‹ Résumé complet de médecine ou de pathologie interne, présentant la doctrine générale des maladiesChapitre 7 sur 66 · INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE

Si les sciences méritent en général d’occuper les loisirs de l’homme studieux , celle qui , veillant à sa conservation , même avant qu’il ait vu le jour , raccompagnedansloutes les situations de la vie, a sur-tout des droits à sa prédilection. On n’agite plus la question jadis si controversée de l’utilité de la médecine, parce que les maladies se trouvant comprises dans les dispositions de la nature animée , de même que les orages et les autres vicissitudes de l’atmosphère sont la conséquence des lois physiques , il est dans l’essence du cœur humain de chercher à prévenir ou à réparer leurs suites. Une heureuse compensation a mis les moyens de combattre les inconvéniens delà vie sociale, auxquels d’ailleurs est loin d’échapper toutà-fa it la vie sauvage, dans les développe-

mens et les bienfaits de la civilisation elle*

même. A l’art de guérir sur-tout appartient cette salutaire influence ; et quand un écrivain a dit : « qu’elle guérit quelquefois , soulage souvent et console toujours , » la médecine a été aussi heureusement qu’exactement définie.

On a fait beaucoup de conjectures sur son origine. Mais n’est-il pas évident qu’elle doit être aussi ancienne que l’homme ; car , si vivre et souffrir sont deux conditions inséparables , le désir d’être soulagé n’est pas moins naturel. Le moyen de supposer qu’un être sensible et compatissant ait pu voir son semblable menacé de périr par un accident quelconque , une blessure , une hémorrhagie, sans chercher à le secourir par tous les moyens qu’il a pu imaginer I Chez quelques peuplades sauvages, les fils sont, dit-on, chargés de mettre fin aux jours de leurs pères, pour éviter à ces derniers les peines et les infirmités de la vieillesse. Un pareil fait, s’il était bien prouvé , montrerait le prix que doivent nécessairement attacher à une santé robuste , des hommes habitués à n’estimer que les forces

physiques. Il ferait pressentir aussi le soin que ces hommes doivent apporter à conserver ou à rétablir ces forces, tant que l’espoir ne leur en est pas ôté par les progrès de l’àge. Il est aisé de sentir , dans cette opinion, que ce qui frappe immédiatement les sens , dut aussi faire naître les premières alarmes et inspirer les premières pratiques médicales. Ainsi, la disposition morale et les habitudes physiques de l’homme s’accorderaient pour donner la priorité d’origine à la chirurgie (i), s’il n’était plus raisonnable encore de penser que , dans l’enfance des sociétés, la même main réunissait toutes les branches de l’art.

Mais peut-on donner ce titre à la transmission héréditaire et à l’application incertaine de quelques recettes empiriques dont l’administration n’était dirigée par aucun principe, ni soumise à aucune règle? La connaissance d’un petit nombre de simples formait toute la science de ces temps reculés , et le type de l’art consistait à en composer quelques baumes. Pour tout le reste , les patiens étaient presque livrés à leurs

(i) Voye* le Résumé de cette partie du Cours.

appétits et à leurs inspirations instinctives. Un usage qu’on trouve chez toutes les nations le plus anciennement civilisées , c’était d’exposer les malades dans les rues , afin de recueillir l’avis des passans sur la nature de leurs affections et sur les remèdes propres à les combattre. La superstition , qui naît toujours de l’ignorance, ne pouvait manquer de mêler ses spéculations et ses chimères au vague des premières recherches scientifiques. Aussi, accusa-t-on les maladies d’être l’effet de la colère des dieux, et leurs ministres se trouvèrent chargés naturellement de les traiter, ce qui leur donnait encore occasion de fortifier et d’étendre leur empire.

Les Grecs , qui tirèrent toutes leurs connaissances de l’Égypte où la médecine mystique dominait de temps immémorial, avaient plusieurs divinités qu’on invoquait dans les maladies. La plus célèbre était Esculape , qu’on adorait particulièrement à Epidaure. Leur Hermès ou Mercure a la plus grande analogie avec le Bacchus des Indiens, et même avec Moïse chez les Hébreux.

