‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 47 sur 66 · MALADIES CONTAGIEUSES. IJ J · texte numérisé non relu

MALADIES CONTAGIEUSES. IJ J

cer par l’éruption la plus légère, jusqu’à la phthisie. Et cependant combien ce calcul est faux, même pour les maladies cutanées qui sont sans contredit les plus favorables à cette conjecture. L’écrivain qui les a le mieux observées et décrites, M. Alibert, assure en effet que la circonstance de la contagion y est assez rare , au moins dans l’état chronique.

Faites maintenant l’application du fait à l’opinion qui veut étendre ce mode de propagation aux typhus , à la fièvre jaune et autres affections analogues ; il vous sera facile d’en apprécier toute l’invraisemblance. Pour que la contagion puisse réellement se faire, il faut une matière fixe, spéciale, telle , par exemple , qu’on la trouve dans le bubon de la peste. Rien de pareil n’existe pour la fièvre jaune , non plus que pour les autres affections du même genre; il est donc évident que si le caractère contagieux peut s’y manifester, il tient à des conditions différentes. Ce cas se présente dans le haut degré de gravité des maladies elles-mêmes, et sur-tout dans les circonstances d’encombrement de malades , comme dans les vaisseaux , les

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hospices , les prisons etc. , où ils sont soumis par conséquent aux mêmes impressions extérieures , et prédisposés dès -lors à la transmission d’un principe morbifique identifié, pour ainsi dire, à leur manière de vivre et à leur trempe organique. On conçoit que , comprise de la sorte , l’idée de contagion peut s’étendre à la plupart des maladies. Combinée à celle de l’infection qui suppose toujours , comme nous venons de l’indiquer, l’influence préalable de quelques causes particulières , comme les vicissitudes atmosphériques, l’insalubrité des lieux, la situation particulière des malades , etc. , peut-être forme-t-elle ce qu’il y a de plus rationnel encore sur cet important litige , et permet toujours d’attendre que l’expérience ait prononcé sur la contagion franche et simple , telle enfin qu’elle va s’offrir dans quelques autres maladies.

Section II.

Des 'virus et de V empoisonnement.

Durant le régne des doctrines galéniques, c’est-à-dire , lorsque des vices ou des alté-

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rations imaginaires des humeurs, étaient censés fournir le germe de toutes les maladies , on conçoit quelle carrière ouvrait à l’imagination cette mer sans fond et sans rivages. Non seulement le rhumatisme , la goutte , le scorbut , les scrofules , etc. , eurent leur 'virus particulier , mais encore certains fluides naturels furent érigés en venins , ou poisons meurtriers pour l’économie. C’est ainsi que le lait, ce premier aliment de l’homme, devint la prétendue cause d’une foule de maux dont l’accusent encore l’ignorance et le charlatisme. Mais quand on en vint à l’observation positive , il ne resta de ces chimères qu’un souvenir d’habitude auquel renonceront tous les hommes éclairés, ennemis naturels de tout ce qui est absurde ou ridicule.

§ I. De la vaccine et des virus syphilitique et

rabique.

Pour le médecin physiologiste, les caractères spécifiques des véritables virus sont: de produire une aflection toujours identique, c’est-à-dire, accompagnée des mêmes formes

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et de symptômes invariables. Le seul peutêtre où toutes ces conditions se rencontrent est la vaccine. Ce préservatif de la 'variole , alors même que sa vertu aurait paru douteuse dans quelques cas plus que douteux eux->mêmes, modère au moins toujours les accidens de cette cruelle maladie , au point de la rendre constamment bénigne ; car les diverses éruptions plus ou moins analogues désignées par les noms de petite vérole -volante, varioloide , etc., portent alors infailliblement ce caractère. Ainsi que l’inoculation , qui ne peut lui être comparée pour l’efficacité , la vaccine satisfait donc à toutes les conditions nécessaires pour la transmission réelle , mais innocente , des virus. Elles n’existent pas du moins dans ce fléau tout à la fois honteux et destructeur, qui dégrade l’espèce humaine et corrompt la source de ses plaisirs. Rien en effet n’est plus inconstant que les effets de cette contagion ; et cette diversité de résultats prouve bien qu’ils ne peuvent pas être le produit immédiat d’un agent unique, mais alors protéiforme. Il n’est dans ce cas que la cause fortuite qui développe une prédisposition organique particulière, qui serait

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tout aussi sûrement mise en jeu par toute

autre matière plus ou moins impure , sanie , Jluide purulent , etc., déposé dans le même lieu et introduit par la même voie. Cette nouvelle doctrine bien développée pour la première fois dans les ouvrages des médecins physiologistes de notre époque , et en particulier par M. le docteur Jourdan, réduit à leur juste valeur toutes les spéculations des siècles précèdens sur la nature et l’origine prétendue exotique de cette affec'tion. Les philosophes ont dit que l’imagination seule fait toute notre existence morale; on peut , en retournant l’idée, dire avec le même fondement que ce sont le tempérament et la constitution des individus, qui font l’essence de leurs maladies ; celle dont il vient d’être question en fournit sur-tout la preuve.

Le virus de la rage paraît lui-même encore fort problématique. Il est au moins certain que cette épouvantable maladie peut se développer sans son influence , ou d’une manière spontanée , suivant le langage des pathologistes II y a plus, c’est qu’on l’a vue se développer par l’action d’une cause purement irritante. Faut- il donc croire alors

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que les malades portaient dans leur sein le

principe de la rage, qui n’attendait qu’une occasion pour éclater? Mais ne serait-il pas plus physiologique, en rattachant cette affection aux névroses (i), comme quelques auteurs l’ont proposé , de n’y voir qu’une extrême susceptibilité du système sensitif, mise en jeu par un stimulant quelconque?

