‹ Résumé d'histoire de la musiqueChapitre 62 sur 101 · LU É · texte numérisé non relu

LU É

Le rondeau. — Le rondeau était une sorte de déchant avec des répéti-

tions de la même mélodie.

Le conduit. — Le conduit (conductus) était une composition à plusieurs parties dans laquelle la partie de chant, qui servait de partie principale, de thème, conduisait par ce fait les autres parties.

Traité de déchant. — Un théoricien célèbre, docteur de l’Université de Paris, Jean de Muris (ou de Meurs), né vers 1270 et mort en 1320, contribua au progrès de la science harmonique et publia un Traité de déchant dans lequel se trouvent des règles précises sur la nature des intervalles, sur leur emploi et sur leur mouvement dans l'harmonie.

Il reconnaît comme consonances parfaites l’unisson, la quinte et l’octave, et, comme imparfaites, les tierces majeure et mineure et la sixte majeure. La sixte mineure ne fut admise que plus tard.

Il dit qu’on doit éviter (autant qu’on le peut), dans la musique à deux parlies, la succession ascendante el descendante de deux consonances parfaites. Toutefois, il Les tolère dans l'harmonie à quatre parties, lorsque l’harmonie est complète, c’est-à-dire lorsque ces deux sons sont entendus avec la tierce et l’octave, pour la succession de deux quintes, et avec la tierce et la quinte pour la succession de deux octaves. Il dit encore qu’on ne doit commencer et finir un contrepoint que par une consonance parfaite. On remarquera que, sauf la tolérance des deux quintes et des deux octaves consécutives, mais seulement à quatre parties et avec une harmonie cemplète, tous les préceptes que nous venons d’énumérer sont encore en usage de nos jours dans l’étude du contrepoint scolastique.

Au x1ve siècle, Guillaume de Machaut (ou de Machau), poète et musicien français réputé, traite l'harmonie à quatre parties d’après les DISEepie de Jean de Muris.

Le faux-bourdon. — Au x1ve siècle et au xv®, on adopta un nouveau genre de composition. Jusqu’alors dans le système de la diaphonie, le plainchant, placé à la partie supérieure, pouvait être à volonté reproduit à l’octave inférieure, ce qui produisait des suites de quintes entre cette octave et la partie qui diaphonisatït, laquelle se trouvait en quarte avec le plain-

chant supérieur.

On eut alors l’idée de supprimer cette partie grave, qui faisait double emploi avec la partie aiguë, et de la remplacer par une autre partie qui

formait une suile de sixtes avec la partie supérieure et qui suivait la partie intermédiaire à la lierce inférieure.

Cet usage aurait pris le nom de faux-bourdon, c’est-à-dire fausse basse (bourdon étant synonyme de basse), parce que la véritable basse eût été la reproduction à l’octave inférieure de la partie supérieure, si, comme nous venons de l'expliquer, cette reproduction n'avait été supprimée.

Plus tard, le système des marches de sixtes du faux-bourdon fut définitivement abandonné et remplacé par une harmonie plus régulière et plus riche d'éléments variés, Le nom de faux-bourdon fut également appliqué (et l’est encore de nos jours) à une harmonisation d’une partie de plainchant à plusieurs voix, consistant à n’admettre que l’accord parfait, en rejetant les dissonances, les suspensions ou prolongations. Cette harmonie, très élémentaire, suit le chant note contre note, avec un rythme uniforme (1). ;

Le système du déchant se perfectionna sous l’impulsion de compositeurs de talent et donna naissance au contrepoint qui fut l’art d’écrire à plusieurs parties et qui forma la première grande période de l’harmonie, dans laquelle furent inventés l’imitation, le canon et la fugue. Les deux derniers datent du xve siècle. +

Le contrepoint (Définilion.) — Le contrepoint est l’art d’écrire à plusieurs parties simultanées (vocales ou instrumentales) selon certaines règles afin de produire un tout harmonique. On trouve l’étymologie du mot contrepoint dans la basse latinité du moyen âge. En latin, ponere punclum contra punctum, étaient des locutions signifiant : placer point contre point, mettre des notes contre des notes. |

Les notes, dans l’origine, étaient représentées par des points placés sur une portée et le mot contre-point s’appliqua au système d'écriture. Plus tard, il désigna non seulement le système de notation mais encore le morceau de musique composé.

L'harmonte, avec ses accords, accompagne une partie principale dont elle dépend et par laquelle elle est engendrée.

Le contrepoint'résulte également de la science des sons simultanés et est formé de la simultanéité de plusieurs parties. Mais, chacune de ces parties

(1) On a donné au mot de faux-bourdon une autre origine que celle indiquée plus haut : le mot faux désigne la voix humaine la plus aiguë, le faucet, ainsi appelée parce qu’elle vient du gosier (en latin fauces). Le mot bourdon signifie un son grave. Le faux-bourdon est donc un chant qui réunit les voix aiguës aux voix graves.

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a sa personnalité propre. C’est une sorte de superposition de plusieurs mélodies différant entre elles par le rythme pour former cependant un ensemble harmonieux et euphonique.