On trouve dans les monumens des Chaldéens

et des Chinois , l’indication des honneurs divins rendus également à d’illustres bienfaiteurs de l’humanité. Les rois et les guerriers célèbres ne dédaignaient pas de cultiver l’art de guérir. Disciples du centaure Chiron , ainsi que la plupart des héros qui formèrent le siège de Troie , Achille et Patrocle se montraient à la fois redoutables dans les champs de Bellone, habiles à panser les plaies et à tirer des sons harmonieux de la lyre. Au temps des paladins et des troubadours , on vit aussi les dames apprendre cet art salutaire , en sorte que la même main qui avait noué l’écharpe on ceint l’épée des chevaliers , étanchait encore leurs blessures. Dans les temps modernes , un monarque célèbre et véritablement grand homme, Pierre Alexiowitz, avait étudié la chirurgie avec soin , et la pratiqua , dit-on , plusieurs fois sur les champs de bataille.

Si de pareils services méritaient les honneurs de l’apothéose, la crainte qui, suivant l’expression d’un écrivain philosophe , fit presque toujours les dieux , détermina bien souvent encore ce culte. On le voit pour, la fièvre à qui Rome païenne avait élevé des autels.

Du fond des temples , la médecine passa bientôt dans les travaux des philosophes, et devint l’objet de leurs recherches. Les écoles de la Grèce et de l’Italie virent briller tour à tour Anaxagore , Thalès de Milet , Pythagore et son disciple Empèdocle , qui , indépendamment de leur fameuse théorie des nombres , s’attachèrent à régulariser la diététique. Dèmocrite d’Abdère , ainsi que son prédécesseur Héraclitc , saisirent les premières lueurs de l’analyse et jetèrent les fondemens du système atomistique développé plus tard par Epicure. Il n’est pas permis d’oublier ici le nom de l’un des disciples de Pythagore, Alcméon de Crotone , qui, le premier conçut l’idée des études anatomiques (i). Il fut forcé de la réaliser sur les animaux, à cause du préjugé dominant à l’égard des dépouilles humaines ; préjugé qui d’ailleurs a sa racine dans ce que le cœur humain renferme de plus pur.

Mais quoique les méditations de ces philosophes eussent déjà perdu le caractère des temps héroïques , elles appartiennent néanmoins par leur objet , aussi bien que

(f) Vojc* le Résumé d’ Anatomie.

par le ritlime poétique dont elles étaient * ordinairement revêtues , à la physiologie (i) plutôt qu’à la médecine proprement dite. Celle-ci cependant était déjà devenue le patrimoine de certaines familles. Au premier rang , l’histoire cite avec reconnaissance celle des Asclépiades , bien moins recommandable aux yeux des sages , par sa prétendue extraction d’Esculape , que pour avoir donné naissance à Hippocrate.

Avec cet homme immortel , qui mérita le surnom de père de la médecine , s’ouvre une ère nouvelle pour celte science. Il en suça , pour ainsi dire , les premiers élémens avec le lait maternel. L’ile de Cos, sa patrie, possédait un temple dès long-temps célèbre par les cures que les prêtres d’Esculape , aïeux d’Hippocrate, étaient seuls en possession d’opérer. C’est sur les tables votives qui servaient à tracer la relation des maladies, et que les convalescens étaient dans l’usage de suspendre dans le temple du Dieu , qu’il recueillit les premiers documens qui le dirigèrent dans l’investigation

I a Y o yn I* Résumé 4» Physiologie

fie la nature. Tandis que le raisonnement et les hypothèses avaient fait tout le fond des anciennes doctrines , Hippocrate voulut au contraire que l’ohservation fût l’unique base de ses principes ; écartant d’ailleurs toute subtilité spéculative, ce qu’il appelait avec vérité : porter la médecine dans la philosophie y et la philosophie dans la médecine . Les histoires particulières de maladies , qu’il nous a léguées , sont autant de monumens des premiers travaux de l’esprit d’observation. Sa pratique fut simple comme sa vie entière; et l’heureux climat où il exerça son art lui permit d’apprécier tous les avantages de l’expectation. Familier d’ailleurs avec les grands principes de législation , de morale et de politique, il parcourut successivement l’Italie , l’Asie-Mineure et l’Égypte , afin de comparer l’influence des climats , de l’air , des eaux et du sol , ainsi que des gouvernemens propres à ces diverses confiées, sur la constitution physique et morale des peuples. Tant de connaissances, unies à ce que peuvent avoir de plus touchant la modestie et la vertu , ont fait justement dire à ua écrivain , digne appréciateur des taiens

cFHippocrate , « qu’il est douteux s’il a jamais existé un homme pourvu à un degré aussi éminent des qualités qui font le vrai citoyen, le grand philosophe, le sage médecin (0. »