La nature de la rage et son mode de transmission laissent au reste encore beaucoup de doutes et d’obscurités à éclaircir.

Quelle maladie semble plus facile à étudier, et par conséquent à connaître, que cette dégoûtante éruption, apanage ordinaire de l’incurie malheureuse, la gale enfin, puisqu’il faut la nommer? Les médecins et les naturalistes paraissaient Raccorder à placer sa cause dans la présence d’un insecte, qui , se communiquant d’un individu à l’autre , servait à la propager, en môme temps qu’il formait l’essence de la maladie. Mais des observations plus récentes tendent à révoquer en doute son existence, ou du moins à ne lui accorder qu’un rôle tout-à-fait secon-

fi) Vojei le Tableau synoptique , à la fin de Pouvragr.

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daire. Reste donc 'à déterminer s’il existerait un 'virus psorique. Mais , pour la qualité contagieuse de l’affection, personne ne s’avisera de la nier , pas plus que celle de la petitevérole et de quelques autres maladies éruptives , qui conservent invariablement leur forme propre, à travers la diversité des tempéramens et des constitutions individuelles. Ce sont là les vrais types de la contagion , sur lesquels il est aussi impossible de disputer que difficile à l’observateur éclairé de se méprendre.

§ II. Des venins en général.

Il faut comprendre au nombre des virus les venins particuliers, tels que celui de la vipère et de plusieurs autres serpens. Cependant on a de la peine à concevoir que ce fluide , si c’est bien à lui qu’il faut rapporter les effets que détermine la morsure de ces animaux, n’ait pas constamment la même action. On ne peut ici accuser de ces variations la disposition particulière de la peau , qui , pour la gale f par exemple, explique parfaitement les divergences innombrables qu’elle

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présente dans sa qualité contagieuse. Il faut donc supposer que ces matières vénéneuses peuvent , tantôt être absorbées , et tantôt ne pas l’être, sans que l’on découvre une raison physique de cette étrange circonstance, ce qui est passablement hypothétique. Deux individus ont été mordus «à égale profondeur par une vipère ; chez l’un , des syncopes plus ou moins réitérées ont lieu presqu’aussitôt ; la partie mordue se gonfle , prend une couleur marbrée et livide, qui peut se terminer promptement par la gangrène ; chez l’autre, rien de pareil : la plaie se cicatrise suivant les lois ordinaires au bout de quelques jours , si l’on a eu soin d’en rapprocher immédiatement les lèvres ; ou bien elle se couvre d’un pus blanchâtre plus ou moins abondant, qui diminue de jour en jour , jusqu’à ce qu’il cesse totalement, avec l'ouverture de la plaie. Dira-t-on que, dans le premier cas , le venin de l’animal est devenu, après son absorption, la cause de ces accidens redoutables qui ne se sont pas manifestés dans le second , parce qu’il n’y a pas eu d’absorption? Cette explication a pu paraître satisfaisante à une époque où l’on

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jugeait de tout sur les apparences; mais , pour être admissible aujourd’hui, il serait nécessaire de prouver d’abord que l’absorption a pu se faire et ne pas exister , ce qui serait peut-être un peu difficile , dans un temps où on a mis hors de doute qu’elle s’exerce indifféremment sur les substances les plus diverses, les plus vénéneuses , dans tous les iustans et jusque chez le cadavre.

On attribuait aussi naguères à l’absorption les engorgemens des glandes de l’aine , à la suite d’une cohabitation impure. Mais ce n’est pas seulement la diversité d’effets à cet égard qu’on peut objecter à cette opinion ; il est une preuve bien plus décisive , c’est que les mêmes résultats ont été produits alors qu’aucune matière virulente n’avait pu être absorbée. C’est ainsi que beaucoup d’individus éprouvent un engorgement plus ou moins douloureux aux aines, après une course portée jusqu’à la fatigue. Elevez l’irritation jusqu’à la phlegmasie , et vous aurez de véritables bubons. Où est alors le virus? Nous en avons déjà fait la remarque à l’occasion de la rage , n’est-il pas superflu d’admettre une pareille cause, lorsqu’il est

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démontré que les mêmes accidens ont pu être produits sans elle? Et qu’on ne croie pas la discussion à laquelle nous nous livrons oiseuse, car l’admission ou le rejet des virus sont d’un intérêt majeur pour la thérapeutique. En voici entr’autres un exemple frappant : un malade de l’Hôtel-Dieu présentait tous les symptômes ordinaires de Y hydrophobie, au diagnostic de laquelle il ne manquait que la certitude de son développement par contagion. Le traitement par les moyens usités contre les inflammations du cerveau et de ses membranes , qui constituent les maladies nommées autrefois fièvre maligne , cérébrale , phrénésie , les saignées générales et locales , les applications de glace sur la tête , les révulsifs aux extrémités , etc., fut couronné d’un plein succès. En eût-il été de même si , cédant à une idée qui paraissait si raisonnable , on eût eu recours à l’un des mille moyens qui ont été préconisés contre la rage ? Renversant la proposition , ne pourrait-on pas demander si l’opinion préconisée n’a pas été souvent cause de l’insuccès du traitement ordinaire adopté pour ces maladies? On peut du moins remarquer que

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