‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 39 sur 66 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De l’asthénie considérée dans son action générale.

L’exemple le plus remarquable peut-être des effets d’une impression débilitante , ou , pour parler plus exactement, du défaut d’excitation sur les appareils organiques , est celui que présente l’influence d’une température très basse ou d’un froid extrême. C’est au milieu des frimats et des glaces polaires que se montre plus manifestement son action funeste. On sait que les peuples des régions byperboréennes sont d’une telle insensibilité , qu’ils supportent sans douleur les bles-

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sures les plus profondes. D’une autre part , l’histoire a déjà consacré cette cause terrible de nos désastres dans la mémorable campagne de Moscou , où tant de guerriers, jusqu’alors invincibles , succombèrent aux rigueurs d’une froid extraordinaire, même pour ces contrées. Malheur à la sentinelle qui ne résistait pas, en s’agitant, au sommeil perfide dont on a tant de peine à se défendre alors , et où on ne tombe que pour n’en plus sortir. C’est en effet par l’assoupissement des sens que comnlence l’inertie , qui conduit à la faiblesse générale et celle-ci à une mort certaine. Dès que la sensibilité est éteinte à la surface , les organes internes ne tardent pas à partager cet état.Lecœur sur-tout, dont l’impulsion imprimée au sang portait sur tous les points le mouvement et la vie, cesse de battre , et avec lui toute action organique s’arrête. Ainsi meurt l’individu long-temps exposé à un froid aigu qui lui ôte tout moyen de réaction , et devient par conséquent le terme extrême du défaut d’excitation ou de Y asthénie.

Il n’en est point ainsi dans les tourmens bien autrement affreux de l’inanition et delà

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faim. Au premier aspect, on pourrait croire, et bien des physiologistes ont cru en effet que la Jaim est un état essentiellement asthénique, entraînant dès-lors une impression purement débilitante. Il n’est pas douteux qu’à ne considérer que répuisement dont le défaut de nourriture est réellement suivi avec terminaison par une mort plus ou moins prompte, 1 impression de la faim doit paraître éminemment asthénique. Mais pour le médecin qui ne s’arrête pas à un examen aussi superficiel, il se présente des phénomènes bien propres à lui suggérer l’opinion contraire. Quand le Dante nous a peint , en traits si dechirans, l’anxiété , les douleurs horribles, la soif brûlante du malheureux Ugolin et de ses enfans, il n’a pas seulement été grand poète, il s’est aussi montré profond observateur. C’est sur-tout par une douleur cuisante de l’estomac , accompagnée de sécheresse à la bouche et d’une soif ardente , que se manifeste la nature de cette affreuse situation ; et certes ces symptômes n’indiquèrent jamais Vasthènie.

lel est à cet égard l’effet excitant de la douleur que des inflammations très intenses

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se sont développées en pareil cas, et ont pu être constatées par l’ouverture des cadavres. Ne peut-on pas comparer cet état aux phlegmasies , que l’action néanmoins si débilitante du froid , quand elle est profonde et continue , produit dans la circonstance contraire , c’est-à-dire quand elle se borne à provoquer la réaction et la phlegmasie de quelques organes ? Ainsi la faim , du moins dans ses effets immédiats , ne doit pas être regardée comme une influence asthénique, et cette observation nous montre en outre que l’estomac ne jouit pas , sous ce rapport , d’autant d’importance que quelques autres organes.

Cependant certaines indigestions reconnaissent véritablement T asthénie pour cause. Tels sont les cas où l’estomac distendu outre mesure , est mis ensuite hors d’état de se contracter, de réagir sur les substances qu’il contient, en un mot est frappé d’inertie. On sait que cet accident peut aller jusqu’à produire subitement la mort , puisque ce fut ainsi que périt l’empereur Claude.

Il nous paraît aussi que dans les étés très ohauds,tels que celui par où nous venons de

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passer, les effets pernicieux des boissons très froides et des glaces, effets qui ont été observés cette année, ne peut s’expliquer que par r asthénie du tube alimentaire , conséquence naturelle de l’excitation plus grande alors de la peau. Celte disposition doit nécessairement entraîner de fréquentes indiges tions, et même des symptômes de véritables empoisonnemens (i), lorsqu’on fait usage de substances , qui , telles que les glaces , sont essentiellement sédatives.

Quant à l’influence des passions, et particulièrement des passions débilitantes, quelque puissante qu’elle soit, leur intervention dans ces cas n’est que secondaire, e asthénie , commençant par quelqu’autre viscère, celle de l’estomac demeure alors indirecte.

Les organes dont l’asthénie a les suites les plus étendues , sont le diaphragme et les poumons , le cœur et l’appareil nerveux cérébro-spinal. En réunissant les premiers , d’ingénieux et profonds physiologistes firent de ces viscères, un triumvirat bien autrement solide que celui de l’ancienne Rome ,

(1) Voyez la Toxicologie ou Traite des poisons, à la (in du üesumi do chimie.

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puisque les parties en sont égales en énergie et en puissance. Les écrits de Van-Helmont , de Bordeu , de Lacaze , conduisirent Bichat à étudier les genres de mort, si bien déterminés par lui, qu’entraînent les lésions diverses de ces importans organes. Telle est effectivement Futilité de leurs fonctions que le moindre obstacle apporté à leur libre exercice , ou leur suspension instantanée, compromet presqu’inévitablement la vie. C’est en détruisant l’influence excitatrice de l’air pour les poumons , du sang pour le cœur , de l’influx nerveux pour le cerveau et la moelle épinière ; par conséquent en affaiblissant l’organisme d’une manière aussi profonde que directe qu’agissent ces redoutables dispositions. On doit donc les considérer moins comme des maladies , que comme des coups foudroyans auxquels l’art oppose heureusement des moyens sûrs, quand le retard n’a pas rendu leur emploi inutile.