La doctrine qu’il avait établie ne tarda pas à perdre de sa pureté entre les mains de ses successeurs. En s’écartant de la voie

directe et sure de la simple observation , ils se jetèrent dans des subtilités qui retardèrent long-temps les travaux utiles , et empêchèrent les grandes découvertes. Du mélange des deux ordres d’idées , naquit bientôt, sous l’influence de l’un des fils d’Hippocrate, la secte dogmatique qui se piquait d’allier les principes du platonisme aux données fournies par l’expérience. Les travaux de ces médecins n’eurent rien de remarquable, et qui ne dût être promptement effacé par ceux delà période brillante à laquelle touchaient l'anatomie et l’histoire naturelle. Honneur immortel au conquérant de l’Asie, qui, de son char de victoire, ne dédaigna point d’envoyer à son illustre précepteur Aristote , les animaux et les objets

(i) B..rllj<r ( Di «otirs lur U g«-nit d’Ilippocrate }.

ÏO INTRODUCTION

les plus curieux des contrées qu’il avait parcourues ! C’est sans doute à son auguste protection, que ces sciences furent redevables de l’essor rapide que leur imprima le génie profond d’un homme dont l’étonnante destinée est d’inspirer une admiration toujours croissante au milieu des progrès continus des sciences et de l’esprit humain.

Sous le règne heureux des Ptolémées , la ville d’Alexandre devint bientôt le centre des lumières et des arts que secondaient leur protection éclairée et leur constante sollicitude. Cependant ce concours précieux fut moins favorable à la médecine qu’aux autres sciences et particuliérement à l’anatomie. Pendant que celle-ci s’enrichissait par les savantes recherches d ’ Hérophile , la pratique médicale demeurait soumise à l’arbitraire des opinions systématiques , et , la guérison célèbre d’Antiochus , fils du roi Séleucus , honore bien moins le talent médical à' Erasi strate, qu’elle ne montre la sagacité dont il fit preuve, en découvrant la cause du mal dans la passion du jeune prince pour sa belle-mère.

Digitizec

C’est à l’époque dont nous parlons que paraît remonter la première division des trois branches de l’art, qui furent désignées par les noms de diététique , ou médecine proprement dite, chirurgie et pharmaceutique. Mais la distinction ne fut bien rigoureusement établie qu’après la renaissance des lettres , lorsque l’Europe commença enfin à se dégager de l’ignorance et de la barbarie du moyen âge. L'exemple du philosophe Pyrrhon avait favorisé le règne de la secte empirique , qui, dédaignant les connaissances puisées dans l’anatomie et la physiologie , n’estimait que les résultats de l’expérience brute . se mettant de la sorte en opposition directe avec les dogmatistes , et incontestablement mieux placée dans le chemin de la vérité que ces derniers dirigés uniquement par des vues spéculatives , s i Sèrapioti , chef des empiriques, n’eût poussé le scepticisme jusqu’à l’ignorance.

Le plus grand avantage que Rome obtint * par ses immenses conquêtes, fut sans doute d’avoir attiré dans son sein tous les hommes distingués par la culture des arts, philosophes , rhéteurs, poètes, orateurs, médecins,

1 2 INTHODUCTIOÎT

qui eu firent la capitale du inonde civilisé , comme elle était la dominatrice de toutes les nations par ses victoires. Si pendant quatre cents ans ces républicains austères avaient pu se passer de médecins , se laissant mourir quand ils étaient pris de la fièvre, comme l’a dit Voltaire, nul doute que les ministres de cet art salutaire n’aient contribué l’amélioration de leur existence , et même au lustre que Rome acquit par la réunion des savans en tout genre, après la soumission de la Grèce et de l’Asie.

Le premier système médical qui se présente à cette époque est celui des méthodistes , dont les fondeniens furent jetés par Thessalus de Traites , et développés par Asclépiade , contemporain et ami de Cicéron.

Celui-ci fit la première application régulière de la doctrine d’Epicnre à la théorie de la médecine ; il prenait d’ailleurs pour règle dans la pratique cette maxime séduisante : qu’il faut guérir d’une manière sûre , prompte et agréable (i). Mais c’est sur-tout à Thémison qu’est due l’extension que prit ce nouveau système. Ce médecin divisa toutes les

(i) Tut* , cit i «t juronds.

