CHAPITRE IV
Du traitement général des maladies asthéniques.
Les distinctions que nous avons établies relativement aux modes divers d'affections asthéniques , et sur-tout aux caractères méconnus par l’école de Brown , pour reconnaître la vraie et la fausse faiblesse , doivent déjà faire pressentir la nature des moyens curatifs que la première réclame. Tout ce
(i) Aralonga, vita brebis. Hipp. dphor.
Digitizod bÿ Coügle
TRAITEMENT. l65
qui est susceptible de ranimer l’action organique affaiblie ou même éteinte, dans l’ensemble de l’économie ou seulement dans quelques-unes de ses parties, toute influence excitatrice, par conséquent, peut et doit alors être employée. Mais ici encore , il faut que des notions positives et des règles sûres dirigent la main qui met ces moyens en usage; car l’écueil est à côté du port, et parmi la foule des agens en apparence les plus identiques , le choix n’est pas toujours facile.
Dans le nombre des sentences devenues proverbiales par une longue tradition, il en est peu qui aient eu des conséquences plus fâcheuses en médecine, que celle qui consacre la méthode de traiter les maladies par leurs contraires (i). Ainsi les vomitifs et les astringens devaient guérir la dyssenterie, et le principe s’étendait également à l’ordre opposé de maladies, c’est-à-dire, aux affections asthéniques. Que résulterait-il cependant de l’application soudaine , par exemple , d’une chaleur intense , dans les cas de congéla-
( 1 ) Contraria contrariis curaiilur.
l66 MALADIES ASTHENIQUES.
tion ? Vous l’avez observé peut-être quelquefois pour les fruits gelés par les rigueurs de l’hiver; un réchauffement trop brusque, dilatant leurs fibres outre mesure, les déchire , et leur tissu perd dès-lors sa forme et ses propriétés physiques. Les choses ne se passent pas autrement dans les corps animés , et pour que leur activité puisse se rétablir en pareil cas , il faut qu’une progression ménagée de température les y conduise.
Section I.
Divisions des excitons.
On a divisé les moyens propres à ranimer ou entretenir le jeu de l’organisme, en excitons , proprement dits, qui comprennent encore les stimulons et les cordiaux ; en toniques ou excitons fixes; et analeptiques ou nutritifs. Supposez une personne tombée en syncope à la suite d’une hémorrhagie considérable ; lui donnerez-vous du consommé pour la remettre; ou bien lui ferez-vous avaler du quinquina, le tonique par excellence? ni l’un ni l'autre ne conviennent.
DIVISION DES EXCITANS. lC)J
parce que leur action est essentiellement lente , et que vous n’avez pas de temps à perdre. Ce sont donc les cordiaux , tels que les boissons spiritueuses, éthérées , à l’intérieur; à l’extérieur, les stimulons , tels que l’ammoniaque , les épispastiques , suivant les circonstances, qu’il faudra mettre en usage. En général , si les excitans conviennent exclusivement dans les premiers momens de ces asthénies , il est un terme qu’il faut cependant ne pas dépasser, car leur usage trop soutenu engendrerait nécessairement la phlegtnasie.
L’appétit a-t-il été rétabli par des substances excitantes, à la suite d’une longue inertie ; gardez-vous d’insister trop sur leur usage, l’estomac ne tarderait pas à s’enflammer ou à tomber dans Yasthénie consécutive. Ayez plutôt recours alors aux moyens propres à le fortifier sans irritation , et à entretenir son activité d’une manière égale et continue ; employez en un mot, le quinquina, le fer, les toniques enfin qui seront bien plus efficaces si des alimens appropriés, de facile digestion , des analeptiques , sont mis concurremment en usage.
l68 MALADIES ASTHÉNIQUES.
Ces détails indiquent assez eu quoi diffèrent entr’eux les trois espèces d 'excitans que nous ayons admises ; ils peuvent aussi faire * connaître les époques respectives de leur administration que le médecin physiologiste est seul d’ailleurs à même de modifier suivant les circonstances.
Section II.
Excitation générale.
Telle est l’intimité qui unit tous les appareils organiques, qu’il suffit de Y excitation de Y un d’eux pour ranimer l’ensemble dans les cas de syncope ou d’asphyxie. Cependant il est des excitans qui agissent plus directement encore , qui sont plus spéciaux , l’air , par exemple , pour rétablir la respiration. Qu’on nie maintenant l’utilité des connaissances physiologiques dans l’exercice de la médecine, après la réforme importante introduite à cet égard par les modernes. La suspension par les pieds était , pour rappeler les noyés à la vie , l’unique expédient de nos ancêtres ignorans et barbares , qui par là ne faisaient que favoriser la congestion