Le contrepoint est simple, quand il est écrit de façon à n'avoir qu'une seule partie qui puisse figurer régulièrement au grave comme basse, ou 1l est renversable, c’est-à-dire combiné de manière que deux, trois, ou quatre des parties simultanées dont il est composé, peuvent jouer tour à tour le rôle de basse régulière, en étant transportées au grave (1). L’interposition de ces différentes parties pouvant jouer tour à tour le rôle de partie supérieure, de partie intermédiaire et de partie de basse (partie grave) dans des conditions de soumission à certaines règles établies, a fait donner le nom de renversable à ce genre de contrepoint, parce qu’en effet ces diftérentes parties se renversent en changeant de place.

Il y a cinq espèces de contrepoint simple pouvant être écrites avec un nombre arbitraire de parties : la première espèce se fait note contre note de même valeur, et est appelée contrepoint égal, syllabique ou faux-bourdon. La seconde espèce se fait avec deux notes contre une; la troisième avec quatre noles contre une et était anciennement appelée par ce fait contrepoint inégal. La quatrième espèce a lieu avec l'emploi de la syncope et est nommée syncopée où par syncope ou liée ou entrelacée. La cinquième espèce de contrepoint simple prend le nom de contrepoint fleuri (on l’appelait autrefois mixte); elle est formée de toutes les espèces différentes dont il vient d'être parlé. (Voyez les exemples ci-dessous.)

17e Espéce Note contre note ZE spece 32€ Espèce (1) , de mème valeur. (2) Deux notescontreune. (3) Quatre notes contre une .:

. Le précédent exemple forme un contrepointrenversable (5biS) parceque la partie sup'® peut devenir l'inf ff et vice-versa.

Exemples des 5espèces

de contrepoint simple

(1) Le contrepoint renversable est appelé contrepoint double lorsqu'il est constitué par deux parties pouvant jouer tout à tour le rôle de basse (partie inférieure ou grave).

Au xve et au xvié siècles, en dehors des chansons populaires ou des airs de danses, toutes les compositions musicales étaient écrites dans le style du contrepoint. Le talent des maîtres de cette époque consistait à varier les tormes d'écriture en inventant de nouveaux procédés de composition.

Outre les procédés cités plus haut, il y avait le contrepoint obstiné, avec un seul trait de chant répété sans cesse par une voix, pendant que les autres suivaient une progression ordinaire; le contrepoint à la droite, dans lequel toutes les notes se suivaient conjointement : le contrepoint sauté qui était l'opposé du précédent, et dans lequel le chant saute continuellement, sans jamais aller diatoniquement.

Le contrepoint jugué est celui qui admet les procédés de la fugue. La fugue est du reste établie sur les lois et les divers éléments qui constituent la science du contrepoint. Elle en est pour ainsi dire un dérivé. -— On appelait contrepoint sur le livre, celui que les choristes, dans les églises, improvisaient de tête sur le plain-chant, à livre ouvert. |

Le contrepoint est libre lorsqu'il tolère certaines licences et rigoureux quand il est strictement et absolument soumis aux règles-établies par les maîtres et la tradition scolastique. |

En style d'école, on appelle jilain-chant ou chant donné une partie donnée sur laquelle les élèves doivent s'exercer.

L'imitation. — L'imilalion consiste dans la répétition immédiate, à une mesure (quelquefois à deux) ou à une partie de mesure de distance d’une phrase musicale ou d’un simple fragment mélodique faite par une autre voix ou un autre instrument.

Dans la composition musicale, l'emploi de l’imitation sous ses formes variées, peut se faire de trois manières qui constituent trois genres : dans le premier genre, l’imitation proprement dite peut être interrompue lorsque la marche de la composition l’exige; dans le second, appelé imitation canonique ou canon, on s'impose l’obligation de continuer l’imitation exacte jusqu’au bout du morceau; le troisième genre a lieu quand l’imitation est périodique, c’est-à-dire interrompue et reprise dans une autre forme, dans le courant du morceau . c’est ce qu’on appelle la fugue. Dans l’imitation canonique ou rigoureuse, on imite exactement les figures de notes et la succession des intervalles, contrairement à l’ümitalion libre ou métrique qui n'imite que les figures de notes. | |

On trouvera dans les lignes consacrées au canon, des détails théoriques complémentaires et des exemples pour l’imilalion. :

Le canon. — Le canon est une forme de composition musicale à plu-

sieures parties dont l’ünitation est la base et le principe et dans laquelle chaque partie, partant l’une après l’autre, répète un même chant. Le canon offre cette particularité que la mélodie s’accompagne par elle-même pendant toute la durée du morceau. Cette mélodie (ce chant) est prise successivement par deux, trois ou un plus grand nombre d'instruments et de voix à la distance d’un certain nombre de mesures ou de temps de mesures, de telle sorte que ces instruments ou ces voix produisent un ensemble harmonieux et correct. La partie partant la première est appelée sujet ou antécédent. L’antécédent propose le chant, lequel est repris à quelques temps ou à une ou plusieurs mesures après, à un intervalle quelconque, par une autre partie appelée conséquent et formant imitalion canonique.