QjgHiZgdbyi

HISTORIQUE. l3

maladies eu trois espèces; celle du strîctum ,

ou par resserrement ; celle du laxum , ou par relâchement; et enfin celle du mixtnm , provenant de la combinaison des deux premières. Parmi la foule d’idées hardies qui , reprises plus tard , ont conduit à des conséquences fécondes; au milieu des procédés curatifs bizarres dont Thémison surchargea la pratique de la médecine , et au nombre desquels se trouvent la métasyncrise et la fameuse règle cyclique , il est quelques moyens véritablement utiles, entre lesquels il suffit de citer les sangsues , dont il est constant que ce médecin fit le premier usage thérapeutique.

Pendant que les autres branches de l’art demeuraient dans un état presque stationnaire, la matière médicale voyait ses richesses s’accroître chaque jour. Andromaque de Crète , archiâtre de l’empereur Néron, venait d’inventer la thériaque; et, circonstance bien autrement importante que la composition d’un remède plus fameux par l’immense quantité de ses ingrédiens que par son utilité réelle, Dioscoride mettait au jour le seul traité complet de l’histoire des raédicamens

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que nous aient transmis les anciens, et qui a servi de base à l’enseignement pendant dixsept siècles. Pline l’ancien ajoulait aussi quelques substances avantageuses à l’ensemble de celles dont la pratique avait déjà sanctionné l’usage. Cependant la doctrine des méthodistes, qu’avaient illustrée plusieurs hommes célèbres, Antonxus Musa , médecin d’Auguste, et Celse, cet élégant abréviateur d’Hippocrate, que la pureté de sa latinité fit surnommer le Cicéron de la médecine ; la doctrine des méthodistes , disons-nous , penchait vers son déclin ; et sur ses ruines s’élevait un nouveau système, celui des pneumatistes , créé par Athénée , et bientôt remplacé par celui de son disciple, Agathinus de Sparte, qui imposa à sa secte le nom cC éclectique , pour exprimer qu’elle recevait la lumière de toutes parts , sans acception de noms ni de principes. A cette secte paraît appartenir Arétée de Cappadoce, l’esprit médical le plus solide de ce temps , et qui a sur-tout le mieux rappelé dans ses écrits l’esprit et la manière hippocratiques. Il faut peut-être aussi ranger parmi les éclectiques Galien lui-même, qui présente seulement une affinité un peu plus marquée

historique. * i5

avec les pneumatistes , puisque sa théorie se composait des idées de Piaton sur l’âme, et de celles d’Aristote sur les élémens.

L’illustre médecin de Pergame fit beaucoup plus pour l’avancement de l’anatomie, quoiqu’il ne paraisse guère l’avoir étudiée sur les cadavres humains, que pour l’art de guérir proprement dit , dont trop souvent il embarrassa la pratique. Doué d’ailleurs de la tête la plus vaste, à laquelle il n’est possible de comparer que celle de Boerhaave dans les temps modernes, Galien forme, pour ainsi dire, le dernier anneau de la chaîne d’esprits supérieurs qui , depuis Hippocrate, remplit cette brillante période de la médecine.

Après lui, la culture des arts se ressentit de plus en plus de la décadence de l’empire romain. La médecine en particulier tomba dans une sorte d’avilissement et d’oubli. A peine si, de loin en loin , elle vit naître quelques hommes qui , dans l’espace de dix ou douze siècles , firent luire de faibles étincelles de son ancienne splendeur. De ce nombre fut Oribase, de Pergame, médecin et ami de l’empereur Julien, qui lui devait le trône. Aëtius êt Alexandre de Tralles brillèrent après lui

1 6 ihtroduction

d’un éclat mérité , bien que leurs écrits, da moins ceux du premier, ne soient guère que des compilations des travaux de Galien et d’Hippocrate. Cet état de dépérissement ne fit que s’accroître sous les empereurs de Constantinople; et peut-être la prise de cette ville par les croisés eût éteint complètement toute notion, non-seulement de médecine, mais encore des autres sciences , si le feu sacré n’eût déjà trouvé ailleurs des mains capables de le ranimer et de l’entretenir.

