LORS
Vous avez voulu éveiller en eux le désir d'échapper à la coutumière indolence et de s'intéresser aux principaux évènements qui ont réagi, à travers le temps, sur les arts. Vous avez, pour la première fois, je pense, associé à la musique l'histoire universelle. En quelques indications, méthodiquement succinctes, vous suggérez au lecteur le besoin de connaître les hommes et les faits que vous relatez en marge. Il y a là, Monsieur, une tentative neuve et qui sera féconde. Et vous aurez l'honneur d’avoir, dans la pédagogie musicale, donné un exemple qui doit être suivi.
L’excessive spécialisation des études est un grand danger. On fait, de notre temps, la guerre à l’'humanisme, à cette haute culture générale, dont les français se piquaient d’être autrefois les défenseurs, — sous prétexte que la vie, plus rapide, ne peut permettre à nos enfants autre chose qu'un apprentissage restreint. Je vous félicite de protester par votre livre contre le mépris systématique des études désintéressées : l’arliste doit chercher autour de son art, et souvent il trouve, en dehors de cet art, des stimulants pour son inspiration, des motifs qu'il transpose.
La musique n'est pas seulement sensation ; elle est pensée. Or nous voici à un tournant. Il importe que la musique française prenne conscience de ses forces propres et qu'elle s'oriente vers de latines destinées ; il faut que les jeunes musiciens français ressentent profondément le besoin de s’instruire et de s'organiser dans cet effort national, en connaissance de cause. Votre livre, Monsieur, les y aidera. |
- Maurice EMMANUEL.
: La Rochelle, 6 novembre 1914.
A Monsieur Auguste CHAPUIS
Professeur d'Harmonie au Conservatoire Inspecteur Principal de l'enseignement du Chant dans les Ecoles communales de la ville de Paris.