La composition d’un canou est soumise à certaines règles principales : 19 la partie imitante, le conséquent, doit reproduire exactement les intervalles existant entre les notes de l’antécédent ; 2° les différentes parties qui résolvent le canon doivent être formées des mêmes valeurs de notes et de silencesque la partie qui propose le chant fantlécédent).La lecture du canon populaire : Frère Jacques, donnera une idée parfaite de ce genre de compositicn :

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Ce canon a été terminé ici d’une manière donnant la sensation d’une fin, mais il pourrait être continué de la sorte à l'infini et prendre le nom de canon perpéluel. Il est écrit à trois parties, mais il peut être également chanté à deux parties, en supprimant la troisième. On pourrait également en ajouter une quatrième.

Lorsque l’antécédent (partie qui propose le chant) est imité par le conséquent à la distance d’un intervalle de seconde, de tierce, de quarte, de sixte, de septième ou d’octave, on dit que le canon est à la seconde, à la tierce, à la quarte, à la quinte, à la sixte, à la septième, à l’octave. Les plus usités sont en premier lieu à l’unisson ou à l’octave et ensuite à la quarte et à la quinte.

Le canon Frère Jacques écrit ci-dessus est à l'unisson, parce que chaque partie entre et chante exactement à la même place que la précédente.

Les canons sont doubles, triples, quadruples, quand deux ou trois ou quatre sujets ou antécédents différents sont imités par deux ou trois ou quatre parties. Le canon d une seule baie principale est appelé canon simple.

Le mot canon dérive du Grec : kanon qui signifie, règle, loi. On écrivait anciennement, en tête du morceau, des instructions, des avertissements, afin d'éclairer le lecteur et qu’on appelait en Italie : canoni. Puis, plus tard, par métonymie, on appliqua le nom de ces instructions, de ces avertissements, à la composition elle-même.

On trouve les premiers rudiments du canon dans les œuvres des musiciens du XIVe siècle. Un célèbre musicien belge du xve siècle, Jean Ockeghem, en a perfectionné la forme. Dans les siècles suivants, le canon s’enrichit d'une quantité considérable de variétés et atteignit son apogée de vogue aux xvire et xvirie siècles, grâce à la savante mais quelque peu pédantesque ingéniosité des vieux maîtres italiens.

Parmi ces variétés de canons, sortes de problèmes compliqués dont Les solutions faisaient la joie et flattaient la vanité de ceux qui parvenaient à les trouver, citons : Le canon par mouvement contraire dans lequel les intervalles ascendants sont reproduits en descendant et les intervalles descendants en montant.

Le cancn circulaire dans lequel l’imitation change de ton et le chant est

reproduit douze fois en parcourant douze tons; le canon énigmatique dont on ne fait connaître que la mélodie (antécédent), sans indiquer où doivent se faire les entrées des différentes parties formant imitation, l'énigme censistant à trouver la place de ces entrées; le canon en écrevisse ou rétrograde

dans lequel l’imitation se fait à reculons et dont le mécanisme consiste en ce que-la dernière note s'accorde avec la première, l’avant-dernière avec la seconde, et ainsi de suite, de sorte que l’une marche à reculons, tandis que l’autre procède directement.

Maurice Bourges A

Dans le canon (ou limitation) par augmentation, les notes de la partie qui imite sont augmentées de valeur, de telle sorte que les noires y deviennent : des blanches, les croches des noires et ainsi de suite. Au contraire, dans le canon (ou limitation) par diminution, les notes de la partie qui imite sont diminuées de valeur, de telle sorte que les blanches deviennent des noires, les noires des croches, et ainsi de suite.

Imitation canonique par augmentation.

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Citons encore le canon fermé dont la mélodie seule est écrite et dont il faut trouver l’imitation; le canon ouvert, dont toutes les parties sont | écrites et dont la résolution est faite. On appelle solutions les imitations à trouver sur des sujets proposés (antécédents). Un canon qui admet beaucoup de solutions et dont les parties s’élèvent à un grand nombre est

désigné sous le nom de canon polymorphus, mot tiré du grec, qui veut dire de beaucoup de formes. ;

Au commencement du xix® siècle, le canon fut pratiqué avec succès dans le style d'école, même en France, notamment par le compositeur. Henri Berton, le compositeur célèbre de Montano et Stéphanie et du Délire. L'auteur de La Musique et son Histoire possède un manuscrit autographe et signé par Henri Berton, dans lequel on voit un curieux travail contrapontique et canonique dont on trouvera ci-contre le fac-similé. Ce travail a une forme triangulaire. À gauche, se trouvent les notes ascendantes de la gamme de Do. Chaque partie ascendante entre avec deux mesures formant une imitation canonique à la seconde supérieure. À droite sont placées les notes descendantes de la gamme de Do. Chaque partie descendante se termine par deux mesures formant imitation à la seconde inférieure. Ce triangle canonique est construit sur une basse chiffrée indiquant les

accords. (V. ci-contre.) __——

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