C’est parmi les descendans des fanatiques soldats du calife Omar , incendiaires de la bibliothèque d’Alexandrie , qu’avait germé insensiblement le goût des lettres et des arts . Déjà, au septième siècle, Bagdad possédait un collège de médecins, fondé par Almanzor, et que son successeur, Haroun-al-Raschild, ne cessa de combler de ses bienfaits. De toutes les contrées soumises à l’alcoran, l’Espagne est celle où les sciences furent le plus avantageusement cultivées. Mais la médecine retira rnqins de fruit de ce zèle studieux que quelques autres branches des connaissances humaines, et notamment la chimie et l'astronomie. On ne compte guère en effet que

deux ou trois hommes distingués par un talent vraiment supérieur dans leur art, tels que Rhasès , à qui l’on doit les premières notions exactes sur la nature et le ti alternent de la 'variole. Au onzième siècle, Avicenne se fit une si grande réputation , qu’il fut surnommé le prince des médecins , quoiqu il n eut fait que copier les écrivains grecs dont il paraît même n’avoir en qu’une connaissance superficielle. Du reste , le fond de la doctrine médicale des Arabes était le galénisme , hérissé en outre de subtilités scolastiques , aussi peu utiles en théorie qu’était dangereuse dans la pratique leur vaine polypharmacie , dont on n'a extrait qu’un petit nombre de préparations médicamenteuses.

Toutes les nations de l’Europe étant alors plongées dans les ténèbres les plus profondes de l’ignorance et de la barbarie , la médecine s’était réfugiée dans les cloitres , où son étude avait même été expressément ordonnée par un édit de Charlemagne. Dèslors , les moyens curatifs ordinaires ne consistèrent plus qu’en procédés mystiques et en prières , auxquels les relations établies par les croisades avec les peuples d orient

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ajoutèrent les rêves de l’astrologie. Quelques partisans du grand œuvre , Arnaud de Villeneuve et son disciple Raymond Lulle essayèrent aussi de soumettre la pratique médicale au vague de leurs théories chimiques. L’école de Salerne, fondée par des bénédictins du pays de Naples , jouissait déjà cependant de quelque renommée dès les huitième et neuvième siècles. A cette époque, mais plus encore dans les siècles suivans, certaines maladies, telles que la lèpre , le scorbut , furent étudiées avec un nouveau soin , à la suite de quelques voyages de long cours. Plus tard , la même occasion s’offrit pour la syphilis t espèce de fléau qu’on crut long-temps importé du nouveau monde , et qui , dès l’instant où il devint plus commun en raison des communications plus fréquentes des peuples , ouvrit à la médecine une carrière non moins vaste que celle qu’avait trouvé la chirurgie dans l’invention de la poudre à canon , vers le milieu du quatorzième siècle.

Le quinzième fut comme l’aurore des beaux jours qui se préparaient pour les sciences; il imprima également une heureuse direction à la médecine. Cette influence doit

être rapportée d’un côté, à la découverte de l'imprimerie ; de l’autre, à l’émigration en Italie des sa vans que l’invasion des Turcs força d’abandonner la Grèce. Bientôt le goût des bons auteurs de l’antiquité devint général , et on s’attacha à substituer leur doctrine aux erreurs et aux subtilités de l’arabisme, en même-temps que l’apparition de quelques nouvelles maladies donnait plus d’extension à la pratique. Parmi les hommes qui se vouèrent ainsi au culte des anciens, il faut particulièrement citer les noms de Cornaro , Houllier , Duret , Foës, Mercuriali et Ferncl , le Celse français, tous profonds et judicieux commentateurs, dont les travaux ont illustré le 16 e siècle. Cependant le règne du mysticisme , loin d’être passé , reparaissait avec un nouvel éclat entre les mains du fameux Paracelse. La doctrine de cet enthousiaste, toute basée sur l’alchimie, la divination et l’astrologie, n’eut pas seulement pour fauteurs un vulgaire ignorant et superstitieux ; mais d’illustres écrivains , des médecins éclairés se laissèrent entraîner par le faste de ses déclamations. Tels furent Cardan , Félix Plater , Jean Bodin , et plus tard

Bâillon lui-même, tout bon observateur et sage praticien qu’il était. La médecine hippocratique trouva néanmoins en lui un zélé propagateur , auquel ne tarda pas à se joindre Sydenham , surnommé l’Hippocrate anglais. Ainsi , avec un reste des jongleries du moyen âge, l’esprit médical de ce temps fut marqué par un retour vers l’observation pure et simple, et, indépendamment des noms que nous avons cités , cette direction des idées fut suivie par une foule d’auteurs également recommandables.

