DES VENINS
les partisans des virus ne sont pas conséquens dans leurs principes , quand ils s’attachent à combattre les accidens que leur présence détermine ; car il est bien évident qu’il n'y a que leur expulsion qui puisse y mettre fin. Les humoristes de l’école de Boerhciave agissaient avec plus de régularité , lorsque , dans l’idée d’éliminer le prétendu virus syphilitique , ils poussaient l’usage du mercure jusqu’à la salivation. Mais le temps , qui a fait justice de cette erreur, n’a pas encore détruit entièrement l’illusion qui l’avait fait naître: tant il faut de temps aux hommes avant de reconnaître, ou mieux , de faire l’aveu qu’ils s’étaient trompés !
Dans tout ce que nous venons de dire, il faut bien sévèrement distinguer ce qui est constant et positif d’avec ce que nous n’avons présenté qu’avec l’accent du doute. Ce qui n’en saurait laisser, c’est la supposition gratuite du virus syphilitique et de quelques entités semblables, qui n’ont jamais existé que dans l’esprit des systématiques. On ne nous prêtera pas probablement l’intention d’avoir voulu nier le venin des animaux ; il nous a paru seulement qu’ayant de lui at-
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tribuer exclusivement les accidens qui accompagnent son introduction dans l’économie , il serait convenable d’avoir mieux étudié les circonstances particulières au milieu desquelles elle s’opère , et même de mieux connaître la nature du venin luimême.
Il est constant que ce sont presque toujours les dispositions individuelles de tempérament qui forment , comme nous l’avons déjà dit, les caractères particuliers de gravité des maladies ; et ce qui le prouve, c’est que pour les mêmes causes les individus sont très diversement malades. C’est pour la rage sur-tout qu’il est nécessaire de tenir compte de cette circonstance , sans que nous prétendions rejeter d’ailleurs absolument l’hypo thèse de son virus. En élevant de nouveaux doutes à cet égard , nous sommes encore animés par un sentiment philantropique. Il est bon de prémunir en effet contre ces alarmes qui se répandent parmi la population des villes et des campagnes , sur des bruits vagues, après le passage de quelqu’animal égaré , que la faim ou les mauvais traitemens ont plus ou moins irrité et porté
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à mordre. A s’en rapporter à ces exagérations de la terreur, on serait tenté de croire que des pays entiers ont été dévastés par ce cruel fléau, tandis qu’il est bien certain que la rage véritable est une maladie assez rare.
§ III. Des empoisonnemens. (1)
Ici trouvent encore naturellement leur place , quelques considérations sur cet ordre de lésions. Elles appartiennent d’ailleurs autant à l’une de nos divisions qu'à l’autre , puisque les poisons peuvent agir sur nos tissus d’une manière très différente. Ainsi ceux qui sont désignés par le mot âcres ou corrosifs y tels que l’arsenic, les acides minéraux , etc., déterminent dans les parties avec lesquelles il sont mis en contact , une irritation et une phlegmasie consécutive plus ou moins intense , quand ils ne désorganisent pas subitement les tissus, comme il arrive par les caustiques. Les stupéfians , parmi lesquels doit être compris l’acide hydro-
(1) Voycr pour la nature et les différentes espèces de poisons et les moyens de les combattre , Y Abrégé Toxicologique placé à la fîp du Ilëiumi d* Chimie organique.
IQO MAL.VDJE6 CONTAGIEUSES, cyanique, et même , suivant quelques auteurs , les miasmes de la peste , font périr instantanément, en détruisant l’action organique générale, mais sans réaction appréciable développée dans aucune partie ; leurs effets appartiennent donc essentiellement aux maladies asthéniques. On compte au nombre de ces substances vénéneuses , toutes celles dont l’action paraît tendre à affaiblir et éteindre d’une manière directe le mouvement et la vie , en assoupissant, pour ainsi dire la sensibilité; tels sont, l’opium, la belladone, la digitale et beaucoup de corps qui , à certaines doses ou suivant quelques prédispositions particulières, deviennent très irritans. Les •virus enfin , les •venins ne sont autre chose que de véritables poisons, et, par leur mode d’action, ils peuvent être rattachés à l’une et à l’autre des deux premières divisions, pendant que par une autre qualité qui leur est particulière , ils appartiennent essentiellement aux maladies contagieuses.
Cet aperçu rapide montre combien est vague et incertaine encore la classification des substances vénéneuses , d’après leur in-
DES EMPOISONNEE! ENS. ipt
lluence sur l’économie , puisque nous venons de voir que toutes sont susceptibles de provoquer l’irritation et la phlegmasie. On conçoit donc qu’il serait impossible d’entrer ici, dans beaucoup de détails à cet égard.
Nous avons du mentionner seulement ce que l’étude des poisons offre de plus général ; nous serons forcés d’en user de même pour ce qui concerne le traitement, renvoyant à cet égard à la thérapeutique. La physiologie les considérant sous d’autres points de vue, et la médecine légale examinant les autres cas qui sont de son ressort, on n’aura plus qu’à chercher dans la chimie, les moyens de reconnaître la présence de telle ou telle substance vénéneuse dans les déjections ou dans les cadavres, pour posséder des notions assez complètes sur ce sujet intéressant.
Moyens curatifs de l' empoisonnement.
Le but qu’on doit toujours se proposer en pareilcas , peut être exprimé par les trois propositions suivantes : i° expulser du corps le poison, ou la matière délétère dont la présence peut devenir si promptement fu-