n’est pas moins certain , et nous avons montré comment le développement natif, et l’excitation ou l’exercice, concourent à accroître l'énergie , la force des diverses parties du corps, en même temps qu’ils les prédisposent aux maladies sthéniques (1). Supposons maintenant le concours des circonstances opposées , c’està-dire un développement chétif d’organes que vous condamnez encore à l’inaction , que vous éloignez par conséquent de toute influence excitatrice; voici ce qui arrivera la partie s’affaiblira de plus en plus , c’està-dire que les fonctions y deviendront de moins en moins énergiques , et , pour peu • que cette influence continue , l’amaigrissement et l’atrophiene tarderont pas à s’ensuivre. Comme la disposition opposée, celle-ci est le plus souvent partielle, ou bornée à quelques organes ; mais ce qui la distingue, c’est qu’elle ne saurait se communiquer par sympathie aux

(1) Première partie , page 77.

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autresorganes.il en est, à cet égard, de l’économie animale , ainsi que de l’organisation sociale, où les individus actifs, intelligens'ou robustes tiennent le premier rang et communiquent leurs sentimens et leurs passions à la multitude, tandis que le mépris et l’obscurité sont le partage des êtres faibles ou apathiques. Mais, de même que la force d'inertie fait durer certains corps , il arrive aussi que la faiblesse est la sauve-garde de quelques individus moins exposés à devenir malades, et, s’il est permis de parler ainsi , ne s’usant pas aussi vite que le reste des hommes.

L’état négatif des organes que nous venons de signaler peut être considéré comme une prédisposition aux maladies , en tant qu’il favorise la prédominance de certains organes . C’est ainsi, pour suivrenotre comparaison , que l’indifférence ou la faiblesse des citoyens livre souvent le sort d’un état à l’ambition et au caprice d’intrigans adroits ou astucieux. La faiblesse n’est que relative dans le cas pathologique en question, puisqu’on observe en même temps un surcroît d’énergie dans certains organes. C’est ce que n’avaient jamais vu les Browniens, et qui toutefois est

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