En imprimant une marche toute nouvelle à la méthode et à l’esprit de recherche dans les études scientifiques , les ouvrages de Bacon et de Descartes exercèrent une très grande influence sur le développement des connaissances médicales. Toutefois , c’est à l’avancement de l’anatomie et delà physiologie que contribua le plus puissamment cette salutaire réforme, et sur-tout le génie expérimental de Galilée. En effet , pendant que la découverte de la circulation, la théorie de la vision enrichissaient leur domaine, la pathologie tombait dans l’écueil des hypothèses chimiques, où elle demeura quelque

temps engagée. C’est par les rêveries de Paracelse que Van-Helmont fut conduit à son système, moitié spiritualiste et moitié chimique , sur le mécanisme des fonctions et la nature des maladies. Ce système se répandit très promptement en Allemagne , et Jacques le Boë , dit Sylvius, en adopta sur-tout la seconde partie ; bien moins digne par là de la reconnaissance de la postérité , que pour avoir créé à Leyde une école de clinique. On s’étonne de rencontrer parmi les partisans de la théorie des chimistes, des hommes que les habitudes de la pratique médicale semblaient devoir en garantir, tels que Ramazzini , dont on possède des observations si judicieuses sur les maladies en général, et en particulier sur celles des artisans. Cette doctrine était parvenue au plus haut degré de crédit en France et en Italie , au moment où elle allait succomber aux attaques de ses deux adversaires les plus redoutables , Fr.

Hoffman et H. Docrhaave.

La théorie médicale eut toutefois une nouvelle usurpation à subir avant d’être dominée par ces deux illustres écrivains. Tandis que naguères on ne voyait que fermenta-

tion , acidification ou alcalescence , en un mol qu’actions chimiques dans la nature des maladies, alors au contraire , ce fut la mécanique qui donna la clé de tous les phénomènes. Borelli doit être considéré comme le fondateur de cette école, qui compta dans ses rangs Bellini , Baglivi et Sanctorius , dont les recherches statiques sur la transpiration insensible avaient précédé les premiers travaux de Borelli lui-même. Dans l’esprit des mécaniciens , le corps était considéré comme une machine inerte , composée de leviers , de poulies , de canaux , au moyen desquels tous les actes organiques s’accomplissent comme dans les instrumens de la mécanique ordinaire.

boerhaave crut trouver dans le rapprochement de toutes ces doctrines opposées , une voie plus propre à embrasser l’ensemble des actes du corps vivant, soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie. Son système qui régna si long-temps d’une manière presqu’exc.lusive, n’était ainsi qu’une sorte d’éclectisme , une fusion souvent choquante de la plupart des anciennes théories. Dans le même temps, un homme, à la fois grand chi-

HISTORIQUE. * a3

miste , et penseur profond, Stahl , se rapprochant des idées de Platon , établissait l’édifice de la science sur des hases entièrement opposées , et donnait à l’âine la direction de tous les actes de l’économie. Ce sont ces idées qui , diversement travesties dans leur passage par la filière des écoles, ont donné naissance, chez nous, aux ouvrages de Barthez , de Grimaud , de Lacaze, de Bordeu , à la secte des spiritualistes en un mot, à laquelle le dernier de ces auteurs n’appartient pas toutentier cependant, puisque ses principes fondamentaux subsistent presque intégralement encore aujourd’hui.

Dans la doctrine de Boerliaave, l’altération primitive des humeurs, avait une part extrêmement étendue sur la production des maladies. Cette manière de voir était une suite des théories chimiques plus ou moins déguisées , et devint la hase des idées professées par les médecins qu’on désigna depuis par l’épithète d 'humoristes. Ceux-ci voyaient uniquement la cause de tous les dérangeinens morbides dans^la composition, plus ou moins altérée, du sang, et des autres fluides. C’est par l’exclusion presqu’absolue de

i\ ‘ iNrnôDüCTioîr

ce point théorique , que se distingue la

doctrine de Fr. Hoffman , qui ne s’écarte pas moins en cela des opinions de Bocrhnave, qu’il ne diffère d’un autre côté de Stald, son contemporain et son collègue. Dans la manière de voir du premier, le tissu vivantméritc seul l’attention de l’observateur, par l’altération dont il peut être le siège, et sur-tout parle mode opposé d’affection, excita tion ou relâchement , des forces quil’auiment. Telle est , avec ce que nous avons dit de l’opinion des anciens méthodistes, l’originede ce fameux système du solidisme qui, repoussé par les uns , tandis qu’il était exalté par les autres, forme encore maintenant l’opinion régnante , sinon exclusive, au moins la plus générale. Indépendamment du crédit qu’il obtint d’abord par le mérite d’Hoffman ; à la fois théoricien habile et grand praticien, il trouva un nouvel appui dans les travaux sur l’irritabilité musculaire par Haller , le véritable créateur de la physiologie expérimentale. Bientôt Cul/en , s’emparant de ces nouvelles idées , créa dans l’école d’Edimbourg , sa doctrine nerveuse qui n’est qu’une modification de système d’Hoffman , et four-