Article I.

Asphyxies.

Que l’air , si justement nommé Y aliment de la vie , cesse d’animer le jeu de l’ap-

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pareil respiratoire , le sang noir cesse d’y prendre la couleur rouge par le contact de l’oxigène (i) ; dès lors ce fluide ne peut stimuler le cœur qui cesse de Lattre, et l’individu, s’il n’est promptement secouru, périt sans retour. On a distingué les asphyxies ( tel est le nom que l’on donne à cet ordre d’affections ) , suivant qu’elles sont produites par le défaut d’air , ou par un gaz qui ne peut entretenir la respiration. Mais en définitive ce dernier cas paraît aboutir au premier mode d’altération, et l’homme qui se noie , aussi bien que celui qui séjourne trop long-temps dans un lieu où surabonde le gaz acide carbonique , comme dans quelques mines souterraines , dans les chambres où la vapeur du charbon s’est exhalée en abondance , succombent également à la privation d’air , ou à l’interruption de l’acte respiratoire. Il y a cependant une exception «à faire sous ce rapport, pour le gaz hydrogène sulfuré , qui, sous le nom de plomb , constitue le poison si subtil que contiennent les vidanges, et pour plusieurs

(jJ Voyez le Résumé de eltimie.

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autres gaz (i) qui exercent réellement sur l’économie animale une action vénéneuse.

En même temps que l’air manque dans ce cas à la respiration , le gaz porte sur le système nerveux son impression délétère ; attaquant ainsi la vie dans sa source , puisque deux des systèmes excitateurs se trouvent simultanément frappés d’inertie.

Article II.

Syncopes.

Combien est étroit l’intervalle qui sépare la vie et la mort, et combien l’homme doit se trouver misérable quand il réfléchit qu’un instant peut lui ôter ce qu’il acquiert avec tant de peine, ou ce que le monde estime tant, biens , honneurs , existence ! Que faut - il pour cela? Le plus faible dérangement de cette machine admirable où tout est sévèrement calculé , mais au milieu d’élémens toujours prêts à s’altérer et à se dissoudre. On rapporte rhistoLe d’un célèbre médecin

( 1 ) Voyez pour l’analyse et la composition de «es divers gaz le Rémmi de chimie.

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portugais qui, ayant long-temps étudié l’organisation humaine, finit par se condamner à une retraite absolue , tant il sentait les dangers qu’une structure aussi frêle devait nécessairement courirau milieu des secousses et des orages de la vie. Mais, loin de s’alarmer d’une telle condition , le sage en profite pour ménager ses forces et le temps , par un usage modéré de ce qui les use le plus vite, les passions et les excès physiques. Le cœur paraît être l’organe où les effets des premières se font principalement ressentir. Chacun sait avec quelle promptitude fait périr quelquefois la crainte, et il paraît incontestable que c’est en interrompant le premier mouvement de l’appareil circulatoire.

On a judicieusement distingué les passions en débilitantes , qui , comme nous venons de le voir, ont pour effet d’arrêter l’action du cœur et de produire la syncope ; et en excitantes , telles que la joie qui , activant outre mesure cet organe, déterminent par suite l 'apoplexie. La première de ces affections reconnaît donc pour cause tout ce qui ajfaiblit , ou plutôt épuise directement Y activité du cœur. Il est facile de sentir que les cau-

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ses les plus puissantes à cet égard , sont celles qui lui enlèvent son stimulus naturel , c’est-à-dire les hémorrhagies . Il ne faut pas croire que la totalité du sang puisse jamais s’échapper de ses vaisseaux, et faire périr l’individu, comme on le dit, exsangue. L’expérience de la saignée amenant toujours plus ou moins promptement la syncope , montre «assez ce qui doit avoir lieu quand c’est le sang artériel et non plus le sang veineux qui s’échappe , et qu’arrête avec toute action vitale la lypothimie t alors naturellement bien plus immédiate et plus prompte.

Article III.

Commotions.

Enfin au nombre des causes qui agissent, en détruisant toute excitation , ou en développant une asthénie générale dans le système , il faut compter ces affections nerveuses profondes et soudaines , que les anciens, dominés par les idées astrologiques, nommèrent sidérations. Telles paraissent être toutes les grandes commotions qui, pour les plaies d’armes à feu, et autres projec-

COMMOTIONS NERVEUSES. l5j

tiles, par exemple, firent supposer un principe vénéneux tout-à-fait chimérique. Le miasme de la peste tue quelquefois instantanément et sans produire aucune réaction appréciable. C’est encore de la même manière que doit être expliquée l’influence du plus subtil de tous les poisons , Y acide hydro-cyanique (i). Comme il suffit d’un atome de cette substance pour produire la mort, on ne peut qu’attribuer à sa prompte évaporation le salut d’un chimiste célèbre, M. Gay-Lussac , qui, dans une circonstance, n’avait pas craint de l’approcher de ses lèvres. L’action tout à la fois prompte et énergique des modificateurs que nous venons d’examiner, ne permet de rapporter leur impression qu’aux organes éminemment propres à la généraliser par les communications sympathiques, c’est-à-dire aux centres nerveux, tels que le cerveau et la moelle épinière. En général , on peut dire que c’est ce système qui se trouve particulièrement intéressé dans cette période redoutable des maladies. Mais ce qu’il faut bien observer sur-tout, c’est que, si le défaut cC excitation ou

(i) Voyez le Résumé de chimie.

i58 maladies asthéniques.

Y asthénie y domine, il n’est pas rare, ou plutôt il est ordinaire qu’elle soit remplacée, après quelque temps de durée , par une ou plusieurs irritations organiques .

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