‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 40 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De V asthénie considérée dans son action locale .

On a vu , dans le chapitre précédent , le défaut d’excitation de quelques organes principaux, entraîner rapidement Y asthénie générale et la mort des malades. Ce mode de généralisation n’a rien d’analogue à celui des maladies sthéniques , qui , comme nous l’avons vu , se fait par sympathie. Il est évident que le premier dépend de l’interruption de fonctions indispensables à l’organisme ; car dès que l’asthénie affecte des parties moins importantes, elle demeure invariablement locale. Voyez , par exemple, toutes les paralysies qui dépendent essentiellement d’une asthénie nerveuse , elles ne vous offriront jamais que les caractères liés à la lésion des parties où elles existent. L’apoplexie elle-même, ne développe ün mou-

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CONSÉCUTIVE. i5g

vement jèbrile-sympathique , qu’au moment où le sang épanché ou accumulé qui la constitue , développe l’inflammation de la substance cérébrale, et convertit , par conséquent, l’affection en maladie sthénique.

Article I.

Asthénie consécutive.

Si le défaut d 'excitation ou d’exercice nuit au développement , à l’activité et à l’énergie des organes , l’excès contraire , c’est-à-dire l’abus des stimulons , n’est pas moins propre à les plonger dans Y inertie. On a dit , avec raison, que le suicide si fréquent chez les hommes usés de bonne heure par les plaisirs , est peut-être le seul qui leur reste lorsque pour eux la source de toute nouvelle sensation est, pour ainsi dire, épuisée. Serait-il donc impossible que le besoin d’impressions, sans cesse variées , conduisît à ce raffinement de volupté, l’être malheureux qui ne peut plus rien attendre à cet égard, de ce qui l'entoure. Apicius se donna , diton, la mort parce qu’il ne lui restait plus que deux millions de fortune. Assurément ,

IÔO MALADIES ASTHENIQUES.

il eût pu à moins trouver le bonheur; mais qu’eût été cette nouvelle existence pour l’homme qui quelquefois avait presque dépensé cette somme en un jour. Ce qui chez les individus dont la sensibilité conserve toute son énergie, serait une cause puissante de douleur , procure à ceux en qui elle est presqu’anéantie , le seul moyen de jouissance qui leur reste , et on cite à cet égard des exemples de mutilations affreuses, que la sensualité aurait consommées. On sait combien l’habitude des alimens trop actifs, l’usage des boissons spiritueuses, émoussent rapidement le sens du goût, et à quel excès incroyables conduit trop souvent cette privation. Dans tous les cas que nous venons de signaler, il est évident que Y asthénie est profonde, mais circonscrite; à moins que la désorganisation des viscères, qui presque toujours termine cette situation déplorable , n’eût déjà compromis l’ensemble du système, en altérant l’action nutritive. Mais alors l’inflammation se met de la partie, et chacun pressent les ravages d’une affection sthénique, dans une constitution déjà ruinée.

S’il fallait citer d’autres exemples du mode

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par ai.ysies . i6r

a asthénie que nous étudions, ils se présenteraient en foule. C’est ainsi qu’est produite la cécité connue sous le nom d e goutte sereine ou amaurose } qui est si fréquente chez les naturalistes habitués à fatiguer par l’observation continuelle des plus petits objets , leur organe de la vue, dont le nerf optique et la rétine finissent alors par être atteints de paralysie. La surdité , dont se trouvent si généralement affectés les artilleurs et tous ceux que leur profession expose à l’influence de fortes impressions sonores , ne reconnaît pas une autre cause, et appartient au même élément d 'asthénie.

Il faut y rattacher quelques autres cas maladifs tels que les contusions , dans lesquelles il y a stagnation du sang, à la suite d’une dilatation trop grande ou de toute autre cause qui a frappé les vaisseaux d’inertie ( i ).

On ne peut méconnaître que beaucoup de congestions , peut-être racine certaines hémor- . rhagies nommées autrefois passives , tiennent à la même condition organique. Brown l’a nommée faiblesse indirecte ; suivant nous ,

(i ) Voyez te Retumi d* Pathologie chirurgicale.

l6i MALADIES ASTHÉNIQUES,

elle serait mieux qualifiée , consécutive , par opposition au second mode dont nous allons nous occuper maintenant, que Brown a nommé faiblesse directe , et que nous nommerons primitive.

Article II.

Asthénie primitive.

Nous venons de voir V excitabilité , ou la force organique épuisée en quelque sorte par l’abus des stimulons ; il peut arriver qu’elle manque au contraire pour n’avoir pas été mise en jeu. Dans le premier cas, la stimulation a dépassé le terme , dans le second , elle n’y est pas arrivée. Cette dernière circonstance peut tenir, en premier lieu, à une disposition native , comme lorsque certaines parties n’ont qu’une organisation imparfaite ou chétive , qui en rend nécessairement les fonctions faibles et incomplètes. Il faut opposer cet état à celui des individus qui, comme nous l’avons vu , ayant certaines parties très développées et très puissantes , vivent en quelque sorte tout entiers par elles. En second lieu, l'inaction d’un organe peut à la longue le rendre entièrement impropre à

ASTHÉNIE PRIMITIVE. jfi 3

tout exercice par défaut d’énergie. Citeraisje ici un fait, connu certainement de tout le inonde, qui concerne cette faculté cérébrale si précieuse, la mémoire, qu’une excitation modérée et soutenue entretient prompte et facile, et qui s’affaiblit et s’éteint par le défaut de culture. Ce que nous observons dans ce cas pour le cerveau, est commun à tous les organes. L’estomac , par exemple , peut, par des degrés successifs d’inanition , arriver au point de pouvoir se passer pour ainsi dire, d’alimens , ou du moins de n’en supporter que de très peu succulens. On cite des observations d’individus qui ont vécu des années avec un peu d’eau et de fécule , et qui eussent été hors d’état de digérer une nourriture plus solide. Plusieurs philosophes , constamment livrés à de profondes méditations , ont fini par habituer leur estomac à se contenter d’une ou deux onces d’une nourriture très légère qui n’exigeait pas de ce viscère une action dont il eut été sans doute incapable , et qui d’ailleurs eut diminué en proportion l’activité cérébrale.

Il est facile d'apercevoir ce qui constitue l’élément asthénique dont il s’agit, et quand

164 maladies asthéniques.

on remonte à sa cause , on ne peut plus le confondre avec les modes que nous avons précédemment étudiés. Mais il n’est pas rare qu’ils se mêlent et se combinent dans quelques cas de maladie ; et si l’on réfléchit au degré de pénétration qu’exige une appréciation aussi délicate , même avec toutes les ressources d’une instruction solide et les données d’une sage expérience , on demeurera convaincu sans doute qu’il est encore permis de dire avec le divin vieillard : « que « la vie de l’homme est trop courte pour em- « brasser tout le champ de la médecine (i).

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