HISTORIQUE; a5

nit dès-lors à Brown , les fondemens de cette doctrine de X incitabilitè dont les tra# ces subsistent encore en Italie, en Allemagne , en Amérique , et qui n’eut jamais en France qu’un petit nombre de partisans ou de dupes. *

Au milieu de l’instabilité des théories médicales , l’art s’enrichit , pendant la période que nous venons de parcourir, de quelques moyens curatifs vraiment utiles. L’épuration de la matière médicale dont fut bannie une foule de substances inertes ou dégoûtantes , telles que les excrémens de quelques animaux et les pierres précieuses , mérite sur - tout d’être mentionnée. L’émétique tour à tour préconisé, proscrit et enfin convenablement apprécié , fut préparé par les alchimistes. La découverte de l’Amérique fournit le quinquina, qui luimême éprouva pendant quelque temps des chances de fortune très diverses. L’opium du levant fut plus fréquemment employé dans la pratique. Beaucoup d’autres substances furent jointes aux précédentes. A l’époque où les effets de l’électricité provoquaient de toutes parts l’admiration , on en fit, dans

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le traitement de diverses maladies , quelques essais prônés d'abord avec trop d'entliousiasme , mais peut-être ensuite trop légèrement abandonnés. Une découverte bien autrement importante , fut celle de l’inoculation , comme moyen modérateur de la variole ; et quelque temps après on dut à Jenner un secours beaucoup plus efficace , l’inappréciable et toujours fidèle pratique de la vaccine.

Nous arrivons enfin à l’époque’ qui prépara pour la médecine la réforme opérée en ce moment. U humorisme t qui avait compté ses plus ardens sectateurs dans l’école de Montpellier , et en Allemagne quelques praticiens d’un mérite rare, tels que Gau bitts , Stoll , Selle, perdit chaque jour de son influence. Bientôt on vit substituer généralement à des hypothèses stériles, les recherches d'anatomie-pathologique. Celles-ci eurent dès-lors pour objet , de conduire à la détermination du siège et de la nature des maladies, par l’appréciation des désordres organiques , découverts dans l’examen des cadavres. Déjà Benne t, JVepfer , Morton , Théophile Bonnet , s’étaient appliqués à montrer

l’utilité (le cet ordre de notions auxquelles un nouveau degré de précision et de certitude fut acquis , par les travaux de Sé/iac, Lieutaud, Stoll , Portai , de Morgagni sur-tout , dont on peut considérer l’ouvrage connue le j) lus précieux modèle en ce genre d’études.

C’est à l’impulsion communiquée par les travaux du savant anatomiste de Padoue , qu’il faut aussi rapporter l’essor que prit depuis la culture de cette branche si féconde de la science de l’homme. Morgagni possède incontestablement la gloire d’avoir aperçu le premier , et souvent mis en évidence, les grands avantages de cetteinvestigation organique. S’il n’a pas dès-lors porté nos connaissances au point de précision et de certitude où nousles voyons parvenues aujourd’hui, c’est que rarement ceux à qui il est donné d’ouvrir une nouvelle voie , sont appelés à la parcourir toute entière. Mais d’illustres observateurs y entrèrent depuis avec succès, et aggrandirent encore le champ des découvertes. Au premier rang il faut citer le célèbre Corvisart qui, mieux qu’aucun de ses devanciers et de ses contemporains , lit sentir tout le prix des connaissances anato-

iniques dans l’étude des maladies , en montra ut qu’elles dépendent ainsi uniquement de l’altération des organes. Le vénérable Pinel appliqua ces vues à la classification des maladies ; et ses idées à cet égard, reprises par le génie de Iîichat , conduisirent celui-ci à la distinction des tissus vivans(i), quiseule, suffirait pour immortaliser sa mémoire. Mettant incessamment à contribution les 'vivisections ou les expériences sur les animaux vivans , les rapprochemens de l’anatomie comparée et l’observation médicale, il lia de plus en plus la physiologie à l’anatomie , et l’étude de l’homme sain à celle de l'homme malade. Dans le môme temps, un de ses condisciples et son émule, M. AUbert , portait le môme esprit dans l’étude de la matière médicale , et c’est à cet élégant et fécond écrivain , qu’appartient l’honneur d’avoir assis sur les principes d’une physiologie rationnelle, les bases jusqu’alors arbitraires de la thérapeutique.

