PRÉFACE
Monsieur,
Vous me demandez de présenter votre livre au public. C’est pour moi un honneur que je devrais peut-être décliner, car les terribles circonstances au milieu desquelles nous vivons ne m'ont pas permis de lire votre ouvrage : je n’ai pu que suivre des yeux le plan que vous avez adopté. Si vous estimez que, malgré cet aveu, je reste qualifié pour parler de ce livre, je dirai volontiers l’agréable surprise que son rapide examen m'a causée.
Il me semble que vous avez eu la préoccupation rare, excellente, d'apporter à nos étudiants musiciens autre chose que de la technique et de l’histoire spéciales. Rien n’est plus désolant que l'ignorance où nos élèves se complaisent : ils n’ont nul désir d'apprendre ce que tout le monde doit savoir; c’est tout au plus si le certificat d’études primaires a été obtenu par quelques-uns d’entre eux. Le malheur est que le Conservatoire de Paris, unique au monde par l’excellence de son enseignement « musical », et qui est à proprement parler un établissement d'enseignement supérieur, ne soit pas chargé d’initier ses pupilles à la littérature, aux sciences, à l’histoire générale. Ce défaut de culture, chez les apprentis-musiciens, est pour un grand nombre d’entre eux une cause d'insuccès : le goût et la mesure leur font défaut, parce qu'ils ignorent tout de ce qui peut donner à leur jugement de l'équilibre, à leur fantaisie un contrôle.