‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 36 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l’asthénie ou faiblesse en général.

On peut comparer cet état des organes à la condition de l’homme qui, écarté pour ainsi dire de la route de la civilisation , yit et meurt dans la solitude , portant avec lui le germe des plus beaux talens et la flamme secrète du génie. Combien sont demeurés obscurs et ignorés, ^>arce qu’il ne leur a manqué que l’occasion de se montrer avec éclat dans le monde ! Mais si l’éducation , cette gymnastique précieuse des facultés intellectuelles, et sesauxiliai-

(*) Voyctle Tableau synoptique, à la fin de l'ouvrage.

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res naturels , l’émulation et l’amour de la gloire, sont nécessaires à l’existence morale de l’homme qui végète et s’énerve dès qu’elles lui manquent , Vexcitation lui est encore plus indispensable au physique.

Voyez bondir ce coursier' qu’une nourriture convenable et un exercice modéré entretiennent dans l’état de force et de vigueur, il dépérirait promptement si cette influence excitatrice lui était ravie. Condamnez de meme un homme à l’inaction , loin de l’iinprcssion bienfaisante de la chaleur et de la lumière , 11e le nourrissez que d’alimens grossiers et insuffisans , bientôt vous n’aurez plus qu’un être faible, chétif, étiolé, qui ne vous offrira qu’imparfaitement les traits de l’espèce humaine. Ce n’est pas qu’il faille à tous les hommes les mêmes excitans , ni le même degré d'excitation , mais elle est indispensable à tous , quelque diversité que présentent sa répartition et son intensité dans les organes. Ainsi, elle était fort différente, sans doute, chez Milou de Crotone et chez Voltaire. Cette inégale distribution existe aussi bien dans l’état pathologique ou maladif que dans l’état sain ou physiologique ; et

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cette circonstance, en. a même imposé pour extinction totale de l’excitation qui n’existe -véritablement qu’à la mort , sans quoi , comme l’a dit M. Boisseau, il serait possible de ressusciter un cadavre. * . *

Section Première.

Asthénie fausse .

On a cru long-temps au proverbe fameux, vox populi vox Dei , et, à la faveur de cette prévention , mille erreurs se sont soutenues ou accréditées. La question dont nous allons nous occuper en fournit un exemple bien saillant pour la médecine. Rien de plus simple en effet que la faiblesse , dans l’opinion vulgaire , et il faut convenir qu’il n’y a pas long-temps que les médecins se sont élevés au-dessus d’elle. Un individu jeune et robuste est atteint d’une pleurésie violente avec fièvre vive et accablement extrême ; n’est-il pas évident que ses forces sont épuisées , puisqu’il est dans l’incapacité de se mouvoir ! Mais on lui retire une livre de sang par la saignée, et le voilà

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qui reprend son agilité première ; croyez-

vous que le moyen soit de sa nature bien fortifiant ? Un autre est tourmenté d’une gastrite accompagnée de digestions pénibles, de malaise , de fatigue générale auxquels, dans ses préjugés de débilité ou d’asthénie , il n’oppose que le vin vieux, les analeptiques , le tout en pure perte , car la maladie ne fait que s’accroître. Il se décide enfin à changer de régime, fort étonné de se trouver dispos et guéri après quelques jours de diète. Ces deux exemples en diront plus sans doute que le meilleur commentaire , et ils prouveront qu’en médecine, ainsi qu’eu beaucoup d’autres matières , il est fort dangereux de juger sur les apparences.

On doit donc bien s’attacher à faire disparaître cet équivoque , car nous venons de voir qu’un indice trompeur de débilité peut exister avec un surcroît réel de force ; mais cette distinction n’est pas toujours facile à faire , et souvent elle devient l’écueil du savoir et de l’expérience. Peut-être seraitil convenable de renoncer tout-à-fait à ces dénominations par elles-mêmes si vagues , de force , faiblesse , et de leur substituer un

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langage plus en harmonie avec les effets de la disposition organique. Du reste ce, qu’on entend aujourd’hui par débilité dans les maladies , est plutôt une prédisposition , un effet , une complication , qu’un état , qu’un élément de maladie lui-même. C’est en quelque sorte une circonstance négative dont il est plus facile de concevoir l’existence que de démêler les caractères. Essayons cependant de donner à cet égard quelques éclaircissemens qui puissent faire apprécier au moins l’esprit des diverses écoles et décider laquelle offre à cet égard plus de certitude.

Système de Brown. Pour épargner à nos lecteurs l’étalage d’une érudition stérile et peu propre à dissiper l’obscurité du sujet , il suffira de leur faire connaître les idées de l’écossais Brown qu’on a si gratuitement voulu assimiler à celles de l’école physiologique. A l’exemple de Thémison( i), il admit des maladies par excès de force et par excès de faiblesse. Le nombre de celles-ci devint immense pour lui , parce que, jugeant à la manièredu commun des hommes, il se contenta d’observer superficiellement et ensuite déduisit de ces

(i) Voyez Introduction historique , page i3.

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observations incomplètes des conséquences générales. Ne remarquant pas que ces signes d’accablement , de faiblesse , qui se montrent dans la plupart des maladies, coïncident avec des conditions intérieures entièrement opposées f toutes les fois qu’il ne rencontrait ,pas les caractères saillans tels que, la force du pouls f la coloration vive y qu’on a coutume de considérer comme l’expression d’une énergie exubérante, les affections étaient à ses yeux des maladies asthéniques. Ainsi , pour n’avoir tenu compte que de ce qui se présente à la surface , Brown méconnut le grand principe de physiologiepathologique, des concentrations organiques , ou de cette disposition d'antagonisme qui fixe sur certaines parties avec l’énergie moléculaire le mouvement et l’activité vitale. En un mot , il ignora ce défaut d’équilibre qui constitue les maladies locales , dont l’appréciation sévère a conduit les médecins physiologistes à des conclusions justement opposées aux siennes, c’est-à-dire à reconnaître des irritations et des phlegmasics , là où son esprit prévenu n’avait su voir qu asthénie ou faiblesse.

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