La partie essentiellement matérielle de cet ordre de travaux , fut cultivée par des hommes non moins recommandables. D’uti-

(ij Voyez le Rctitmi ^'Anatomie.

les découvertes, signalèrent les premiers pas

de M. Dupuytren , dans une carrière où il a depuis acquis tant de titres à la célébrité. Portant un regard observateur sur les divers modes d’altération que peuvent subir les tissus vivans, il s’attacha le premier à les distinguer entr’eux par des caractères sûrs et constans ; il a mérité par là d’être considéré comme le créateur de l’anatomie pathologique descriptive à l’époque actuelle. Après lui Bayle et M. Laennec, surent démêler une infinité de nuances, dans les lésions de tissus qu’on n’avait point encore aussi scrupuleusement étudiées. Mais trop de ferveur à découvrir jusqu’aux moindres particularités des altérations matérielles , finit par leur faire perdre de vue le but principal qu’on doit se proposer dans de pareilles recherches, c’est-à-dire la détermination de la nature des maladies ; et leurs descriptions minutieuses n’eurent plus dès-lors que l’intérêt ordinaire de toute exposition graphique.

Plus tard , M. Laennec s’est acquis des droits positifs à l’estime générale, en perfectionnant parle procédé, également simple et commode, du stéthoscope , le diagnostic

des maladies de poitrine, auquel Corvisart, à limitation de l’allemand Auembniger , avait appliqué déjà , de la manière la plus utile , la méthode de la percussion acoustique.

Mais la médecine touchait à une de ces phases qui , bien qu’amenées naturellement par les progrès de l’esprit d’observation , la série non interrompue des découvertes et l’exemple des autres sciences physiques, imprime néanmoins à l’art de guérir une fixité qu’il n’avait pas encore connue. Jusqu’à ce jour, l'imagination , cette source éternelle des erreurs humaines, n’avait pu être entièrement écartée dans les travaux des médecins.

En se bornant aujourd’hui à l’observation constante de l’état physique du corps vivant, et à l’étude des conditions matérielles nécessaires aux actes ou fonctions qui s’y accomplissent , toute cause d’illusion cesse , par cela même qu’on s’attache uniquement aux choses sensibles.

Mais ce n’est pas tout ; interroger avec soin les restes inanimés des individus que la mort a frappés malgré les secours les plus rationnels de l’art, est, sans qu’il soit nécessaire de l’observer , l’un des moyens les

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plus sûrs pour arriver à reconnaître la source des maladies , et il n’est pas moins facile d’apprécier ses avantages relativement à la thérapeutique.

C’est de ces divers foyers de lumières que découlent la précision et la clarté des principes théoriques de la médecine en ce moment. La nécessité de ces principes se faisait sentir depuis long-temps; mais il fallait les établir par des faits irrécusables, et en saisir exactement l’ensemble : tel est

le service que M. Broussais vient de rendre à la médecine. Doué d’un esprit qui lui permet d’embrasser toute l’étendue des objets ; joignant à cette qualité une constance et une sagacité rares pour l’observation , ainsi que cette sensibilité profonde et active, apanage ordinaire des têtes pensantes, ce médecin célèbre a , sinon reformé , du moins retrempé l’esprit des doc-

trines médicales. Le dogme pathologique , assis sur des principes fixes d’anatomie et de physiologie, la pratique ramenée à des règles plus simples, et la matière médicale épuréé du vain luxe des recettes pompeuses et des longues formules , tels sont les titres de ce :

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médecin à l’estime publique et à la reconnaissance de la postérité. Heureux si , moins dominé par cette illusion qui nous rend injustes envers nos prédécesseurs et nos contemporains , M. Broussais eût su se faire pardonner sa juste renommée! En vain éleverait-il d’autres prétentions ; il ne risquerait pas de survivre à sa gloire si , renonçant à des querelles d’amour-propre , il employait plutôt ses talens à suivre ou même à diriger l’impulsion que lui doit une science enrichie déjà par les travaux de ses élèves ; car la médecine a reçu sans doute une base iin-

muable , mais ne saurait elle-même rester stationnaire. Appuyée désormais sur les sciences physiques et naturelles, dont l’avancement lui a été si profitable , elle bannit sévèrement les moyens curatifs compliqués dont chaque jour, fait reconnaître l’incertitude et le danger. S’il lui reste encore quelques points obscurs à éclaircir , il n’est aucun perfectionnement qu’elle ne soit en droit d’attendre de l’union intime des scien-

ces et de la connaissance plus exacte de l’homme physique et intellectuel.

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